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Billet de Xavier Lacroix sur le mariage « homosexuel » Blog du Journal La vie

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publié le 01/06/2012 sur le Blog du Journal La Vie

Xavier Lacroix est philosophe, théologien, membre du Comité consultatif national d’éthique. Son dernier ouvrage, Le corps retrouvé (Bayard) est une réflexion sur le corps et sa place dans notre société, ainsi que sur la famille et le mariage.

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Xavier Lacroix


« Si l’on veut achever d’affaiblir le sens du mariage, il n’y a qu’à l’ouvrir aux couples homosexuels ». Cette parole d’un grand juriste, Philippe Malaurie, servira de fil conducteur à notre réflexion.
Contrairement à une idée à la mode, le mariage n’est pas seulement une « célébration sociale de l’amour », pour reprendre les termes d’un certain Noël Mamère. Anthropologiquement et universellement il est la fête organisée autour de l’union d’un homme et d’une femme qui ensemble s’engagent à fonder une famille.
Supprimez les notions d’ « homme » et de « femme », supprimez la fondation d’une nouvelle famille et il vous reste plus que le fameux couteau sans lame dont on a perdu le manche. Il y aurait deux inconvénients majeurs à instituer le « mariage homosexuel ».

1. La disparition d’un signifiant : si l’union entre deux hommes ou entre deux femmes était publiquement instituée et reconnue, sous le nom de « mariage », nous n’aurions plus de terme pour désigner spécifiquement l’union d’un homme et d’une femme. Lorsque nous nous rendons à une « noce », nous fêtons non seulement l’union de deux individus (que nous connaissons parfois à peine) mais celle d’un homme et d’une femme, grâces auxquels le groupe social pourra continuer. Dès lors, ce signifiant se perdrait. Le corps social renoncerait à dire la valeur qu’il accorde à une telle union. Tel est bien le problème central : oui ou non la société va-t-elle continuer à affirmer une préférence, une valeur en ce domaine ? Il le fait bien en d’autres domaines... Pourquoi pas en celui-ci ?

2. D’autant plus que, dans cette affaire, des tiers sont impliqués : les enfants. Qu’on le veuille ou non, le mariage ouvrira tôt ou tard sur la filiation. Et cela pour deux raisons : d’une part, au nom de l’argument de la « discrimination », les couples en question ne manqueraient pas de revendiquer une égalité de droits avec les autres couples mariés. C’est ce qui s’est passé en Belgique où l’adoption a suivi d’un an l’institution du mariage « gay ». D’autre part, le mariage est intrinsèquement cela, et il le reste, dans le droit et dans l’inconscient : il est la fondation d’une famille, il ouvre sur la « présomption de paternité », il prépare une place pour les enfants.

L’adoption et l’accès aux « procréations médicalement assistées » sont donc d’avance inscrits dans le mariage dit « homosexuel ». C’est ici que deux principes de méthode doivent être rappelés :
- d’une part aborder ces questions du point de vue de l’enfant, et non seulement du point de vue des adultes, de leur sacro-saint « désir » et des scénarios compliqués qu’ils imposeraient aux enfants (on a pu voir définis jusqu’à six « parents » pour un enfant).
- d’autre part distinguer entre instituer et accompagner. Il est évident qu’au nom d’une éthique humaniste et a fortiori chrétienne, toutes les situations sont à accompagner. A cet égard, la panoplie offerte par le droit français est loin d’être négligeable. Il va jusqu’à reconnaître une possible « délégation d’autorité parentale » compagnon ou à la compagne (1). Instituer, c’est autre chose : c’est apporter l’appui du corps social, c’est légitimer, reconnaître comme norme.
Si était instituée la parenté homosexuelle, c’est une discrimination qui serait instituée : non celle qui est prétendue entre les adultes (qui ne sont pas dans la même situation vis-à-vis de la procréation) mais entre les enfants.
Il s’agirait en effet d’ériger en norme, par la loi, que des dizaines de milliers d’enfants puissent a priori être privés des trois biens élémentaires suivants :

1. De la différence entre deux repères identificatoires, masculin et féminin, dans l’univers de leur croissance intime. Ni le masculin ni le féminin – faut-il le rappeler - ne récapitulent tout l’humain. Qu’il soit garçon ou fille, l’enfant a donc besoin, pour la découverte de son identité, d’un jeu subtil d’identifications et différenciations avec ses deux instances paternelle et maternelle. Cela a été étudié avec minutie par une littérature scientifique surabondante. Mais, par un étrange phénomène d’amnésie collective, le discours montant fait froidement table rase de tout cet acquis.

2. De la continuité, lorsque cela est possible, entre le couple procréateur et le couple éducateur. La quête douloureuse de leur origine par les enfants nés « sous x », les difficultés propres à l’adoption indiquent bien que les ruptures dans l’histoire, les dissociations entre les différentes composantes de la parenté sont autant de complications dans la vie de l’enfant. Dès lors, il est souhaitable qu’à la discontinuité liée à l’adoption ne vienne pas s’ajouter une seconde discontinuité, à savoir la perte de l’analogie entre le couple d’origine et le couple éducateur.

3. Le troisième bien élémentaire pour l’enfant sera une généalogie claire et cohérente, lisible. Nous sommes dans un système généalogique cognatique, c’est-à-dire à double lignée. Or, on ne change pas un système de parenté millénaire par petites touches. Il forme un tout cohérent.

Manifeste est l’instrumentalisation de l’enfant induite dans la plupart des arguments, y compris lorsque l’on se réfère à de lointaines enquêtes américaines, non lues et non vérifiées, plutôt qu’à ce qu’enseigne avec clarté tant l’expérience qu’une littérature scientifique surabondante. Dans plusieurs publications j’ai montré l’absence totale de crédibilité scientifique des prétendues enquêtes (2). Instrumentalisation de l’enfant aussi lorsque l’on affirme avec Françoise Héritier que « tout ce qui est pensé est pensable, et donc possible (3) ». L’expérimentation de nouveaux modèles, conforme à la méthode expérimentale mise en œuvre dans les sciences, dans la technique ou dans l’industrie ferait fi du fait que l’enfant, personne humaine, ne doit pas être objet d’expérimentation.

Voilà donc un ensemble d’arguments pour être plus que réticent face à l’institution du « mariage homosexuel » (expression curieuse si l’on y réfléchit). Du côté « reconnaissance », le corps social fait déjà beaucoup avec l’instauration du « pacs ». Garder leur sens aux noms me semble être une tâche élémentaire de l’éthique et de la société.
(1) Des précisions in X.L. La confusion des genres, Bayard, 2005, p. 80.
(2) Notamment dans La confusion des genres, p. 22 à 31, 109 à 118.
(3) Françoise Héritier, citée par Michel Tort dans un livre au titre significatif : Fin du dogme paternel. Paris, Aubier, 2005, p. 56.


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