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« Conduis-moi, toi, toujours plus avant ! » -100 kms Millau-Père Timothée

Un seul pas à la fois pour des foulées dans la foi .


Il y a quelques mois l’épreuve test avant de me lancer sur Millau était pour moi un premier 100 kilomètres qui restera inachevé à 14 kilomètres de l’arrivée. C’est pourtant cet ‘échec’ qui a affermi mon désir de me lancer au départ de Millau.
À quelques jours de cette course, je tiens à remercier tous ceux et celles qui, par leurs contributions ont donné un tout autre relief à cette course. D’un repas partagé à la Maison Saint-Julien est partie une aventure insolite : ‘communiquer’ autour de cet événement. Et voici lancés dans l’aventure, l’équipe de communication du diocèse, RCF, en plus du soutien habituel de mon curé, mon père spirituel et, bien sûr, de ma famille et mes amis.
D’une certaine manière ces événements m’ont un peu dépossédé de cette course, je n’ai pas couru ‘pour moi’. Ils m’ont conduit à approfondir ma réflexion sur ma pratique sportive, ses rapports avec ma foi et mon ministère ainsi que sur le sens et l’opportunité d’une telle visibilité.


J’ai été très touché par les relais du club de Millau, de la presse et par tous les témoignages de soutien et d’intérêt portés à cette épreuve. J’ai été tout autant surpris d’en être à l’origine. Merci à vous tous, amis, paroissiens, parents, frères et sœurs, chrétiens du diocèse et mêmes inconnus, auprès de RCF, sur Facebook, par mails ou SMS qui m’avez soutenus et même félicités.


La course elle-même s’est très bien déroulée quoique la pluie ait été de la partie. Dès la veille, lors du retrait des dossards, j’entre dans la course… c’est bel et bien parti ! Puis c’est le départ : arriverai-je au bout ? Pour le moment, je goûte ce plaisir de courir, d’être au milieu des autres, de croiser un aveugle qui court en siamois : un autre coureur verra pour lui et ils sont rattachés par la cordelette qu’ils tiennent à la main. Un coureur original, en fauteuil, parcourra cette distance à la force des bras. Beaucoup de groupes, d’amis qui courent ensemble, certains pour des associations. Et puis il y a les accompagnateurs vélo, véritables Saint-Bernards des Centbornards… ai-je entendu et enfin toutes les personnes qui prennent place sur le bord pour nous encourager, veiller à notre sécurité, nous ravitailler etc. Il se retrouve beaucoup de fraternité dans la course.
Peu à peu, il va falloir entrer dans l’effort, tenir dans la durée, et, après Millau, affronter le relief de la deuxième boucle. Je suis curieux de ces fameuses montées et descentes de plusieurs kilomètres. C’est alors qu’il faudra persévérer, continuer de courir quand vient l’envie de marcher : la but est au-devant. Je découvre qu’il est bien plus facile de monter que de descendre et ce sera la principale difficulté pour moi. Mais cette zone de la persévérance dans l’effort est aussi celle qui me rend le plus proche des personnes malades que je porte dans ma prière en cette journée. Cela donne aussi un sens à mon relatif effort pour ne ‘rien lâcher’ comme le dit un gendarme nous encourageant à une intersection.
Viendront finalement les dix derniers kilomètres comme un rêve encore un peu lointain qui se rapproche malgré tout. Ça y’est j’arrive… patience tout de même il reste encore une bonne heure mais c’est déjà le bonheur si je puis dire.
Enfin, je m’y étais préparé, les derniers mètres s’accompagnent de saint Paul… « oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but » (Ph 3,13-14). Je reprends une allure de course plus rapide pour les dernières centaines de mètres avant de passer la ligne et « d’avoir achevé ma course » (2 Tm 4,7). Mon père qui m’accompagne n’est pas peu fier qu’à l’arrivée je n’ai pas l’air fatigué, ‘on pourrait se demander si tu arrives ou si tu pars’ me dira-t-il. En effet, je ne suis encore qu’au départ de ma course, car le but à saisir, à l’instar de Paul, est pour moi le Christ et l’enjeu de l’épreuve de garder la foi (cf. 2 Tm 4,7). La course à pied est bien pour moi un accompagnement dans ma course spirituelle. Dans les deux j’ai encore beaucoup à apprendre. Mais à l’issue d’un 100 kilomètre, déjà impatient de repartir, c’est toujours avec Paul que je relis cette course :
« Nous mettons notre fierté dans la détresse elle-même, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la vertu éprouvée ; la vertu éprouvée produit l’espérance ; et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Rm 5,3-5)
Il n’est pas question de détresse dans la course mais il faut bien reconnaître que la distance aussi produit la persévérance. Or, ce que nous expérimentons dans notre corps, nous le vivons aussi dans notre cœur ! Ainsi, les 100 kilomètres ne sont pas pour moi une épreuve de force, c’est beaucoup plus simplement, plus joliment aussi, une épreuve de faiblesse. Avec la distance je ne peux pas mentir, rouler les mécaniques. Je crois essentiel de rester humble, ne pas vouloir repousser mes limites mais me rendre compte qu’elles ne sont pas toujours là où je les imagine. Et c’est le but qui me tire et ne me décevra pas si je ne m’égare pas. Ce qui compte pour moi, c’est donc à chaque instant la foulée qui va suivre, d’ajouter un pas au précédent, d’essayer de suivre le Christ, comme le suggère la phrase inscrite au dos de mon Tee-shirt : « Viens, suis-moi » que j’essaye d’écouter. C’est pour tout cela que je vous confie cette belle prière du cardinal Newman, chère à mon cœur, qui rejoint autant ma relation avec le Seigneur que ce petit quelque-chose que j’aime tant dans la course à pied :
Un seul pas à la fois, c’est bien assez pour moi.


Conduis-moi, douce lumière,
À travers les ténèbres qui m’encerclent.
Conduis-moi, toi, toujours plus avant !


Garde mes pas : je ne demande pas à voir déjà
Ce qu’on doit voir là-bas ; un seul pas à la fois
C’est bien assez pour moi.


Je n’ai pas toujours été ainsi
Et je n’ai pas toujours prié
Pour que tu me conduises, toi, toujours plus avant.
J’aimais choisir et voir mon sentier ; mais maintenant :
Conduis-moi, toi, toujours plus avant !


Si longuement ta puissance m’a béni !
Sûrement elle saura encore
Me conduire toujours plus avant
Par la lande et le marécage,
Sur le rocher abrupt et le flot du torrent
Jusqu’à ce que la nuit s’en soit allée...
Conduis-moi, douce lumière,
Conduis-moi, toujours plus avant !
John Henry Newman, 1832
Père Timothée Lambert le 4 octobre 2017

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