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HOMELIE CARDINAL ANDRE VINGT-TROIS

Chers amis, soyez tranquilles, elle passe la figure de ce monde et le temps est limité, mon temps est limité, donc je ne vais pas vous accabler pendant des heures de discours. Si mon temps est limité, si votre temps est limité, si notre temps à tous est limité, il faut l’utiliser au mieux.

C’est déjà beaucoup d’avoir compris que notre temps est limité, que notre monde est limité, que ce nous voyons, ce que nous connaissons, ce que nous fabriquons, ce que nous imaginons, ce que nous rêvons, tout cela passe et qu’est-ce qui ne passe pas ?

A mesure que nous avançons au long de notre vie, qu’est-ce qui surnage de tant d’activités que nous avons menées, de tant de projets qui nous ont accrochés, passionnés, encouragés, enthousiasmés, et il en reste quoi ?

Paul avait un projet : exécuter les ordres du Sanhédrin auprès des chrétiens de Damas et les ramener à Jérusalem. Ce projet, il y croyait, c’était une œuvre divine, il exerçait la police religieuse. Qu’est-ce qu’il pouvait rêver de plus beau ?

Et voilà que sur le chemin de ce projet, il se passe quelque chose, il rencontre le Christ. Sa vie est retournée et il reçoit une nouvelle mission : non plus d’emprisonner les disciples de Jésus mais de devenir le témoin du Christ, non seulement auprès d’eux, non seulement auprès des Juifs, mais devant tous les hommes, et nous découvrons qu’à travers cette expérience particulière de Paul, dont nous faisons mémoire aujourd’hui de façon exceptionnelle, nous découvrons dans cette figure de l’expérience de Paul, l’élément qui structure toute l’organisation de la vie chrétienne et du ministère apostolique.

Il n’y a pas de vie chrétienne, il n’y a pas de mission apostolique, s’il n’y a pas d’expérience personnelle du Christ, de la foi et de la vitalité de l’Esprit. L’expérience personnelle du Christ, de la Foi et de la vitalité de l’Esprit trouve sa vérification, son authentification, son objectivation, dans la mission que nous recevons.

Il n’y a pas de mission sans conversion, il n’y a pas de conversion sans mission, et c’est ainsi que progressivement cette conviction s’est développée au cœur de l’expérience chrétienne, à la lecture des Evangiles.

Que la puissance du Christ, cette puissance :
- capable de terrasser Saül sur la route de Damas, capable de soulager les hommes, capable d’annoncer la délivrance, capable de procurer la délivrance, capable de donner l’espérance,
- cette force prodigieuse du Christ et de sa parole qui demeure vivante malgré toutes les limites que nous pouvons y apporter par nos comportements où nos faiblesses,
- cette force est indissociable du renouvellement de vie qu’elle suppose - si on n’a jamais pu être chrétien par défaut ; on ne peut plus aujourd’hui être chrétien par défaut, on ne peut l’être que par choix.

En qui mettons-nous notre espérance ? Qu’est-ce qui mobilise notre vie ? Qu’est-ce qui va devenir une référence autour de laquelle tout le reste va s’organiser, se construire, se développer. Quel va être le point fixe autour duquel vont s’effacer peu à peu les figures de ce monde ? Quel va être ce qui ne passe pas, quand tout passe ? sinon cette relation personnelle avec le Christ, sinon cette consécration personnelle de notre liberté, sinon cette offrande totale de nous-même sans lesquelles nous ne servons à rien, ni pour nous, ni pour le monde et pourtant Dieu sait s’il y a besoin que quelqu’un serve à quelque chose.

Etre consacré dans ce ministère apostolique comme vous allez l’être à l’instant, s’est manifester de façon sacramentelle, c’est-à-dire visible, j’allais dire palpable, en tout cas visible, ici et maintenant, et encore tous les jours après, jusqu’à la fin de notre temps qui passe. C’est d’être le signe visible, palpable que l’amour de Dieu transforme le monde.
Difficile de voir le monde se transformer, déjà un peu plus facile de voir quelqu’un se transformer et un peu plus facile de voir comment l’amour de Dieu, avec des gens finalement assez ordinaire, comme vous et moi, est capable de fabriquer des témoins d’espérance. Comment il est capable d’envoyer des gens parler un langage nouveau, chasser les esprits mauvais, soulager les misères. Comment il est capable de mettre l’amour en pratique, et ce sera votre premier ministère de mettre les chrétiens en état de s’aimer les uns les autres, et de les mobiliser pour aimer leurs frères.

Le Pape vous a nommé, non pas simplement pour être le gérant d’une association plutôt sympathique – en tout cas qui bénéficie d’une certaine bienveillance – Il ne vous a pas nommé pour être celui qui va aménager le plus confortablement possible la vie des chrétiens de la Sarthe. Il vous a envoyé pour les rassembler, les fortifier, les nourrir, les appeler et les envoyer, pour qu’à leur tour, ils deviennent témoins de la bonne nouvelle pour toute la création. Et plus vous serez bon avec eux, plus vous les aimerez, plus vous vivrez des liens de charité fraternelle avec eux, plus ils doivent se sentir déranger, plus ils doivent se sentir propulsés, envoyés, dynamisés, pour partager cette joie et cette force que vous aurez vécue.

C’est une 2ème dimension très importante de votre ministère que d’être le ministre de la communion, comme évidemment nous comprenons la communion dans l’expérience de l’Eglise. C’est-à-dire, non pas, là non plus, le gérant d’une coalition où des intérêts particuliers s’équilibreraient plus ou moins, mais vraiment les membres divers d’un corps unique ; et quand celui qui est chargé le premier de la communion de cette Eglise fait les efforts qu’il fait pour, renforcer l’unité entre les membres : il nous montre aussi comment nous devons trouver le chemin de la communion, non pas en négociant pièce à pièce, mais en formulant les uns pour les autres les exigences de l’Evangile.
Ce qui construit l’unité du corps du Christ ça n’est pas une répartition des biens, ce qui construit l’unité du corps du Christ, c’est la construction fraternelle, l’ouverture du cœur, l’à priori de bienveillance et l’exigence de la vérité dans les relations les uns avec les autres.
Ce ministère d’amour, ce ministère de communion, vous l’exercez comme cela nous a été rappelé tout à l’heure, dans un contexte historique et régional qui sera certainement suffisamment riche pour vous permettre de trouver toutes les ressources nécessaires.
Je ne sais pas s’il faut se souvenir d’une époque dont on ne parle plus aujourd’hui où il était de bon ton de mettre un tigre dans son moteur, mais je crois que ce n’est plus à la mode parce qu’il n’y a plus beaucoup de tigres, alors, est-ce que vous allez vous laisser conduire sur le circuit avec un tigre dans le moteur ? ou est-ce que vous allez aussi, aller poser votre cœur et votre âme à l’abbaye de Solesmes ? Cela fait une belle diversité quand même pour un département regroupé autour d’une agglomération, et vous êtes l’évêque de tout ce monde là, du circuit, du tigre et de Solesmes. (Je n’ai pas dit de mal !). Alors il faut aimer tout ce monde là.

Pour accomplir ce ministère, vous avez besoin de collaborateurs nombreux, forts, dynamiques, expérimentés, etc…
Vous avez tout ça mais comme le temps passe, ils s’usent et la question s’est la relève. La relève, elle est parmi vous, c’est-à-dire que c’est au milieu de vous que se trouve les hommes qui seront appelés à devenir les diacres et les prêtres de l’Eglise. Moi, je ne les connais pas, Yves Le Saux ne les connaît pas non plus et peut-être qu’eux non plus ne se connaissent pas encore, donc on est très libre pour causer ; alors trouvez-vous la question :
-  « est-ce que cela ne vous a jamais traversé l’esprit ? »
Si cela vous est déjà arrivés, recommencez, peut-être que vous avez manqué un embranchement ! peut-être qu’il y a une connection qui ne sait pas bien faite ! peut-être qu’il y a eu un mauvais hasard ! Je ne voudrais pas vous retrouver comme on retrouve quelquefois des gens, comme cela m’est arrivé à plusieurs reprises dans les années écoulées de quelqu’un qui me dit :

- « Mais Mgr, cela fait 10 ans que j’y pense ! »
- je lui dis : « cela fait 9 ans de trop ». Voilà.

Alors, si cela fait déjà trois ans que vous y pensez : ouvrez la bouche, osez parler, réfléchissez, priez, changez, discutez. La vérité vient de la confrontation, du travail sur soi, de la délivrance du cœur, de l’ouverture, de la charité en nous. Le diocèse du Mans a droit à avoir des prêtres, il a assez de gens généreux pour en trouver. Je ne doute pas qu’il en trouvera.

Voilà, nous allons maintenant entrer dans la célébration de l’ordination proprement dit, entourés par des évêques nombreux que vous avez vu entrer avec moi. Je me permettrais quand même de saluer fraternellement, en votre nom à tous, Mgr Gilson, qui est parmi nous, Mgr l’évêque de Paderborn qui est lié de manière très étroite avec la ville et le diocèse du Mans et tous les frères évêques de la province ecclésiastique de Rennes et de ses environs.

Prions le Seigneur avec confiance pour qu’il accomplisse ce que lui-même a décidé et, mon cher Yves, écoute cette parole « Tu seras pour Lui devant tous les hommes le témoin de ce que tu as vu et entendu, pourquoi hésiter ? Lèves- toi ! ».


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