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HOMELIE DE LA NUIT DE NOËL (année 2009)

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. » (Is 9, 1)

En cette nuit de Noël, je vous invite à accueillir la lumière qui émane de la crèche. Je vous invite à vous laisser éclairer par cet enfant qui vient de naître, Jésus, qui lui-même se présentera plus tard comme la lumière. « Je suis la lumière du monde, celui qui marche à ma suite ne demeure pas dans les ténèbres. » (Jn 8,12)

« Ne craignez pas car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple. » (Lc 2,10)

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En cette nuit de Noël, je vous invite à accueillir la joie qui émane de la crèche. Laissez votre cœur être comblé de joie, parce que cet enfant, nous le croyons, est la réponse au désir de bonheur de toute l’humanité. Il porte en lui la joie, il est la joie du monde, lui qui dira « je suis venu pour que vous soyez comblé de joie, d’une joie que personne ne pourra vous ravir. » (Jn)

En cette nuit, nous fêtons la naissance d’un enfant, la naissance de Jésus. J’ai entendu à la radio que la fête de Noël était la fête de la famille, la fête des enfants, la fête de la lumière : cela est faux et cela est vrai. Faux au sens où avant tout elle est la fête de la naissance de Jésus, et cet enfant, nous le croyons est Dieu, Dieu qui naît d’une femme, Dieu fait homme, Dieu qui est la lumière qui éclaire tout homme. Alors, oui, Noël est la fête de la famille car Dieu est né dans une famille, avec Joseph et Marie, la fête des enfants car Dieu s’est fait enfant, fête de la lumière car cet enfant est la lumière du monde.

Je me suis demandé pourquoi tant de gens fêtaient Noël, même s’ils ne sont pas vraiment chrétiens, même s’il fête Noël de façon païenne. Pourquoi tant de gens vont dans les églises le jour de Noël alors qu’ils ne viennent pas les autres dimanches. Je pense que la naissance de Jésus, Dieu qui se fait petit enfant, rejoint en nous et dans le cœur de beaucoup quelque chose de très profond en nous. Ce besoin de redevenir des enfants. L’Evangile nous invite à devenir comme des enfants. Le propre des enfants est d’avoir un père, des parents. Cela rejoint le besoin de sécurité, de savoir que l’on peut s’en remettre à quelqu’un qui ne nous juge pas, qui est solide, dont la parole ne change pas selon les modes, le besoin de savoir que nous avons un père.

Le premier message que je me permets de vous adresser en cette nuit de Noël, à la lumière de la crèche, c’est que Dieu est Père, Père plein d’amour et de miséricorde. Vous êtes aimés de Dieu et l’avenir de vos vies, de la vie du monde, de la vie de vos familles est dans les mains de Dieu Père.

Dieu s’est fait enfant, pour que nous-mêmes devenions enfants de Dieu. Dieu est Père au sens le plus fort, Père de tous les hommes. Mon Père : il y a quelqu’un sur qui nous pouvons nous appuyer.

Maintenant, je voudrais relever quelques éléments du récit de la Nativité que nous venons d’entendre.

Il s’agit d’un évènement historique, situé dans le temps, Auguste étant empereur, et Quirinius gouverneur de Syrie, dans un lieu précis, Bethléem. La naissance de Jésus n’est pas un mythe ou une belle histoire intemporelle. C’est un évènement qui se situe à un moment précis de l’Histoire dans un lieu précis.

L’empereur voulait recenser toute la terre, c’est-à-dire compter tous les hommes. Cette remarque du texte nous conduit à une réflexion qui peut être éclaire ce qu’est le Mystère de l’Incarnation. Si l’on pouvait compter tous les hommes, ceux qui sont venus avant nous, ceux qui viendront après nous : les compter 1,2,3,4….ainsi de suite ; parmi les milliards d’êtres humains qui sont dénombrés, l’un d’entre eux est Dieu. Il s’est fait l’un d’entre nous.

L’enfant Jésus que Marie a porté dans son sein, l’enfant qu’elle porte dans ses bras, l’enfant qu’elle nourrit, cet enfant est le sien, mais c’est aussi son Dieu. La Liturgie dit qu’une créature a engendré son créateur. Elle l’emmaillote et le dépose dans une mangeoire. Déjà l’eucharistie est annoncée. Cet enfant se fera notre nourriture pour que nous ayons la vie éternelle.

L’ange du Seigneur va visiter en pleine nuit les bergers et leur annonce une grande joie pour tout le peuple. Et soudain, une troupe céleste, innombrable qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. » (Lc 2, 14) Je vous invite à recevoir cette joie promise à tous, à tous les hommes sans exception, donc à chacun d’entre nous dans cette cathédrale ce soir. Que la tristesse et ce qui en est la source soit détruite en nos cœurs. La source de la tristesse est l’orgueil. Que l’humilité de Jésus enfant détruise l’orgueil en nos cœurs. Que toute amertume, que toute violence soit arrachée de nos cœurs, et ce qui en est la source, c’est à dire la jalousie et la peur de ne pas être aimé. Que Jésus, révélation de l’amour du Père, guérisse nos cœurs.

Joie pour tout le peuple et paix à tous les hommes que Dieu aime. Vous allez peut-être me dire : comment se réjouir, comment parler de paix dans un monde où l’avenir est parfois fermé, dans un monde qui va mal, sinon très mal, où le mal pourrait sembler plus fort que le bien. L’Ecriture dit « je vous donnerai un avenir et une espérance » (Je 29, 11) Je crois que l’enfant de la crèche, fils de Marie, fils de Dieu, Dieu au milieu de nous, vrai Dieu et vrai homme, est l’avenir et l’espérance de monde.

Je vous invite à accueillir la grâce de Noël. La liturgie n’est pas une simple évocation d’un évènement passé. Elle nous rend comme présent à l’évènement. Elle nous rend présent l’évènement que nous célébrons. Elle nous rend accessible le don de Dieu. En cette nuit de Noël, Jésus enfant nous visite. Ouvrons nos cœurs à la grâce de Noël comme l’on fait tant d’autres avant nous. Je pense à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, jeune fille fragile. La moindre remarque la blesse, elle n’est pas guérie de la mort de sa maman. Elle le sera la nuit de Noël 1886, plus précisément, elle parlera de la nuit de sa conversion. « J’ai senti la charité rentrer dans mon cœur, le besoin de m’oublier pour faire plaisir et depuis je fus heureuse. »

Je pense à Paul Claudel, le même Noël, à la cathédrale Notre Dame à Paris. Il raconte : « En un instant, mon cœur fut touché et je crus. Je crus d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute que depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée n’ont pu ébranler ma foi, ni à vrai dire la toucher. Et voici que vous êtes quelqu’un tout d’un coup. »

Je pense, dans un autre genre, au Bienheureux père Chevrier. Il méditait devant la crèche la nuit de Noël 1856. « Ce fut une nuit pendant laquelle j’eu de telles lumières sur la pauvreté que ma vie fut désormais prise. Je me disais, le Fils de Dieu est descendu sur la terre pour sauver les hommes et convertir les pécheurs, et cependant que voyons-nous ? Que de pécheurs il y a dans le monde. Les hommes continuent à se perdre. Alors, je me suis décidé à suivre Notre Seigneur Jésus Christ de plus près, pour me rendre plus capable de travailler efficacement au Salut des âmes. C’est en méditant la nuit de Noël sur la pauvreté de Notre Seigneur et son abaissement parmi les hommes que j’ai résolu de tout quitter et de vivre le plus pauvrement possible. »

En cette nuit, approchons nous du Christ et laissons-nous approcher par le Christ :

  • Pour qu’il déverse la charité en nos cœurs et nous guérisse de toute blessure ;
  • Pour que nous ayons la grâce de découvrir que Dieu est quelqu’un, et non pas une idée, une morale, une générosité. C’est un enfant emmailloté dans une mangeoire ;
  • Pour peut-être qu’il puisse mettre sa vie au fond de nos cœurs, et que nous quittions tout pour vivre autrement avec lui ;
  • Pour simplement goûter l’humble joie de sa présence ;
  • Pour que nous soit accordé en cette nuit une simplification du cœur.

Dans le Mystère de la Nativité, Dieu se présente à nous sans défense, vulnérable, pauvre, humble, pour que nous n’ayons pas peur de lui ; pour que Dieu soit avec nous dans l’intimité et la simplicité que nous nous ne pouvons avoir qu’avec un enfant. Nous sommes aussi invités à nous mettre à l’école de la crèche, à ne pas avoir peur de nous présenter nous aussi vulnérable et pauvre, pour apprendre à vivre en présence de Dieu. C’est d’ailleurs la seule manière de pouvoir rencontrer Dieu et comprendre quelque chose de son amour. Dieu se révèle aux tout petits.

Yves Le Saux
Evêque du Mans


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