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HOMÉLIE DE MGR LE SAUX POUR LA MESSE CHRISMALE 2011

HOMÉLIE DE LA MESSE CHRISMALE

19 avril 2011


Frères et sœurs, la célébration de la messe chrismale marque l’entrée dans le triduum pascal, qui chaque année nous fait revenir au centre, au cœur de notre vie chrétienne. Nous sommes invités à suivre le Christ dans le mystère de sa Passion, sa souffrance, sa mort et sa victoire sur le mal ; à le suivre dans sa mort et sa résurrection. Nous sommes conviés à nous plonger dans l’immensité de l’amour et la miséricorde de Dieu.
Célébrer ensemble la messe chrismale, c’est nous recentrer sur l’essentiel, le Christ, source de la vie, source de toute consolation, de toute guérison. Nous sommes divers par l’âge, par le style de vie, par nos histoires personnelles, par la manière d’exprimer notre foi. Nous avons nos tensions, nos maladresses, nos travers. Mais nous avons en commun le Christ, mort et ressuscité. En cette semaine sainte, nous voulons nous tourner ensemble vers lui, pour accueillir de lui la vie, la guérison, l’espérance.
Je voudrais tout d’abord remercier tous ceux qui travaillent au service de l’annonce de l ‘Evangile, tous ceux qui portent la vie de notre diocèse. Merci aux prêtres, en particulier ceux qui célèbrent cette année un jubilé : le Père André Despierres, le Père André Grassin et le Père Jean Proust (60 ans) ; le Père Noël Barré, le Père Jean Thibault et le Père Maurice Touchet (50 ans) ; le Père Michel Patry (25 ans). Merci aux diacres et à leurs épouses. Merci aux laïcs qui ont reçu et accueilli une mission ecclésiale particulière. Merci à tous ceux qui travaillent dans les différents services, dans les paroisses, les mouvements. Merci à tous ceux qui servent de manière courageuse, parfois discrète. Nous sommes ensemble face aux défis missionnaires de notre temps.
Ces dernières semaines, notre monde a été traversé par des drames, et des inquiétudes, et il l’est encore. Je pense bien sûr au séisme au Japon avec ses conséquences. Je pense à la guerre en Libye, à la situation en Côte d’Ivoire. Je pense aux espérances et aux angoisses qui traversent un certain nombre de pays. Cela ne doit pas nous faire oublier que les conséquences du séisme en Haïti ne sont pas achevées, que les chrétiens sont encore persécutés dans différents pays du monde. N’oublions pas que la crise économique n’est pas terminée. Dans notre propre pays, nombre de gens vivent dans des conditions d’extrême pauvreté. Je pense aussi aux situations dramatiques des personnes immigrées, rejetées et traitées de façon inacceptable. Tout cela ne peut pas ne pas nous atteindre et nous interroger. Quelle réponse donner à ces situations ?
Nous avons à regarder le monde et les drames qui le traversent à la lumière de la mort et de la résurrection du Christ, à la lumière de la rédemption. La croix du christ est un échec, et pourtant c’est de la croix que jaillit la vie. Jésus traverse le drame de la souffrance, de la trahison, de l’injustice, de la mort. Le Christ donne sa vie par amour jusqu’au pardon des ennemis, en devenant le grain jeté en terre qui meurt pour donner du fruit en abondance.
Au cœur des nuits les plus sombres jaillit la lumière. La souffrance humaine atteint son sommet dans la passion du Christ. En même temps, l’amour de Dieu pour l’humanité va jusqu’à l’extrême. La croix du Christ est devenue une source d’où coulent des fleuves d’eau vive. Nous sommes invités à témoigner et à vivre de l‘amour et de l’espérance qui jaillissent de la croix du Christ.
Dans quelques instants, les prêtres vont renouveler les engagements pris au moment de leur ordination. C’est pour chacun de nous un moment important. Encore une fois, merci à tous. Nous avons tous nos qualités, nos défauts, nos tempéraments, nos histoires, nos joies, nos souffrances. Mais tous, nous avons donné notre vie et nous voulons la donner encore au service de nos frères et sœurs et du Christ.
Nous sommes confrontés à des défis énormes, et parfois à des situations douloureuses pour lesquelles nous n’avons pas de solution immédiate. Nous devons construire des pôles forts de vie chrétienne dans des lieux centraux, tout en maintenant des communautés chrétiennes locales qui ne pourront pas avoir la célébration de l’eucharistie tous les dimanches. Nous sommes submergés de demandes cultuelles : mariages, baptêmes, dont les motivations ne sont pas sans valeur, mais qui ne sont pas toujours très claires. Beaucoup de demandes nous sont adressées par des personnes qui ont une relation plus ou moins forte et résolue avec la foi et la vie ecclésiale. Leurs attentes et leur relation avec nous peuvent être faibles et nous paraître relever plus d’une tradition culturelle teintée de nostalgie, que d’une foi vraiment personnelle et vivante. Mais elle n’en est pas moins réelle. Le défi est de transformer ces attentes, même pauvrement exprimées, en chemin de découverte et de rencontre avec le Christ.
Cette mission ne repose pas seulement sur les prêtres, mais sur toute la communauté chrétienne. Nous avons parfois peu de moyen d’action, mais une paroisse, une communauté peuvent être missionnaires, même si elles n’ont pas tous les services imaginables et traditionnellement répertoriés. Le dynamisme missionnaire repose d’abord sur la charité fraternelle, la joie de vivre avec le Christ.
Comment continuer à annoncer l’Evangile dans un monde qui parfois ne semble pas en vouloir, ou qui souvent semble ne porter aucun intérêt à nos propositions ? Comment proposer au monde la seule richesse que nous avons, le Christ Jésus ? Un monde, comme le dit admirablement Benoît XVI, qui vit sans Dieu, mais aimerait ne pas vivre sans lui. Nous n’avons pas de réponse immédiate à toutes ces questions, mais je me permets quelques considérations.
Nous ne pouvons pas tout faire. Alors faisons humblement ce qui nous est possible. Nous ne sommes que de pauvres serviteurs. Le Maître, c’est le Seigneur. Je voudrais, si cela était possible, nous déculpabiliser. Il est possible de dire non. Nous devons nous fixer des priorités et accepter que tout ne soit pas prioritaire. Il nous faut préserver des espaces de gratuité. Gratuité de la relation à Dieu, gratuité de la relation aux personnes, en particulier aux plus pauvres, avec ceux qui sont les plus loin. Le cœur de la vie du prêtre, c’est la charité pastorale. C’est en fait tendre à manifester la charité du Christ. Nous ne pouvons pas répondre à toutes les demandes. Chers frères et sœurs laïcs, nous attendons de vous que vous viviez à plein de votre baptême, nous avons besoin de votre compétence, de votre affection.
Nous avons à cultiver la charité fraternelle, la miséricorde entre nous, la communion fraternelle entre nous. Quand je dis entre nous, je ne pense pas seulement les prêtres entre eux, mais tous les baptisés entre eux. Quelques soient nos sensibilités, nos diverses approches des choses, la communion fraternelle est fondée sur notre relation au Christ. Elle est pour notre monde un témoignage vivant de l’amour qui doit animer toues les relations humaines. La communion fraternelle est la première activité missionnaire. Nous devons tous travailler à bannir de nos vies, de nos cœurs, de nos paroles, de nos pensées, tout ce qui blesse la communion fraternelle. Comme vous le savez, elle est faite de pardon, de miséricorde, du choix de la bienveillance, du refus de la suspicion. Nous n’aurons jamais fini de grandir sur ce chemin.
N’oublions jamais que si le Seigneur ne bâtit pas la maison, en vain travaillent les ouvriers. Sans lui, nous ne pouvons rien faire. Nous portons un trésor dans un vase d’argile, celui de nos organisations défaillantes, celui de nos personnes marquées par ses limites. Cependant, c’est un trésor que nous portons. Par nous-mêmes, par les seules forces de nos intelligences, de nos connaissances et de notre volonté, nous ne pouvons pas accomplir grand-chose. Nous donnons ce que nous pouvons donner, confiants que le Seigneur est plus grand que nous. Quiconque œuvre pour le Christ, sait que celui qui sème n’est pas celui qui récolte. Il n’est pas nécessaire qu’il s’interroge continuellement. Il confie les résultats au Seigneur. Si nous cherchons sans cesse le rendement, nous serons fatigués et frustrés.
Qu’aujourd’hui, au cœur de cette célébration, nous demandions au Seigneur d’être sans cesse renouvelés dans la confiance en lui, qu’ensemble nous nous remettions humblement entre ses mains.
Dans quelques jours, le Pape Jean Paul II sera béatifié. Ces derniers temps, j’ai repensé à lui en me demandant à quel moment de son pontificat a-t-il été le plus efficace. Dans sa jeunesse dynamique, dans les moments où il a été admiré des foules, dans les périodes où il a été violemment critiqué, dans sa vieillesse, malade et très limité ? Je ne sais. Ce qui a bouleversé le monde, que l’on ait été d’accord avec lui ou pas, c’est l’authenticité de l’homme, la cohérence d’une vie donnée au Christ jusqu’au bout. Je me permets de reprendre quelques uns de ses propos bien connus pour conclure cette homélie.
« En octobre 1978, j’ai lancé « N’ayez pas peur ». Ce « n’ayez pas peur » doit être pris dans son acception la plus large. C’était un encouragement adressé à tous les hommes afin qu’ils surmontent la peur que leur inspirait l’état du monde contemporain. N’ayez pas peur de ce que vous avez vous-même créé, n’ayez pas peur de tout ce qui dans ce que l’homme a produit risque de se retourner contre lui, en un mot n’ayez pas peur de vous-mêmes.
Pourquoi ne devons-nous pas avoir peur ? Parce que l’homme a été racheté par Dieu. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique. Ce fils demeure au cœur de l’histoire de l’humanité comme rédempteur. La rédemption imprègne toute l’histoire humaine. La puissance de la croix du Christ et de sa résurrection est toujours plus grande que tout le mal dont l’homme pourrait et devrait avoir peur. » (JP II, Entrez dans l’Espérance)
Ensemble, modestement, simplement, remettons avec confiance nos vies au Seigneur, ainsi que celle des personnes qui nous sont confiées.

Monseigneur Yves Le Saux
Evêque du Mans


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