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HOMÉLIE DE MGR LE SAUX POUR LE VENDREDI SAINT 2011

HOMÉLIE DU VENDREDI SAINT

22 avril 2011


« Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé. » (Jn19, 37) Nous sommes invités aujourd’hui à regarder celui que nous avons transpercé.
Dans la Passion du Christ, la souffrance humaine a atteint son sommet. « Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleur, familier de la souffrance, semblable aux lépreux dont on se détourne, et nous l’avons méprisé, compté pour rien. C’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé, comme un agneau conduit à l’abattoir » nous dit Isaïe (Is 53) Simultanément, la souffrance a revêtu une dimension complètement nouvelle, elle est entrée dans un ordre nouveau. Elle a été liée à l’amour, à l’amour qui crée le bien en le tirant même du mal.
La croix du Christ est devenue une source d’où coulent des fleuves d’eau vive. Après que le côté du Christ fut transpercé sur la croix, il est dit : « aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. » Ainsi, la vision du prophète Ezechiel se réalise : la source qui jaillit du côté droit du Temple de Jérusalem devient un fleuve infranchissable qui donne la vie là où il se répand, et assainit les eaux de la mer. (Ez 47) Jésus est le véritable temple, lieu de la présence de Dieu.
Dans la Passion, l’amour de Dieu nous est révélé, amour qui va jusqu’au bout. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16) Lors du dernier repas que Jésus prend avec ses disciples, l’apôtre Philippe demande à Jésus : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » (Jn 14, 8) Jésus répondra : « Qui me voit voit le Père. » (Jn 14, 9) En regardant Jésus sur la croix, nous voyons le Père. Nous voyons qui est Dieu et comment il nous aime. Croire dans le Fils crucifié signifie « voir le Père ». Cela signifie que l’amour est présent dans le monde, et que cet amour est plus puissant que les maux de toutes sortes dans lesquels l’homme, l’humanité et le monde sont plongés.
Sur la croix, l’amour miséricordieux nous est révélé. La miséricorde, c’est l’amour qui traverse la misère humaine. Plus même, c’est l’amour qui se sert de la misère et du mal qui sont dans le monde et qui assiège l’homme, qui s’insinue jusque dans son cœur, pour nous manifester un amour encore plus grand par la force du pardon.
Ce qui se passe dans la Passion du Christ est incroyable. Nous le rejetons et le méprisons : il nous manifeste encore plus d’amour. Nous l’accusons : il se tait. Nous le blessons : par ses blessures, il nous guérit. Nous le traitons comme un criminel et le condamnons injustement : il nous pardonne. Nous le mettons à mort : il nous donne la vie.
Face à Pilate qui l’interroge, Jésus répond : « Je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. Pilate lui dit : qu’est-ce que la vérité ? » (Jn 18, 37-38) Si Jésus nous révèle l’amour du Père, plus encore, s’il est l’amour du Père, il nous révèle aussi la vérité, ou plus exactement, il est la vérité, la vérité sur Dieu et aussi la vérité sur l’homme. Il nous montre en vérité qui est Dieu, Dieu qui se fait proche, Dieu qui se rend accessible, terriblement accessible. La vérité est que la puissance de Dieu se révèle dans l’absence de la puissance. La puissance de Dieu, c’est la miséricorde. Il nous dit aussi la vérité sur l’homme. Au point que Pilate présente Jésus en disant « voici l’homme ! » (Jn 19, 5) En Jésus, l’homme est révélé en lui-même, en lui est rendue visible la misère de tous ceux qui sont frappés ou anéantis. En lui, est révélée l’inhumanité du pouvoir humain qui écrase le faible. En lui, se révèle le péché de l’homme. Mais la profonde dignité de Jésus dans sa Passion révèle aussi la profonde dignité de l’homme. Sa dignité ne peut lui être enlevée. Au cœur de sa Passion, Jésus est aussi l’espérance. Dieu est du côté de ceux qui souffrent.
Que devons-nous faire face à un tel mystère ?
Le regarder, nous approcher de lui, le laisser s’approcher de nous.
Laissons-nous aimer. Nous pensons souvent que nous devons faire des choses pour Dieu ou à cause de lui. Nous pensons qu’il faut être généreux. En réalité, c’est lui qui nous a aimés le premier. Accueillons cet amour.
Laissons-nous guérir. C’est par ses blessures que nous sommes guéris. Nous avons été blessés par la trahison, par des accusations injustes, par toute sorte de déception, par la solitude, le mépris. Comme dit l’Ecriture, « le cœur de l’homme est compliqué et malade. » (Je 17, 9) Laissons Jésus nous rejoindre dans le plus intime de nos cœurs, pour qu’il redonne vie à ce qui est mort en nous, et que nos blessures, au lieu d’être source de colère, de jalousie, d’amertume, de peur, deviennent chemin de miséricorde.
Accueillons le pardon. « C’est par nos péchés qu’il a été broyé. » (Is 53, 5) Dans la Passion, le pardon est accordé. Accueillons-le. Que l’humilité du Christ nous libère de l’orgueil, que son silence nous libère des paroles d’accusation et blessantes. Que sa bonté nous libère de la jalousie et de la méchanceté, que sa douceur nous libère de la violence, que la vérité nous libère de tout mensonge. Apprenons de lui à aimer et à pardonner.
Enfin, en ce vendredi saint, implorons la miséricorde de Dieu sur ce monde déchiré par la souffrance, la guerre, les conflits.
Seigneur Jésus, nous avons confiance en toi.

Monseigneur Yves Le Saux
Evêque du Mans


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