HOMELIE DU JEUDI SAINT

1 AVRIL 2010

Ce soir, nous célébrons la Cène du Seigneur, le dernier repas que Jésus prend avec ses disciples. Nous sommes au point culminant de la vie du Seigneur. Le point central de sa vie, mais aussi de l’histoire de l’humanité. Le point qui commence avec l’institution de l’eucharistie et se termine par la Résurrection, après le passage par la Passion et la mort sur la Croix.
Ce soir, en instituant l’eucharistie, Jésus anticipe et intègre le sacrifice de la Croix et la victoire de la Résurrection. Il sait qu’il va mourir, qu’il va être abandonné de ses amis, qu’il va vivre la passion. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis. Tout ce qu’a vécu Jésus, tout ce qu’il va vivre dans ses dernières heures, est anticipé dans l’eucharistie qui est instituée par Jésus au cours de ce dernier repas.
L’eucharistie est la présence perpétuelle de la mort et de la résurrection du Christ au milieu des hommes. « Après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout. » (Jn 13, 1) Le maximum de l’Amour nous est rendu accessible dans l’eucharistie, et nous sommes invités à le faire en mémoire de lui. A chaque fois qu’est célébrée l’eucharistie, c’est tout le mystère de l’Amour de Dieu qui trouve son achèvement total dans la mort et la résurrection du Seigneur, qui nous est rendu accessible.
Je voudrais insister sur deux aspects du Mystère que nous célébrons ce soir, l’humilité et la charité.

L’humilité : il s’agit en premier lieu de l’humilité de Jésus, de l’humilité de l’Amour. L’Evangile de Jean ne raconte pas directement l’institution de l’eucharistie. Il rapporte un évènement curieux. « Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin. » (Jn 13, 1) « Jésus se lève de table, pose son manteau, et ayant pris un linge, il s’en ceignit, puis versa de l’eau dans un bassin et se mit à laver les pieds de ses disciples. » (Jn 13, 4-5) Ce geste repris par la liturgie chaque jeudi saint a profondément marqué les disciples. Jésus prend la place du plus humble des serviteurs. Il prend la place de l’esclave qui était chargé de laver les pieds des invités quand ils entraient dans une maison. Jésus lui-même reprochera au pharisien Simon : « Je suis venu dans ta maison et tu ne m’as pas lavé les pieds. » (Lc 7, 44)
« Le Christ, lui qui est de condition divine n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être légal de Dieu. Mais il s’est dépouillé prenant la condition de serviteur devenant semblable aux hommes. Il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur la croix. » (Ph 2, 6-8)
Dans le mystère pascal, c’est Dieu, qui en Jésus, s’abaisse jusqu’à nous pour nous guérir et nous sauver. Jésus se met à genoux devant ses frères. L’humilité de Jésus n’est pas seulement la démarche du maître qui se comporte comme le serviteur, lui qui est grand et qui se fait petit. Il reconnaît la grandeur de l’homme, la beauté de ses frères. Il nous aime car nous sommes aimables même et peut-être surtout à travers les misères de nos vies.
L’humilité n’est pas le petit qui s’incline devant le grand. C’est le grand qui s’incline devant le petit, car il est saisi par sa beauté. Dieu aime humblement.
A l’humilité de l’Amour, nous ne pouvons répondre que par l’humilité de l’Accueil. Le plus difficile n’est pas d’aimer, c’est de se laisser aimer. C’est accepter d’avoir besoin de l’autre, d’avoir besoin de Dieu. Pour pouvoir aimer, il faut nous laisser aimer : « Si je ne te lave pas les pieds, tu ne peux avoir de part avec moi. » dit Jésus à Pierre. (Jn 13, 8).
Il y a l’humilité de Jésus à laquelle nous sommes invités à répondre par notre propre humilité. Il y a aussi l’invitation à faire comme Jésus, à nous désapproprier de nous-mêmes pour nous mettre à genoux les uns devant les autres. Il ne s’agit pas d’être modeste et d’être disposé à nous rendre service. Cela est plus radical. Il s’agit de nous laisser saisir par la beauté et la grandeur de nos frères et sœurs. Dans la lettre aux Philippiens, St Paul nous invite : « ayez le même amour, une seule âme, un seul sentiment ; n’accordez rien à l’esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun par l’humilité estime les autres supérieurs à soi ; ne recherchez pas chacun vos propres intérêts, mais plutôt que chacun songe à ceux des autres. Comportez-vous ainsi entre vous, comme on le fait en Jésus Christ. » (Ph 2, 2-6)
Considérez les autres comme supérieur à vous : pourquoi ? Parce que c’est vrai.
Dans l’eucharistie, nous est comme présente l’humilité de Dieu. Je me souviens d’une personne âgée à qui j’apportais la communion qui me fit cette réflexion « un si grand Dieu dans une si petite boîte. »
Pourquoi cette insistance sur l’humilité ? Car l’orgueil est le seul véritable obstacle pour rencontrer Dieu et pour rencontrer en vérité nos frères.

La charité : il nous est dit que Jésus aima les siens et il les aima jusqu’au bout. Cette expérience d’être aimé jusqu’au bout, cette expérience extraordinaire de recevoir un amour total se renouvelle en chaque eucharistie.
Dans l’eucharistie, Jésus se penche sur nous pour nous toucher avec amour à l’endroit où nous sommes les plus vulnérables, pour guérir nos blessures. Il se penche sur nous pour laver la poussière de nos pieds. Il nous accepte sans réserve avec tout son amour, même avec ce que nous pensons être inacceptable.
Le geste du lavement des pieds est au fond ce qui se passe à chaque eucharistie. Dans l’eucharistie s’accomplit le miracle de guérison qui cicatrise les plaies de l’égoïsme et de la misère humaine.
Si nous avons la simplicité et l’humilité de nous approcher de lui, pas seulement en communiant, mais en adhérant par la foi au mystère que nous célébrons, est déversée en nous la charité même de Dieu, l’Amour même de Dieu. Nous sommes en réalité incapables d’aimer, de pardonner, de nous détourner de nous-mêmes. Cette transformation nous est accordée dans l’eucharistie.
Paul VI nous dit que « l’eucharistie est instituée pour que nous devenions frères, pour que d’étrangers, dispersés, indifférents les uns aux autres que nous étions, nous devenions unis, égaux et amis. Elle nous est donnée pour que, de masse apathique, égoïste, travaillée intérieurement par des divisions et des hostilités, nous devenions un peuple, un vrai peuple, croyant et aimé, peuple d’un seul cœur et d’une seule âme. » (Homélie du 17 juin 1965)
Je vous invite donc à accueillir en chaque eucharistie le feu de la charité même de Dieu. Ce qui faisait dire au Curé d’Ars que si nous avions conscience de ce qui se passe dans l’eucharistie, nous mourrions d’amour.
Mais si l’eucharistie est la source de l’Amour, elle suppose aussi que nous renoncions à tout ce qui serait contre la charité. On ne peut s’approcher de l’eucharistie en entretenant dans nos cœurs, des paroles, des pensées, des comportements contraire à la charité. On ne peut pas s’approcher de l’eucharistie en refusant de pardonner, en continuant à parler en mal de nos frères, en entretenant la division.
Nous sommes aussi invités à imiter Jésus dans l’eucharistie, c’est-à-dire à nous approcher les uns des autres, en nous lavant les pieds les uns aux autres, sans nous reprocher nos fautes, mais en nous acceptant les uns les autres sans réserve avec l’amour dont nous faisons l’expérience en Jésus.
L’eucharistie produit en nous la charité. Elle suppose la charité, elle nous conduit à la charité. Le sens authentique de l’eucharistie devient de soi une école d’amour effectif envers le prochain.

Je vous invite donc à vous mettre à l’école de l’eucharistie, école d’humilité, école de charité, école du don de nous-mêmes à la suite de Jésus.

Monseigneur Yves Le Saux
Evêque du Mans


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