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HOMELIE FAMILLE EN FÊTE

C’est avec joie que nous nous retrouvons encore cette année pour ce moment de fête en famille. Notre rencontre a lieu pendant l’année sacerdotale. Un certain nombre d’enfants ont participé ce matin à un jeu sur le Saint Curé d’Ars, et je vous propose que pendant cette eucharistie, nous demandions au Seigneur qu’il y ait dans nos familles des vocations à être prêtre.

Nous avons entendu l’Evangile de Marc qui nous raconte la rencontre de Jésus et d’un homme dont on constate qu’il a de grandes richesses. Ce dialogue entre Jésus et cet homme est très intéressant. Il est comme le schéma du dialogue que tout homme et toute femme est amené à avoir avec le Christ un jour dans sa vie.
Je vous invite tout d’abord à entrer en dialogue avec Jésus, en conversation avec lui. J’ai toujours pensé que la vie chrétienne est comme une longue conversation avec Jésus. Permettez-moi de m’arrêter sur ce dialogue et d’en tirer quelques leçons pour la famille.

Tout commence par une question. L’homme pose une question à Jésus, celle de la vie éternelle. « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » (Mc 10, 17) C’est la question du sens ultime de la vie. C’est au fond la question du bonheur. Que dois-je faire pour être heureux, heureux toujours et pas seulement un instant ? C’est la question du sens de la vie. Un jour ou l’autre, nous devons tous mettre notre vie dans la perspective du sens, dans la perspective de l’absolu, dans la perspective de l’éternité. La question du sens, de la fin des choses est inévitable si l’on veut être heureux.
Jésus donne un premier niveau de réponse qui peut être surprenant. Il répond : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. » (Mc 10, 18) Seul Dieu est à l’origine de la bonté. Le bonheur, la vie, ne peut se trouver qu’en orientant son cœur vers celui qui seul est bon.
Le second niveau de réponse est de situer cet homme par rapport aux commandements, et ici, Jésus cite tous les commandements qui sont en rapport avec les autres. « Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » (Mc 10, 19) Tous ces commandements concernent la relation aux autres : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir, ne pas tromper… conditions pour entrer dans la vie pour être heureux. Donc, pour entrer dans la vie éternelle, nous sommes invités à nous situer dans la relation à Dieu. Mettre Dieu à sa place, la première. A nous situer dans la relation à nos frères et sœurs, les respecter, ne pas les tromper. Après avoir orienté le regard de l’homme vers Dieu, Jésus lui rappelle les commandements qui ont trait au prochain. Aimer Dieu et aimer ses frères et sœurs.
Il y a un troisième niveau à la réponse de Jésus. L’homme répond qu’il vit tout cela depuis sa jeunesse. C’est aussi le cas, je le suppose, de beaucoup d’entre nous dans cette cathédrale. Je crois en Dieu et je ne fais de mal à personne. Jésus aime cet homme car il est magnifique et droit. Mais, en le regardant, il constate qu’il lui manque quelque chose pour entrer dans la plénitude de la vie. Jésus lui dit : « il te manque une seule chose : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi. » (Mc 10, 21) C’est une invitation à une générosité plus grande. Il ne suffit de vivre droitement, il s’agit de donner aux pauvres et de suivre Jésus. Le vrai trésor n’est pas de posséder, d’avoir, mais de donner. La joie, c’est donner. Il ne suffit pas de respecter les autres, il s’agit de suivre Jésus pour aimer comme lui jusqu’au pardon, au pardon des ennemis. Donner sa vie à la suite du Christ.
Vous me direz tout cela, c’est bien, mais quel rapport avec la famille, en particulier avec ma famille ?
La famille est le lieu où l’on apprend à entrer en dialogue avec Jésus, où chaque membre de la famille doit pouvoir poser les questions fondamentales. Quel espace y a-t-il dans le rythme familial pour l’intériorité, le silence, qui permette à chacun de descendre au fond de son cœur pour poser les questions profondes ? Dans la manière de vivre, de parler, apprend-on le véritable sens des choses ? La famille doit être le lieu où on apprend que le bonheur se trouve dans l’Amour, dans la vérité et pas d’abord dans la satisfaction immédiate de tous les désirs. Y a-t-il dans nos familles un espace pour l’absolu, pour Dieu ?
La famille est le lieu où l’on apprend le respect de l’autre. On ne tue pas (vous savez que l’on peut tuer avec des paroles), on ne ment pas, on ne vole pas, on ne trompe pas, on honore son père, sa mère, ses frères et sœurs, ses enfants, on n’insulte pas. Toutes nos familles sont marquées par des cassures, des blessures, des maladresses. Alors, certains peuvent penser : c’est bien tout cela, mais ce n’est pas possible. Peut-être que c’est impossible à l’homme, mais tout est possible à Dieu.
La famille est le lieu où l’on apprend le don. Donner aux pauvres. Je pense à ce que l’on connaît de la famille du Saint Curé d’Ars. Il y avait toujours à la maison une place pour le pauvre ou le vagabond de passage. Il y avait une réserve de nourriture et de vêtement pour donner à ceux qui n’en avait pas. Jean Marie Vianney qui donnait tout aux pauvres, ses vêtements, sa nourriture, avait appris cela dans sa famille. La famille est le lieu où l’on apprend à donner sa vie, à suivre Jésus.
Nous sommes dans une année où nous prions particulièrement pour les vocations et les vocations à être prêtre. Est-ce que les parents qui sont ici sont disposés à ce que leur fils puisse consacrer toute sa vie au Christ ? Cela est possible quand au cœur de nos familles on a compris que le bonheur n’est pas d’abord avoir, mais donner.
Pour conclure, je me permettrai d’attirer votre attention sur deux autres éléments du texte de l’évangile. Il est dit que Jésus « posant son regard sur lui, se mit à l’aimer. » (Mc 10, 21) Jésus pose ce même regard sur chacun de nous individuellement, et sur nos familles, quelque soit l’état de nos familles. Et il nous aime. En nous aimant, il nous révèle l’Amour de Dieu Père. C’est le même regard qui se posait sur les malades et les pécheurs, sur la femme adultère, sur Zachée, sur l’Apôtre Pierre après son reniement, sur le malfaiteur sur la croix. Regard d’amour, de bienveillance, de pardon, de miséricorde. Laissez-vous regarder par Jésus. Laissez-le regarder vos familles, l’histoire de vos familles, le passé, le présent. On ne peut donner et se donner que si on a accepté ce regard. Il n’y a aucun jugement. Il n’y a qu’un appel : donner aux pauvres et le suivre.
Face à ce regard d’Amour et à cet appel, il y a une décision à prendre, un oui à dire. Ce que, dans l’évangile, l’homme n’arrive pas à faire, et qui produit la tristesse. Il n’y arrive pas car dit-on il avait de grands biens. Il n’arrive pas à mettre de l’ordre entre les biens, les richesses et le vrai bien, le trésor qui est au ciel.
Pourquoi est-il si difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu quand on est riche ? Et quand on parle de richesse, ce n’est pas seulement d’argent dont il est question. Il y a ceux qui n’ont pas d’argent, mais qui sont très intelligents, ou très beaux. D’autres ne sont pas très intelligents, mais très spirituels ou ont une vie morale remarquable. Tout cela, c’est la richesse. Le danger, c’est que le riche mette son espérance et son assurance en ses richesses, alors qu’il s’agit de mettre notre espérance et notre confiance en Dieu. Pour certains, leur richesse est dans la jeunesse, au point qu’ils veulent en profiter, et ils seront généreux quand ils seront vieux (s’ils ne sont pas morts avant). Pour d’autres, la richesse est dans leur vieillesse, au point où maintenant, ils veulent en profiter, estimant qu’ils ont été assez généreux avant.
En réalité, on n’est riche que de ce que l’on donne. Le bonheur n’est que dans le don de nous-mêmes par Amour. La famille peut-être le lieu où avec la grâce de Dieu nous apprenons tout cela.
Viens et suis-moi.

Monseigneur Yves Le Saux
Evêque du Mans


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