HOMELIE PENTECÔTE 2010

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs
Et envoie du haut du ciel
Un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres,
Viens, dispensateur des dons,
Viens, lumière de nos cœurs.

Consolateur souverain
Hôte très doux de nos âmes,
Adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos ;
Dans la fièvre, la fraîcheur ;
Dans les pleurs, le réconfort.
(Extrait de la séquence de la Pentecôte)


Aujourd’hui, jour de la Pentecôte, nous sommes avec toute l’Eglise invités à supplier une nouvelle fois l’Esprit Saint. Faisons-le avec foi et ferveur. Invoquons sa venue sur toute l’Eglise, sur nos 41 frères et sœurs qui vont recevoir dans quelques instants le sacrement de la confirmation. Invoquons sa venue sur chacun d’entre nous.
Dans l’Evangile de Saint Luc, il nous est dit : « demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira. Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson, et qui à la place de poisson lui remettra un serpent ? Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra t-il un scorpion ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient ! » (Lc 11, 9-13)
Le véritable don de Dieu, c’est l’Esprit Saint. La vie chrétienne n’est pas possible sans lui. Le véritable fruit de la prière, c’est l’accueil dans notre cœur du don de l’Esprit Saint. C’est la véritable raison d’être de la prière : nous laisser visiter par l’Esprit Saint. Le grand mystique orthodoxe St Séraphim de Sarov disait : « le vrai but de la vie chrétienne consiste en l’acquisition du Saint Esprit de Dieu. » C’est au fond ce que dit l’Evangile de St Jean : « l’Esprit Saint que le Père vous enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout. » (Jn 14, 26)
L’Esprit de Dieu est présent dès la création du monde : « le souffle de Dieu planait sur les eaux » dit le livre de la Genèse. (Gn 5,2) D’une certaine manière, il préside à la création. Il est annoncé par les prophètes de l’Ancien Testament : « Je mettrai mon esprit en vous et vous vivrez. » (Ez 37, 14) C’est l’Esprit Saint qui repose sur la Vierge Marie à l’Annonciation. A la question de Marie : « Comment cela se fera t-il ? », l’ange lui répond : « l’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut reposera sur toi. » (Lc 1, 34-35) L’Esprit Saint préside à l’Incarnation. L’Esprit Saint vient en plénitude sur Jésus au moment où il est baptisé par Jean. L’Esprit Saint conduit Jésus au désert pour le combat, puis à sa vie publique jusqu’au don total de lui-même sur la Croix. C’est la venue de l’Esprit Saint que Jésus annonce à ses disciples. Il leur promet sa présence. Après la résurrection, on voit Jésus qui souffle sur les Apôtres en leur disant : « recevez l’Esprit Saint ». Un peu comme au moment de la création de l’Homme, Dieu souffle dans les narines d’Adam pour lui donner la vie. Le jour de la Pentecôte, alors que les disciples sont en prière avec Marie, l’Esprit Saint ébranle la maison où ils se trouvent et se répand sur chacun d’entre eux. Ils sortent annoncer la Résurrection, commencement de l’élan missionnaire de l’Eglise. L’Esprit Saint préside à la naissance de l’Eglise et au début de la mission. Si vous lisez les Actes des Apôtres, il est présent à toutes les pages. C’est lui qui pousse les Apôtres à annoncer le Christ aux premiers païens. C’est lui qui saisit St Paul au point où Paul dira qu’il est enchaîné par l’Esprit Saint. Si vous lisez l’histoire de l’Eglise, vous verrez que l’Esprit Saint est à l’origine de tous les élans missionnaires, avec des audaces incroyables, jusqu’à aujourd’hui.
L’Esprit Saint nous est donné pour transformer nos vies. Dans l’élan de la Pentecôte, laissons-nous transformer par l’Esprit Saint. Il nous est donné pour nous donner la vie. Dans le Credo, nous disons : « Il est Seigneur et il donne la vie » Il est répandu en nos cœurs, pour que nous vivions de la vie de Dieu. Il vient demeurer en nous pour nous libérer de la peur et nous faire entrer dans la liberté des fils de Dieu. Dès que la source de l’Esprit est dégagée en notre cœur, elle embellit toute la vie. Comme l’eau imprègne une éponge, elle finit par nous transformer totalement. Cela rejoint l’image qu’utilisait le Saint Curé d’Ars pour parler de l’Esprit Saint. « Sans l’Esprit, nous sommes une pierre du chemin. Prenez dans une main une éponge imbibée d’eau, dans l’autre un petit caillou. Pressez-les également. Il ne sortira rien du caillou. De l’éponge, vous ferez sortir de l’eau en abondance. L’éponge, c’est l’âme remplie du Saint Esprit. Le caillou, c’est le cœur froid et dur où le Saint Esprit n’habite pas. » Si vous préférez, vous pouvez aussi prendre l’image du feu. Un feu allumé à l’intérieur du cœur qui rayonne sur tout notre être et finit par nous transfigurer. « Ta parole était en moi comme un feu dévorant » disait déjà le prophète Jérémie. (Je 20, 9) L’Esprit Saint est cette source d’eau vive promise par Jésus qui devient en nous source jaillissante pour la vie éternelle. Il est aussi le feu de l’Amour de Dieu qui transforme nos vies et nous rend capable d’aimer.
En ce jour de la Pentecôte, je vous invite à dire un « oui » à l’Esprit Saint pour le laisser transformer nos vies. Je vous invite à écarter de vos vies tout ce qui peut contrister l’Esprit Saint : le mensonge, l’orgueil, la haine. L’Esprit Saint habite le cœur des pauvres et des humbles. Souvent, nous voulons bien de la présence de l’Esprit Saint, mais à condition que cela ne change rien. L’Esprit Saint est dérangeant. Souvenez-vous de la parabole de Jésus à propos du vin nouveau et des vieilles outres. On ne met pas le vin nouveau dans les vieilles outres sinon elles éclatent et on perd le vin nouveau, et aussi les outres. Souvent, nous sommes disposés à accueillir le vin nouveau qui est l’Esprit Saint, mais en conservant les vieilles outres de nos habitudes. Il nous faut accepter de changer. L’Esprit Saint veut nous transformer intérieurement pour nous rendre semblable à Jésus, pour aimer comme lui. Ce qui s’exprime « par le fait de vivre en pleine docilité à l’Esprit, docilité qui engage à se laisser former intérieurement par lui afin de devenir toujours plus conforme au Christ. On ne peut témoigner du Christ sans refléter son image qui est rendue vivante en nous par la grâce et par l’action de l’Esprit. » (JP II, Redemptoris missio, n°87)
L’Esprit Saint nous est donné pour la mission. Au matin de la Pentecôte, on voit les premières conséquences de ce bouleversement. Les Apôtres se mettent à parler. Les gens se rassemblent en entendant le bruit. Les Apôtres annoncent les merveilles de Dieu. C’est après la venue de l’Esprit Saint, le jour de la Pentecôte, que les Apôtres partent vers tous les horizons du monde pour commencer la grande œuvre d’évangélisation de l’Eglise. L’Esprit Saint est le premier agent de l’évangélisation. C’est lui qui agit en chaque missionnaire et met dans la bouche et dans le cœur les paroles et les attitudes que seul il ne pourrait trouver, tout en étant aussi dans le cœur de ceux à qui il est envoyé.
« Les techniques d’évangélisation sont bonnes mais les plus perfectionnées ne sauraient remplacer l’action discrète de l’Esprit. La préparation la plus raffinée de l’évangélisateur n’opère rien sans lui. Sans lui, la dialectique la plus convaincante est impuissante sur l’esprit de l’homme. Sans lui, les schémas sociologiques ou psychologiques les plus élaborés se révèlent vite dépourvus de valeur » disait Paul VI. (Evangelii nuntiandi) Je vous invite donc à l’audace missionnaire, à l’imagination missionnaire.
Je me permettrai d’évoquer quelques attitudes intérieures qu’il nous faut à la fin choisir avec détermination et en même temps demander ardemment à l’Esprit Saint. J’évoque ces attitudes en guise de conseils pour vous qui allez recevoir le sacrement de la confirmation.
L’authenticité de votre vie, plus exactement la cohérence entre ce que vous croyez et votre manière de vivre. « Le zèle missionnaire doit jaillir d’une véritable sainteté de vie alimentée par la prière » dit Paul VI. Le monde attend de nous simplicité de vie, esprit de prière, charité envers tous, humilité et détachement de nous-mêmes. Les paroissiens d’Ars disaient de leur curé : « notre curé n’est pas comme les autres, c’est un saint. » (Le curé faisait comme les autres, mais n’était pas comme les autres). D’une certaine manière, on doit pouvoir dire de vous : ce n’est pas un chrétien comme les autres, c’est un saint. Ce n’est pas une infirmière comme les autres…
L’unité. C’est à l’amour que nous avons les uns pour les autres que l’on nous reconnaîtra. Que nous ne soyons en rien auteur de division. Que par nos paroles et nos manières de vivre, nous soyons facteur d’unité. Si nous nous disputons toujours avec tout le monde, si nous refusons de pardonner, si nous nous plaignons toujours, personne ne nous croira jamais quand nous dirons que Dieu est Amour.
L’amour de la vérité. Recherchons toujours la vérité, ne la dissimulons jamais par souci de plaire aux hommes. Ne négligeons pas de la chercher par paresse. Notre monde d’artifice, de relativisme a besoin de la vérité.
La bonté. Aimons les gens. Choisissons la bonté et la bienveillance à l’égard de tous. Chassons de notre cœur le jugement, la suspicion, et de notre bouche la parole blessante. « Dieu est bon, disait saint Vincent de Paul, puisque mon ami Mr de Salle est si bon. »
La joie. La joie est l’autre nom de l’Esprit Saint. Le plus beau service que nous pouvons rendre à notre monde, c’est la joie. La joie d’aimer, de pardonner et d’être pardonné, la joie de donner, la joie des pauvres, la joie du Salut. Que la joie transfigure nos existences. Seule la joie conduit à l’audace missionnaire.
Chers amis, chers frères et sœurs, qui allez être confirmés dans quelques instants, je vous invite à accueillir le don de Dieu, l’Esprit Saint, en vous laissant profondément transformer par lui. Qu’il augmente en vous la charité et vous donne de ressembler à Jésus pour ainsi être de véritables évangélisateurs. Je vous invite à être missionnaire par votre vie et vos paroles, par votre joie et votre miséricorde, en rendant compte aux yeux du monde de l’Espérance qui est en vous.

Monseigneur Yves Le Saux
Evêque du Mans


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