Accueil > Notre Evêque > Homélies et prises de parole > HOMELIE POUR L’ORDINATION DIACONALE D’ HUBERT de (...)

HOMELIE POUR L’ORDINATION DIACONALE D’ HUBERT de RICHEMONT

HOMELIE ORDINATION HUBERT de RICHEMONT

26 juin 2011 à Sablé


Nous avons la joie d’entourer notre frère Hubert qui va être ordonné diacre en vue du presbytérat. Nous célébrons aussi aujourd’hui la fête du Saint Sacrement, du Corps et du Sang du Seigneur. L’Eucharistie est tellement centrale dans et pour la vie de l’Eglise qu’avec le temps, le peuple de Dieu a éprouvé le besoin de célébrer, de rendre grâce par une fête particulière pour le don de l’Eucharistie, ce sacrement du Corps et du Sang du Seigneur. Hubert, ce n’est sans doute pas sans signification que tu sois ordonné diacre en cette fête.
Le Concile Vatican II nous dit que « la sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l’Eglise, c’est-à-dire le Christ lui-même, lui notre Pâque, lui le pain vivant, lui dont la chair, vivifiée par l’Esprit Saint et vivifiante, donne la vie aux hommes. » (Presbyterorum ordinis, n°5) Elle est source et sommet de la vie de l’Eglise.
Permettez-moi quelques rappels sur le Mystère de l’Eucharistie. Il est difficile de dire en quelques mots simples ce qu’elle est. Elle est le sacrement de l’Amour. « Dieu a tant aimé les hommes qu’il a donné son Fils » (Jn 3, 16) Dieu s’est fait homme. « Jésus est venu sur la terre. Il pouvait tout faire. Mais, il était dans la logique de l’Amour qu’après être passé de la Trinité à la vie terrestre, il ne reste pas seulement sur terre trente trois ans, mais trouve le moyen d’y être présent en tout point et pendant tous les siècles au moment culminant de son Amour. Sacrifice et gloire, mort et résurrection. Il inventa l’Eucharistie. » (Chiara Lubich) L’Eucharistie est la présence du Christ au moment culminant de son Amour. Dans l’Eucharistie, tout le mystère de l’amour de Dieu pour l’humanité est rendu présent. « Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il s’est livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne, et en outre pour confier à l’Eglise, son Epouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection : sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce, et le gage de la gloire future nous est donnée. » (Sacrosanctum concilium, constitution du concile sur la liturgie, n°47) Sans doute, n’avons-nous pas encore été jusqu’au bout de l’accueil et de la compréhension de ce que nous célébrons à chaque Eucharistie.
L’Eglise croit aussi à la Présence Réelle, substantielle et permanente du Christ sous les espèces eucharistiques. Le pain et le vin consacrés par le prêtre sont changés en Corps et en Sang du Christ glorieux. Nous croyons que la mystérieuse présence du Seigneur, sous ce qui continue à apparaître à nos sens de la même façon qu’auparavant, est une présence vraie, réelle et substantielle, dit le Pape Paul VI dans sa célèbre profession de foi. C’est pour cela que nous pouvons adorer le Saint Sacrement. Pensons aux milliers de fidèles, de saints qui, au cours de l’histoire, ont puisé la charité dans la prière silencieuse devant la Présence Réelle du Seigneur. Je pense aux longues heures du Bienheureux Charles de Foucault qui prie pour le monde. Je pense aux paroissiens du Curé d’Ars, intrigués de voir leur curé passer des nuits entières devant le tabernacle. Ou encore à Mère Teresa de Calcutta qui passait de l’adoration du Saint Sacrement au service des pauvres et des mourants, considérant que cela participait du même acte. On ne peut adorer le Saint Sacrement que si on est disposé à se laisser brûler de charité.
Nous le recevons aussi en nourriture. Nous communions au Corps et au Sang du Seigneur. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » (Jn 6, 54) « Ma chair est une vraie nourriture et mon sang une vrai boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » (Jn 6,55-56) Jésus est le vrai pain préfiguré par la manne dans le désert.
Dieu s’est fait homme pour nous sauver. Mais, il a voulu aller plus loin. Il s’est fait nourriture pour que nous nous nourrissions de lui, pour que nous devenions d’autres lui. « La participation au Corps et au Sang du Christ n’a pas d’autre résultat que de nous faire passer en celui que nous recevons. » dit le Concile dans Lumen gentium, n° 26. « Ainsi devenons-nous des porte-Christ, son Corps et son Sang se répandant en nos membres. De cette façon, nous devenons participant de la nature divine. » (St Cyrille d’Alexandrie)
« L’Eucharistie produit donc la communion aussi entre les frères. L’Eucharistie a été instituée pour que nous devenions frères. Pour que d’étrangers, dispersés, indifférents les uns aux autres que nous étions, nous devenions unis, égaux, amis. » (Paul VI) L’Eucharistie est la charité même de Dieu. Elle produit en nous la charité et elle suppose aussi que nous tendions à la charité. L’Eucharistie ne peut jamais être une propriété personnelle, ni celle d’un groupe particulier, ni une simple dévotion personnelle. Elle nous plonge dans le mystère de l’Eglise. Elle suppose que nous ouvrions notre cœur aux dimensions de l’Eglise universelle.
Hubert, comme tout baptisé, tu en vis et tu devras en vivre comme la seule nourriture qui comble le cœur de l’homme. Comme diacre, tu auras à servir le mystère de l’Eucharistie, à en prendre soin.
Dans quelques instants, par l’imposition de mes mains, tu vas recevoir l’ordination diaconale. Tu seras ordonné en vue du service, configuré au Christ qui s’est fait serviteur. Tu auras à servir la communauté par la diaconie de la liturgie, de la parole et de la charité. Le diacre est le signe sacramentel du Christ Serviteur au milieu de l’Eglise et du monde. Le diacre nous rappelle sans cesse que le Christ est serviteur. Plus encore, il est la présence du Christ serviteur au milieu de nous. En réalité, nous sommes tous invités à nous situer comme des serviteurs, quelque soit notre fonction dans l’Eglise : laïc-responsable de tel ou tel service, prêtre, évêque. Nous ne sommes que des serviteurs. Le propre du serviteur est qu’il n’est pas le maître. Les diacres ont aussi pour mission de nous rappeler cela.
Hubert, je ne peux que t’inviter à prendre pour modèle Jésus serviteur. « Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mt 20, 28) Le service de Jésus atteint sa plénitude par la mort sur la croix, c’est-à-dire par le don total de soi dans l’humilité et l’amour. « Moi, le Seigneur et le maître, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. » (Lc 22, 27) Et le serviteur n’est pas au dessus de son maître. Il suffit qu’il demeure comme son maître.
Toute ta vie doit se laisser façonner par cette attitude primordiale du service, à la manière du Christ. A travers les rencontres, les évènements de la Providence, au cœur de ton dialogue avec lui, laisse le Seigneur agir en toi pour qu’il conduise à sa pleine mesure la grâce du diaconat. Je me permets de te rappeler que même si tu es ordonné diacre en vue du presbytérat, le jour où tu seras prêtre si Dieu le veut, tu restes diacre.
Je voudrais te dire aussi quelques mots sur la pauvreté. Tu auras à exercer ton ministère en priorité à l’égard des pauvres. L’Evangile est annoncé aux pauvres. Jésus est venu appelé les pécheurs et les malades. « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs. » (Lc 5, 31) Les pauvres en tout genre doivent être la priorité de ta vie. Seuls les pauvres sont capables d’accueillir l’Evangile et d’après Jésus lui-même, c’est plus compliqué pour les riches. En réalité, nous sommes tous des pauvres. Tant que nous n’avons pas compris que nous sommes pauvre, nous n’avons rien compris. Dieu appelle les pauvres, il appelle le pauvre que tu es. Constater, prendre la mesure de nos propres limites est sans doute éprouvant, mais ce n’est pas un problème. Il faut être pauvre pour servir les pauvres. C’est pour cela que Dieu s’est fait pauvre et fragile jusqu’à la crèche, jusqu’à la croix, jusqu’à se livrer entre nos mains dans l’Eucharistie, à se mettre à notre disposition. Alors, ne t’inquiète pas. Même les cheveux de ta tête sont comptés. N’essaie pas de correspondre à un modèle. Sois toi-même. Dieu sait mieux que nous quel est le bon modèle de diacre, de prêtre. Toi, fais ce que tu peux pour correspondre à ce que tu comprends de la beauté du Christ serviteur.
Tu auras aussi à exercer la diaconie de la Parole de Dieu, l’aimer et la faire aimer. De plus en plus, elle doit t’être familière. Accueille-la avec un cœur docile et priant pour qu’elle pénètre au fond de tes pensées, de tes sentiments et engendre en toi la pensée du Christ. C’est comme cela que tu pourras annoncer, proclamer la Parole qui s’est faite chair. Serviteur de l’Eucharistie, serviteur de la Parole, serviteur des pauvres : voilà ce que Dieu veut façonner en toi.
Nous tous qui sommes autour d’Hubert aujourd’hui, laissons nous aussi interroger par l’appel que Dieu a sur nous. Car un diacre ne peut être diacre seul. L’Eglise est un corps dont nous sommes tous un membre. Nous avons tous notre place dans ce corps. Vous le savez bien, l’Eglise est constituée de tous les baptisés. C’est dans la mesure où chacun de nous vivons pleinement notre vocation baptismale que les vocations différentes, les ministères différents s’engendrent les uns les autres. Que l’ordination d’aujourd’hui soit pour chacun de nous un renouvellement de notre détermination à servir ensemble la mission.
Je voudrais m’adresser particulièrement aux jeunes, ceux qui se préparent à partir pour participer aux Journées Mondiales de la Jeunesse à Madrid.
Je me permets de vous citer un passage de la lettre que Benoît XVI vous a adressée. « Ouvrez et cultivez un dialogue avec Jésus Christ, dans la foi. Entrez en dialogue avec lui par la prière, donnez lui votre confiance. Il ne la trahira jamais. La foi est d’abord une adhésion personnelle de l’homme à Dieu. La foi est une relation avec la personne du Christ. Prenez les moyens de le connaître vraiment par la lecture de l’Evangile, et une véritable connaissance du catéchisme. Ne vous contentez pas uniquement d’un sentiment religieux qui monte et descend en fonction de l’ambiance, ni d’un vague souvenir du catéchisme de votre enfance. Prenez les moyens de connaître Dieu en vous approchant de Jésus. Prenez les moyens de vivre de lui, et avec lui, même si pour cela il faut changer de manière de vivre. »
Je vais être clair, au risque de ne pas être original. Le Seigneur n’appelle pas seulement Hubert. Si parmi vous, l’ordination d’aujourd’hui allume dans vos cœurs un désir de suivre Jésus, de donner votre vie, allez-y. Vous êtes à l’étape de votre vie où l’on fait des projets pour le futur. Ne les faites pas sans le Christ. Il y a vos projets. Mais demandez aussi au Seigneur ce qu’il veut de vous, et écoutez la réponse.
Une vocation, quel quelle soit, est toujours le fruit d’un dialogue entre Dieu et chacun de nous. Elle suppose l’engagement de deux libertés. Quelque soit ce que Dieu vous demande, sachez qu’il ne veut que votre bonheur. Mais, il ne fera jamais sans votre liberté. Peu importe quelle modalité prend et prendra le don de vous-mêmes. Je vous invite à vivre la radicalité de la vie chrétienne, à laisser se déployer en vous la plénitude de votre baptême. En clair, soyez chrétien, vivez en chrétien. Je vous invite à une grande générosité. Dieu aime les cœurs généreux. Soyez audacieux. Ayez confiance. N’attendez pas d’avoir 90 ans pour vous décider. Surtout n’attendez pas d’être parfait pour avancer. Jésus ne vous demande pas d’être parfait. Il vous demande de vous laisser aimer et d’aimer.
En tout cas, le diocèse du Mans a besoin de missionnaires, généreux, simples de cœur, audacieux. Ne restez pas seul. On a besoin de vous.

Mgr Yves Le Saux
Evêque du Mans


Actualités Notre Evêque Paroisses et doyennés Diocèse Prier et célébrer Eglise et société Contacts
Liens