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Homélie de Mgr Le Saux : Messe pour la paix du 18 novembre 2015

Messe pour la paix 18 novembre 2015

Nous sommes réunis ce soir afin de célébrer l’eucharistie pour la paix et prier ensemble après les terribles évènements qui ont frappé notre pays. Nous avons été touchés par une sauvagerie et une barbarie qui nous ont tous bouleversés.

En premier lieu, je ne peux qu’inviter tous les catholiques de la Sarthe, tous les chrétiens, tous les croyants à prier pour ceux qui ont été tués, pour leur famille et pour leurs proches ! Prier pour tous ceux qui ont été gravement blessés, pour tous ceux qui mettent leurs compétences afin de leur venir en aide. Prions aussi pour les forces de l’ordre, pour les forces armées qui doivent assurer notre sécurité et qui sont directement impliquées dans les conflits.

Prions pour ceux qui ont la charge de gouverner notre pays, que le Seigneur leur accorde la sagesse pour répondre à la question de ce que nous devons faire, ce que doit faire le chef de l’Etat, ce que doit faire notre armée.

Face à ces évènements, il me semble qu’il faut employer des mots que souvent nous n’osons pas utiliser. Il s ‘agit bien d’une guerre. Il ne s’agit pas uniquement d’une question de sécurité. De nombreux pays dans le monde connaissent ces situations depuis des années, au Moyen-Orient, en Syrie, en Irak et aussi en Afrique, au Nigéria, au nord-Cameroun et ailleurs. Aujourd’hui, elle s’est transportée sur notre territoire. Elle ne touche plus seulement des militaires au loin mais des civils innocents. C’est une guerre qui en réalité était déjà commencée et qui peut durer longtemps.
Nous sommes confrontés à cette terrible réalité que vivent nombre d’homme et de femmes dans différents pays du monde.
Nous prions ce soir pour la paix, nous supplions la miséricorde de Dieu pour notre monde déchiré par la violence et traversé par l’angoisse.

Pour nous chrétiens, cette situation est un appel à nous rendre encore plus proche de la souffrance de nos compatriotes et à être témoins de l’Espérance qui nous habite. Toute tentative d’explication de cette sauvagerie a quelque chose d’illusoire. On n’explique pas l’irrationnel de la haine. Tuer au nom de Dieu est une contradiction totale. Le commandement de Dieu est : « Tu ne tueras pas ». Il est inimaginable de servir Dieu par la haine, la violence physique et verbale. C’est une aberration dont on doit se garder et qui rend plus urgent d’apporter une réponse d’amour dans cet océan de haine.

Nous sommes invités à être des artisans de paix au milieu de ces évènements. Souvent, je me suis demandé ce qu’il se passe dans le cœur de l’homme pour qu’il engendre une telle violence, car vous le savez, tout commence dans le cœur de l’homme, dans notre propre cœur.

Permettez-moi de vous citer un passage de la lettre de Saint-Jacques (qui n’est pas celui que nous venons d’entendre).
« Frères, d’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre nous ? N’est-ce pas justement de tous ces instincts qui mènent leurs combats en vous-mêmes ? Vous êtes plein de convoitises et vous n’obtenez rien. Alors, vous tuez, vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins. Alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre. »

Pour avoir l’attitude juste face à ces violences qui nous bouleversent, il nous faut demander à Dieu qu’Il apaise nos propres cœurs. Car seuls des hommes et des femmes pacifiés en eux-mêmes peuvent devenir de véritables artisans de paix (Jean XXIII). Il nous faut travailler à écarter de nos propres cœurs la haine, la méfiance (même si les réactions de méfiance et de haine sont compréhensibles).

La paix du cœur grandit quand nous accueillons dans nos vies l’amour et la vérité. « Le cœur de l’homme n’est en paix que lorsqu’en lui Amour et Vérité s’accordent » (Benoît XVI). Cela s’applique aussi dans les relations interpersonnelles et dans les relations entre nations.

L’Ecriture associe toujours Amour et Vérité, Justice et Paix. « Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent » dit le psaume.

Le mensonge engendre la violence, la vérité est la condition de la liberté. Les injustices engendrent la guerre. La justice est la condition de la paix. L’amour sans la vérité est un mensonge, la vérité sans l’amour, plus précisément sans la miséricorde est démoniaque.

Il me semble que c’est cela la Sagesse que la lettre de saint Jacques nous invite à mettre en œuvre. « Qu’il montre par sa vie exemplaire que la douceur de la sagesse inspire ses actes. […] Ne mentez pas, n’allez pas contre la vérité. […] La sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde. »
Ces évènements nous conduisent à nous interroger sur les fondements de nos vies et de notre mode de vie occidental. Sur quoi construisons-nous nos vies et notre vie ensemble ? On parle de valeurs de la République. Je suppose qu’il s’agit de liberté, égalité, fraternité. On parle même d’âme de la France. Il faut pouvoir dire ce qui fonde profondément ces valeurs : sur quelle vision et compréhension de la personne humaine. La liberté, ce n’est pas seulement faire ce que je veux quand je veux car la liberté est enracinée dans la vérité. La vérité est la condition de la liberté. C’est la vérité qui rend libre. L’égalité suppose le respect de la dignité de chaque personne, de chaque vie, à chaque étape de la vie. La fraternité a sa source dans la reconnaissance que nous avons d’une origine commune : pour nous croyant, un père commun. Dieu est père de tous les hommes. Ainsi, l’artificialité, l’émotion, le plaisir immédiat, la consommation, la liberté sans vérité ne peuvent qu’engendrer le vide et le vide engendre la violence.

Je pense à la parabole de Jésus sur la maison construite sur le roc et la maison construite sur le sable.

« Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique
est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc. Et celui qui entend de moi ces paroles sans les mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a construit sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé, ils sont venus battre cette maison ; la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet. » (Matthieu 7, 24-27).

En particulier, que proposons-nous aux jeunes générations ? Dans le cœur de chacun d’entre nous, il y a un besoin de grandeur, une aspiration à plus grand que nous-mêmes, une aspiration à la transcendance, un désir de contemplation. Nous n’avons pas seulement besoin de moyens pour vivre mais de raisons de vivre et même plus de raisons de donner notre vie, de raisons de donner la vie, de la transmettre à d’autres. Le but d’une vie ne peut être seulement d’avoir une voiture ou un appartement ou d’intégrer l’équipe de foot du quartier, ni même d’avoir un beau métier. Quel idéal exigeant, courageux, généreux proposons-nous aux jeunes ? La transmission ne se fait pas d’abord par le discours mais par l’exemplarité. Nous transmettons ce que nous sommes et ce que nous vivons.

Jésus dans l’Evangile que nous venons d’entendre nous propose de vivre les Béatitudes. En réalité, il est le premier et le seul à les avoir reçues totalement. Les Béatitudes sont un descriptif de Jésus lui-même. Il nous invite à prendre le même chemin que lui, à lui ressembler.

Je pense que la véritable réponse au drame du monde, c’est la sainteté. La sainteté, c’est vivre les Béatitudes, c’est donner sa vie comme le Christ par amour, donner sa vie pour engendrer l’amour.

Pour ceux qui cherchent un combat à mener, je vous propose celui des Béatitudes, celui de la sainteté, qui est de tendre à la perfection de la charité. Donner sa vie par haine n’a aucun sens. C’est absurde, démoniaque. On ne peut donner sa vie que par Amour.
En ces jours d’épreuves, chacun de nous qui croyons au Christ, sommes appelés à témoigner de l’espérance qui jaillit de sa mort et de sa résurrection. Nous croyons que par sa Passion, sa mort et sa résurrection, Jésus a aimé l’humanité jusqu’à l’extrême et que cet amour manifeste l’amour de Dieu pour le Père, pour tous les hommes.

Par sa mort, il a uni la souffrance à l’amour, l’amour qui crée le Bien en le tirant même du Mal. La Croix devient la source de la vie. Nous croyons que la victoire du Christ est déjà advenue et elle est définitive. Il en découle que nous pouvons nous placer face à la méchanceté humaine dans une attitude de confiance fondamentale qui vient de la foi. C’est à cette lumière que nous devons aussi essayer de comprendre les évènements qui nous bouleversent.

Dans quelques semaines, dans toute l’Eglise va s’ouvrir l’année de la Miséricorde. Demandons au Seigneur qu’il nous fasse comprendre en profondeur ce qu’exprimait le pape Jean-Paul II méditant sur l’horreur du massacre perpétré par le nazisme et par le communisme totalitaire : la Miséricorde est la limite que Dieu impose au Mal. Un chrétien regarde le monde à travers le mystère de la Rédemption.

Que par nos paroles, par nos actes, par le don de notre vie, nous soyons témoins de l’Espérance et de la Miséricorde au cœur de la souffrance humaine.


Yves Le Saux
Évêque du Mans


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