Accueil > Notre Evêque > Homélies et prises de parole > Homélie de Mgr Le Saux de la nuit de Noël en cette année 2010

Homélie de Mgr Le Saux de la nuit de Noël en cette année 2010

HOMÉLIE DE LA NUIT DE NOËL


24 décembre 2010

JPEG - 66.9 ko
Mgr Le Saux pendant son homélie à la cathédrale St Julien

En cette nuit de Noël, les places de nos villes sont décorées d’illuminations resplendissantes. Ces lumières évoquent une autre lumière, invisible aux yeux, mais non aux cœurs. Alors que nous regardons les illuminations des magasins, des arbres de Noël, que notre âme s’ouvre à la véritable lumière qui est annoncée « à tous les hommes que Dieu aime  ». (Lc 2, 14) C’est cette lumière dont nous parle le prophète Isaïe : « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. » (Is 9, 1) C’est aussi la lumière expérimentée par les bergers dont il est dit que « la gloire de Dieu les enveloppa de sa lumière.  » (Lc 2, 9) Cette lumière véritable, nous le savons, c’est l’enfant de la crèche, Jésus, dont le nom signifie Dieu sauve, lui qui est l’Emmanuel, Dieu avec nous. Lui qui dira « je suis la lumière du monde, celui qui marche à ma suite ne demeure pas dans les ténèbres. » (Jn 8, 12) Lui qui dira à ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 14) Je vous invite à vous laisser illuminer, éclairer par la lumière qui émane de la crèche.


La fête de Noël est une invitation à revenir à l’essentiel, à ce qui fait l’essentiel de nos vies. Dans le cœur de tout homme, il y a une soif de bonheur, une soif d’espérance, de beauté. Il y a dans le cœur de chacun d’entre nous une certaine insatisfaction qui est une aspiration à plus d’authenticité. Nous pouvons être tentés de combler cette insatisfaction par une fuite en avant, une agitation perpétuelle, par l’activisme et la sur occupation. Nous pouvons aussi être tentés de combler ce vide par la satisfaction de tous les plaisirs immédiats et la consommation de biens matériels jusqu’à être prisonnier de nos pulsions et de nos désirs immédiats. Nous pouvons aussi combler le vide par des paradis artificiels, par l’imaginaire ou le rêve. Cela nous conduit en réalité à une profonde tristesse et solitude, à l’ennui et au désespoir. En cette nuit de Noël, je vous invite à vous arrêter un peu à entrer dans un certain silence, à descendre au plus profond de votre cœur. L’artifice, la mondanité, le mensonge, la possession des biens matériels, le succès, ne peuvent combler le cœur de l’homme. Seuls l’amour et la vérité peuvent combler nos cœurs. Nous traversons des temps difficiles qui ne sont pas liés uniquement à la crise économique, mais à une crise du sens de la vie, des raisons de vivre. Ces temps viennent accentuer encore l’insatisfaction de nos contemporains et de nous-mêmes. La fête de Noël doit être pour nous l’occasion de nous interroger sur ce qui est essentiel dans nos vies. Ne restons pas à la superficie des choses. Il y a en chacun de nous une nostalgie de Dieu. Laissons jaillir devant l’enfant de la crèche nos interrogations les plus profondes, nos désirs les plus profonds, nos aspirations les plus profondes.


Les chrétiens que nous sommes croient que cet enfant est la réponse aux désirs les plus profonds du cœur de l’homme. Entrons dans un dialogue avec lui. Accueillons cette grande joie promise à tout le peuple. Accueillons la paix qui nous est promise. Paix aux hommes qu’il aime. Laissons-nous envelopper de sa lumière, lumière qui est l’amour même de Dieu.


Dieu vient à nous dans la vulnérabilité et la fragilité de l’enfant. Nous vivons dans un monde où le succès, la brillance, la réussite sont le critère. Il faut être beau, intelligent, fort, déterminé, à l’aise en toute situation. Alors qu’en réalité nous sommes tous plus ou moins faibles, timides, pas si intelligents que cela. Il n’y a pas de place pour la fragilité. Cependant, Dieu qui est par nature tout puissant, celui par qui tout a été créé, vient à nous, se révèle à nous dans la fragilité. Un monde qui prétend écarter toute limite, toute fragilité, toute souffrance est dans l’illusion. Un monde sans espace pour la vulnérabilité humaine est inhumain.


Dieu manifeste sa grandeur en devenant tout petit. Dieu manifeste sa puissance en entrant dans la fragilité humaine. Souvent, les hommes demandent des signes à Dieu, nous aussi parfois. L’Ange dit aux bergers : « aujourd’hui, vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » (Lc 2, 11-12) Rien de merveilleux, rien d’éclatant. Les bergers verront seulement un enfant comme tous les enfants, dépendant de sa mère. Le signe de Dieu, c’est qu’il se fait petit pour nous. En réalité, les seuls signes que Dieu donne à l’humanité de sa grandeur sont l’enfant de la crèche et le condamné qui meurt sur la croix.


Je vous invite à contempler le mystère de l’amour de Dieu qui nous est manifesté. Dieu nous révèle sa puissance, qui est son amour, dans la vulnérabilité et la fragilité. Il s’est rendu fragile par l’incarnation, dès sa conception dans le sein de Marie ; à sa naissance dans des conditions tourmentées ; dans sa dépendance de Marie et Joseph ; à sa mort sur la croix, exposé aux moqueries des foules ; à chaque eucharistie où il se livre entre nos mains. Nous pouvons faire de lui ce que nous voulons. C’est ainsi que Dieu sauve le monde.

JPEG - 73 ko


Auprès de la crèche, il nous faut demander de comprendre quelque chose de l’amour de Dieu et de nous en laisser atteindre, bouleverser. Demandons aussi de nous réconcilier avec nos propres limites et fragilités. Nous sommes nous aussi marqués par des fragilités et pauvretés, physiques, psychologiques, intellectuelles. Nous avons tant de mal à les reconnaître et surtout à les accepter. La fête de Noël est un temps de grâce. C’est le moment où nous pouvons laisser l’amour de Dieu traverser nos propres blessures pour qu’elles deviennent le lieu d’une véritable fécondité. Présentons-nous vulnérable devant celui qui s’est fait vulnérable pour nous ; présentons-nous tout petit devant celui qui s’est fait tout petit pour nous.


Noël est aussi une invitation à poser un regard différent sur la fragilité de nos frères et sœurs, sur la fragilité humaine, sur les plus pauvres parmi nous, les plus blessés, les plus souffrants. Ils sont pour nous un don de Dieu. Sans oublier que parfois, nous sommes les plus fragiles, ou qu’un jour nous le serons. Noël est une invitation à entrer dans la gratuité et l’impuissance pour entrer dans la véritable fécondité à la manière de Dieu.


Le message de Noël s’adresse à tous les hommes que Dieu aime. « Paix à tous les hommes qu’il aime » proclament les anges dans le ciel. (Lc 2, 14) L’homme est aimé de Dieu. L’existence chrétienne se résume à l’affirmation de Saint Jean : « nous avons reconnu et nous avons cru que l’amour de Dieu est parmi nous. » (1Jn 4, 16). « Nous avons cru à l’amour de Dieu » : c’est ainsi que le chrétien peut exprimer le choix fondamental de sa vie. En nous approchant du mystère de Noël, nous nous approchons du mystère de l’amour de Dieu, l’amour qui est Dieu. Laissons l’amour de Dieu transformer nos vies pour en devenir des témoins au milieu du monde.


Dans un monde tenté par la désespérance, l’angoisse et la violence, nous avons à être des témoins authentiques de l’amour de Dieu, témoin à la manière du Christ. Nous avons à nous mettre à l’école de la crèche en acceptant que ce témoignage passe par la fragilité, la pauvreté. Nous sommes conviés à témoigner de l’amour à travers notre vulnérabilité. N’ayons pas peur de nous présenter au monde, pauvres, fragiles, humblement comme Dieu lui-même.


La seule réponse à l’orgueil, c’est l’humilité. La seule réponse à la violence, c’est la douceur. La seule réponse à l’angoisse, c’est l’espérance. La seule réponse à la tristesse, c’est la joie, l’espérance des pauvres et des petits.
L’humilité sauvera le monde.

Monseigneur Yves Le Saux
Evêque du Mans

Célébration de la prière eucharisitique Un grand nombre de personnes était réuni en cette messe de Noël à la (...)

Actualités Notre Evêque Ensembles paroissiaux Diocèse Prier et célébrer Eglise et société Contacts
Liens