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Homélie de Mgr Le Saux pour l’ordination diaconale de Pascal Vally

HOMELIE ORDINATION PASCAL VALLY

St Liboire, le 3 juillet 2011


En ce jour, c’est une grande joie pour nous tous d’entourer Pascal qui va être ordonné diacre permanent dans quelques instants, sans oublier Sylvie, son épouse.
Permettez-moi de rappeler en quelques mots ce qu’est le diaconat. Tout d’abord, vous le savez, le diaconat permanent a été restauré par le Concile Vatican II, reprenant en cela une tradition ancienne des premiers siècles. Cela avait déjà été le souhait du Concile de Trente. Ce choix des Pères du Concile est un don de Dieu pour l’Eglise. Même s’il faudra encore plusieurs décennies pour prendre toute la mesure de ce don. Le diaconat, comme degré propre et permanent conféré à des hommes célibataires ou mariés, est un don de l’Esprit Saint pour l’Eglise. C’est un enrichissement nécessaire à la vie et la mission de l’Eglise. Je vous rappelle au passage que ceux qui reçoivent le diaconat en vue du presbytérat reçoivent le même degré du sacrement de l’ordre.
Le diaconat constitue le premier degré du sacrement de l’ordre qui marque ontologiquement celui qui le reçoit. Ce n’est pas une institution. On ne fait pas le diacre, on est diacre. Le diacre est configuré au Christ serviteur, il est la présence sacramentelle du Christ serviteur. Pour comprendre le diaconat, il ne faut pas partir de ce que fait le diacre. Il peut faire bien des choses, très diverses selon les charismes personnels, les besoins de la mission, les étapes de la vie. Il faut partir de ce qu’il est : présence sacramentelle du Christ serviteur. Autrement dit, ce n’est pas quelqu’un qui serait plus serviable que les autres ou plus généreux, ou plus disponible. Quand on se situe uniquement dans le faire, on se place dans des questions d’organisation du religieux. L’Eglise n’est pas un système du religieux. Elle est mystère d’amour voulue par Dieu pour le Salut du monde. Il faut donc accepter la catégorie du mystère et aller au cœur même de ce qu’est l’Eglise. Le Concile insiste beaucoup sur « l’Eglise comme sacrement du Salut, signe et moyen de l’union intime avec Dieu et l’unité de tout le genre humain. » (LG 1)
Le diacre n’est ni un super laïc, ni un sous-prêtre. C’est un diacre. Il manifeste au milieu de nous et du monde la figure du Christ serviteur. Il sert la communauté par la diaconie de la liturgie, de la parole et de la charité. Tous, nous sommes des serviteurs, quelques soient les fonctions, les charges et les responsabilités qui nous sont confiées. Quelque soit le ministère qui est le nôtre, nous ne sommes que des serviteurs. Par leur présence au milieu de nous, les diacres nous rappellent que nous devons être des serviteurs.
Serviteur de la Parole de Dieu. Pour cela, Pascal, je t’invite à vivre dans la familiarité avec la Parole de Dieu. Il ne suffit pas de connaître l’aspect linguistique ou exégétique, ce qui est cependant nécessaire. Il faut que la Parole entre dans ton cœur, pénètre le fond de tes pensées et de tes sentiments, pour que tu sois traversé par la pensée du Christ. Et, en même temps, il te faut la proclamer aux autres.
Serviteur de la charité. Tu es invité à manifester la sollicitude du Christ serviteur à l’égard de tous, mais en particulier des pauvres. Les diacres s’identifient de façon toute spéciale avec la charité. Les pauvres constituent une de leur préoccupation quotidienne et l’objet de leur sollicitude infatigable. On ne comprendrait pas un diacre qui ne s’engagerait pas personnellement dans la solidarité envers les pauvres. Pascal, tu le sais, il y a de multiples formes de pauvreté.
Serviteur de la liturgie. Tu dois servir la liturgie pour éduquer l’assemblée à la véritable nature de la liturgie, en particulier l’Eucharistie. La liturgie est le lieu privilégié où Dieu parle aujourd’hui à son peuple. La liturgie n’est pas le lieu où nous exprimons nos opinions, encore moins celui où nous nous célébrons nous-mêmes. C’est l’endroit où nous rencontrons le Seigneur, où nous recevons sa vie. La liturgie ne nous appartient pas. Elle est le bien commun de toute l’Eglise. Comme diacre, tu es à son service.
Le diaconat que tu reçois aujourd’hui atteint aussi ton épouse Sylvie. Sylvie, il est clair que c’est Pascal qui est ordonné, et lui seul. Cependant, Dieu te visite aussi aujourd’hui. Pas seulement, parce qu’il a fallu que tu donnes ton accord pour que Pascal soit ordonné. Mais, dans la grâce du sacrement du mariage, c’est aussi toi qui es conduite à suivre le Seigneur de manière nouvelle. Avec les années, il vous faudra accueillir ensemble comment le diaconat de Pascal colore le sacrement du mariage.
Pour entrer dans le diaconat, il faut contempler le Christ serviteur. « Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mt 20, 28) Le service de Jésus atteint sa plénitude par la mort sur la croix, c’est-à-dire par le don total de soi, dans l’humilité et l’amour. « Moi, le Seigneur et le Maître, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. » (Lc 22, 27)
Les textes de la liturgie de ce dimanche sont particulièrement adaptés à la circonstance. Je m’autorise à penser qu’ils te sont donnés comme chemin particulier pour vivre ton diaconat, et aussi à toi, Sylvie. En particulier l’évangile. Le livre de Zacharie qui nous annonce la venue du roi victorieux, humble, monté sur un âne, se réalise en Jésus qui vient à nous, doux et humble de cœur. Jésus se réjouit de ce que Dieu se révèle aux tout-petits. L’Evangile est annoncé aux pauvres. Il faut être pauvre et petit pour découvrir Jésus, et entrer dans la relation au Père. Seuls les pauvres et les petits sont capables d’accueillir l’Evangile. Un jour, il nous faut nous reconnaître petit. Il nous faut nous laisser appauvrir, laisser Dieu nous faire petit, pour être capable d’annoncer l’Evangile. En Jésus, Dieu lui-même s’est fait petit enfant, fragile dans la crèche, vulnérable sur la croix, infiniment humble dans l’Eucharistie. Jésus nous invite à venir à lui. « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau. Prenez sur vous mon joug. Devenez mes disciples car je suis doux et humble de cœur. Vous trouverez le repos. » (Mt 11, 29) Devenir ses disciples. Se mettre à son école pour apprendre de lui la douceur et l’humilité du cœur. Quand la Bible parle du cœur, elle parle de ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, ce qui motive son action, ses décisions. Le cœur est pour la Bible le lieu de l’intelligence et de l’amour, le lieu de la volonté, le lieu des décisions. Ce qui habite le plus profond du cœur du Christ, qui motive son action, c’est douceur et humilité.
La douceur est le contraire de la violence. Nous sommes dans un monde violent. La violence des guerres, des injustices, mais aussi des images, des relations, des paroles, parfois même entre nous. Pourtant, heureux les doux. Jésus est le serviteur doux qui n’éteint pas la flamme qui vacille.
L’humilité est le contraire de l’orgueil, drame de notre époque. Dans nos vies, l’orgueil est le seul obstacle pour rencontrer Dieu et les autres car il isole. « Que Dieu protège son serviteur de l’orgueil » dit le psaume 19. (Ps 19, 14)
Je t’invite à tendre à être au milieu de nous une figure de Jésus doux et humble de cœur. Mais aussi, dans ton travail, pour que mystérieusement, à ton contact, nous goûtions un peu le repos.
Tu vas être ordonné diacre pour que toute l’Eglise. N’oublie pas qu’elle est avant tout servante. Que tous, nous soyons renouvelés dans le désir d’être serviteur et seulement serviteur. Le serviteur n’est pas au dessus de son maître, il suffit qu’il soit comme son maître.

Mgr Yves Le Saux
Evêque du Mans


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