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Homélie de la Messe Chrismale avril 2012

3 avril 2012
Chers frères et sœurs, c’est avec joie que nous nous retrouvons pour la messe chrismale. Dans quelques instants, je vais bénir l’huile des catéchumènes, l’huile des malades et consacrer le Saint Chrême. Les prêtres vont renouveler les engagements pris le jour de leur ordination. Que cette célébration de ce soir ravive en nous la joie d’être chrétien.
Je vous invite particulièrement à entrer dans la joie du Salut, la joie de connaître le Christ, la joie de la consolation reçue de Dieu, la joie de l’Esprit Saint. Avant de consacrer le Saint Chrême, vous le savez, je vais répandre dans l’huile un parfum qui évoque ce que Saint Paul appelle la bonne odeur du Christ. « Nous sommes, pour Dieu, la bonne odeur du Christ. » (2 Cor 2, 15) Notre mission est d’être la bonne odeur du Christ dans le monde.
Cette bonne odeur du Christ est, me semble t-il, cette joie simple d’être aimé et d’aimer, cette joie simple du cœur qui se sait pardonné et qui pardonne, cette joie simple qui doit traverser toute communauté chrétienne et toute vie chrétienne. C’est « l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Rm 5,5) On s’interroge parfois sur ce qui caractérise une communauté chrétienne. Son existence se manifeste par l’humble joie que produit la charité et qui jaillit de la croix du Christ, et donc de l’eucharistie.
La joie attire fortement. Dans un monde souvent marqué par la tristesse et les inquiétudes, la joie est un témoignage important de la beauté de la foi chrétienne et du fait qu’elle est digne de confiance. L’Eglise a pour vocation d’apporter la joie au monde.
Dans les jours qui viennent, nous allons célébrer la passion de Jésus. La passion du Christ manifeste l’amour de Dieu. Dans l’évangile de Saint Jean, Jésus avise les disciples : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimé. Demeurez en mon amour. Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. » (Jn 15, 9 et 11) Jésus veut introduire ses disciples et chacun d’entre nous dans la joie parfaite, celle qu’il partage avec son Père, pour que l’amour dont le Père l’aime soit en nous. La joie chrétienne est de s’ouvrir à cet amour de Dieu et de le laisser nous saisir. La joie est le signe de la présence et de l’action de l’amour de Dieu en nous.
Les mois à venir s’annoncent riches en évènements et en démarches qui ont chacune leur importance. Nous allons entrer dans la troisième année de la démarche Quo vadis. Au cours de cette année, nous avons lu l’évangile de Luc. La célébration de l’appel décisif des catéchumènes qui seront baptisés dans quelques jours a été un moment important. Cela a été une invitation pour nous tous à redécouvrir la fraîcheur de notre propre baptême, une invitation aussi à entendre ce que nos jeunes frères et sœurs dans la foi ont à nous dire. Au cours de différentes célébrations dans le diocèse, nous avons pris le temps d’invoquer la miséricorde de Dieu sur le monde et sur nous-mêmes.
L’année prochaine, nous lirons des grands passages de l’évangile de Saint Jean, en demandant au Seigneur qu’il nous fasse grandir dans la charité. Le temps fort de l’année diocésaine sera simplement la vigile pascale. (Nous en reparlerons)
Notre démarche diocésaine rejoint la démarche proposée à toute l’Eglise de France, Diaconia, qui a pour objectifs, entre autre, de permettre que les personnes en situation de fragilité ou de précarité soient davantage placées au cœur de nos communautés et donc au cœur de l’eucharistie. Elle a aussi pour objectif de faire prendre conscience de manière plus vive à chacun des baptisés que nous sommes appelés à être des serviteurs, que nous avons à mieux saisir que le partage dans la solidarité fraternelle, que l’amour concret pour le prochain, est une conséquence qui découle de la foi. Le service du frère n’est pas réservé à quelques spécialistes. Tout baptisé est appelé à se mettre pratiquement au service du frère. Ainsi l’Eglise montre qu’elle est directement concernée par la transformation de notre société.
Nous allons aussi célébrer avec toute l’Eglise le cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile au mois d’octobre prochain. Déjà dans le diocèse, nous nous y préparons depuis trois ans avec les différents colloques, en particulier cette année autour de Gaudium et spes. A cette occasion, le Saint Père propose à toute l’Eglise l’année de la foi, qui sera précisément ouverte le 11 octobre, jour anniversaire de l’ouverture du Concile, et se clôturera le 24 novembre 2013, pour la fête du Christ Roi. Vous le savez, c’est aussi dans ce cadre qu’aura lieu à Rome le synode sur la nouvelle évangélisation et la transmission de la foi.
Troisième année Quo vadis ; Diaconia ; anniversaire de l’ouverture du Concile ; synode sur la nouvelle évangélisation : comment faire la jonction de tout cela ? Il ne s’agit pas de multiplier les activités et les évènements. Il s’agit d’entrer dans un élan qui traverse tout cela. En réalité, ces évènements se rejoignent. Et il me semble qu’ils se résument à partir de deux axes fondamentaux qui se tiennent ensemble et se renvoient l’un à l’autre.
La centralité du Christ. Le Christ est la Parole de Dieu, « Dei verbum ». Dieu est entré en conversation avec le monde, et ce qu’il dit, c’est « Jésus ». Jésus, son histoire unique, sa personne, est la Parole que Dieu dit définitivement à l’humanité. Le Christ est la lumière du monde « Lumen gentium ». L’intention du Concile était de répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Eglise. Pour reprendre les propos de Benoît XVI, « le but de l’Eglise n’est pas l’Eglise, mais c’est la rencontre entre Dieu et les hommes pour que s’accomplisse le mystère du Christ. » Il s’agit de placer le Christ au centre de nos propres vies de manière que notre identité soit essentiellement marquée par la rencontre et la communion avec le Christ et sa Parole. C’est cela qui nous est proposé dans l’année de la foi : adhérer de manière nouvelle au Christ.
La centralité de l’homme. La constitution Gaudium et spes nous rappelle que « tout sur la terre doit être ordonné à l’homme comme son centre et son sommet. » (GS n°12) Le Christ est celui qui a pénétré de manière unique le mystère de l’homme et qui est entré dans son cœur. C’est pour cela que le Concile dit « en réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. Le Christ, dans la révélation de l’amour du Père, manifeste pleinement l’homme à lui-même. Par son incarnation, Jésus s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. » (GS n°22) Au point que Jean Paul II développera l’idée que « l’homme est la route de l’Eglise » (JP II, Le Rédempteur de l’homme) Pour dire les choses autrement, Dieu veut le bonheur de l’homme.
Nous sommes conviés à nous attacher radicalement au Christ, vrai Dieu et vrai homme, mort et ressuscité. Nous sommes conviés à aimer l’homme comme Dieu aime, à être serviteur du Christ, donc serviteurs de nos frères et sœurs en humanité. Leur joie, leurs espoirs, leurs peines et leur angoisse sont les nôtres.
Nous sommes invités à entrer dans la dynamique de la nouvelle évangélisation, expression largement employée et commentée par le Pape Jean Paul II. Il s’agit de repartir du Christ avec « une ardeur nouvelle, de nouvelles méthodes, de nouvelles expressions. » (JP II, Discours à la 19ème assemblée du CELAM) Il y aurait un danger à réduire le concept de nouvelle évangélisation à un slogan pastoral, ou à un catalogue d’action à entreprendre. On peut aussi avoir une difficulté avec l’expression elle-même. Nous sommes tous d’accord pour annoncer le Christ, mais parfois nous pouvons avoir des inquiétudes sur les méthodes.
La nouvelle évangélisation n’est pas un désaveu de ce qui s’est fait jusqu’à maintenant, comme si on faisait table rase de l’héritage et des fruits missionnaires qui ont marqué l’Eglise ces dernières décennies. La nouvelle évangélisation n’est pas non plus une volonté de prosélytisme, une forme de croisade face à une société qui irait mal.
L’adjectif nouveau ne signifie pas une dénonciation du passé ou une renonciation à la mission pratique aujourd’hui. Le but de la nouvelle évangélisation est de permettre à chaque homme et femme d’aujourd’hui d’entrer en contact avec le Christ et de rendre l’Eglise plus apte à transmette l’Evangile. Permettez-moi de vous citer le Pape Benoît XVI sur le sujet. « Nouvelle non dans ses contenus, mais dans l’élan intérieur ouvert à la grâce de l’Esprit Saint qui constitue la force de la nouvelle de l’Evangile et qui renouvelle toujours l’Eglise. Nouvelle dans la recherche de modalités qui correspondent à la force de l’Esprit Saint et qui soient adaptées à l’époque, et aux situations. Nouvelle car également nécessaire dans des pays qui ont déjà reçu l’annonce de l’Evangile. » (Benoît XVI, homélie en la solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul, 28 juin 2010)
Un nouvel élan missionnaire qui suppose que nous aimions le monde, que nous aimions l’humanité, que nous soyons saisis d’admiration par la grandeur et la beauté de l’homme, de sa dignité et que nous soyons bouleversés par sa souffrance et ses angoisses. Toute évangélisation ne trouve son origine que dans l’amour pour l’humanité. Dieu a tant aimé le monde. Un nouvel élan missionnaire qui suppose aussi que nous soyons centrés sur le Christ Jésus, que nous l’ayons nous-mêmes rencontré pour apprendre de lui à aimer, à aimer comme lui. C’est cela que nous demandons au Seigneur les uns pour les autres au cours de cette eucharistie.
En ouvrant le Concile, Jean XXIII voulait qu’il soit une joyeuse proclamation de la bonne nouvelle du Salut aux hommes. Le programme n’a pas changé. Nous avons à annoncer un message fort et exigent. Mais l’annonce du Salut et le service de la vérité ne peuvent avoir lieu sans la charité pastorale, sans amour concret de ceux et celles à qui on s’adresse.
Je me permets de rapporter ici un propos du philosophe Fabrice Hadjadj lui-même cité par le Cardinal Ricard à Lourdes, il y a quelques jours. « L’annonce de la vérité s’accomplit dans l’amour divin du prochain, spécialement du pécheur, non pour avoir raison, mais pour être avec lui. Il s’agit moins de donner une leçon, que d’accueillir un frère. Otez cet élan de communion, si orthodoxe que soit votre parole, elle procède d’un souffle impur, elle possède un fond démoniaque. » (Fabrice Hadjadj, La foi des démons ou l’athéisme dépassé, p.179) Il s’agit d’aimer comme Dieu aime.
Pardonnez-moi si maintenant je m’adresse plus particulièrement à mes frères prêtres. Un simple mot : merci, en mon nom propre et au nom de tous les fidèles du diocèse. Merci pour le don fidèle et généreux de votre vie dans des situations parfois difficiles. Je ne peux que vous rappeler ce qui est le cœur de notre ministère : la charité pastorale. Nous avons été ordonnés pour manifester à travers notre service la charité pastorale du bon berger qui est le Christ, le bon berger qui donne sa vie pour ses amis. La charité pastorale, avec ce qu’elle suppose de gratuité, de fidélité, de dur, de patience, doit être notre première préoccupation, chacun selon son tempérament et ses charismes. Nous ne sommes pas tenus de tout faire. Nous seront forcément conduits à renoncer à répondre à toutes les demandes. Le Seigneur ne nous demande pas d’être compétent en tout, ni même de réussir. Mais de tendre à aimer, faisant notre possible sans nous culpabiliser de ce que nous ne pouvons pas faire. C’est lui le Sauveur du monde. Nous ne sommes que de pauvres serviteurs.
Je vous inviterai aussi à prier pour votre évêque. Je voudrais vous redire combien, moi aussi, je souhaite me donner au service du diocèse. Je prends la mesure avec le temps combien l’évêque doit se donner au peuple qui lui est confié avec ses qualités, ses limites et ses défauts. Pour cela, j’ai besoin de votre miséricorde. Je découvre aussi de plus en plus qu’un évêque est aussi façonné par son peuple, conduit à la conversion. Je vous dis combien je suis disposé aussi à me laisser façonner par vous.
Je remercie aussi tous ceux qui servent la mission dans le diocèse, dans les différents services, dans les mouvements, dans les paroisses, en particulier les diacres et leurs épouses, avec qui j’aurais la joie de partir en Terre Sainte dans quelques jours.
Ensemble, suivons le Christ notre Maître. Ensemble servons nos frères et sœurs en particulier les plus fragiles.


Yves Le Saux
Evêque du Mans


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