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Homélie de la messe chrismale du 26 mars 2013

HOMÉLIE DE MGR YVES LE SAUX LORS DE LA MESSE CHRISMALE

26 mars 2013


Chers frères et sœurs, c’est avec joie que nous nous retrouvons pour célébrer la messe chrismale. Comme chaque année, elle marque l’entrée dans le Triduum Pascal qui nous fait revenir au cœur de la vie chrétienne. Nous sommes invités à suivre le Christ dans le mystère de sa Passion, sa souffrance, sa mort et sa victoire sur le Mal, à le suivre dans sa mort et sa résurrection. Nous sommes invités à entrer plus avant dans l’immensité de l’Amour de Dieu et sa miséricorde.
Nous venons de vivre des moments historiques : la décision du Pape Benoît XVI de renoncer à sa charge d’Évêque de Rome. Il a beaucoup été dit sur la signification de cette décision. Je voudrais relever aujourd’hui, parmi ses derniers propos publics, deux souhaits qu’il a formulés : « Je voudrais que chacun se sente aimé de Dieu qui a donné son Fils pour nous et que nous soit montré son amour sans limite. Je voudrais que chacun sente la joie d’être chrétien. » (Benoît XVI, audience du 27 février 2013)
Je vais bénir les différentes huiles qui serviront à la vie de l’Église dans l’année qui vient : l’huile des catéchumènes, l’huile des malades et le Saint Chrême. L’huile des catéchumènes, dont sont marqués les futurs baptisés, signifie la force de Dieu accordée au baptisé pour le combat de la vie chrétienne. L’huile des malades est utilisée pour le sacrement des malades pour que les malades reçoivent guérison, consolation et pour que leurs épreuves vécues dans le mystère de la souffrance du Christ deviennent fécondes. Le Saint Chrême, utilisé pour le baptême, la confirmation et les ordinations, sert à nous marquer de l’Esprit Saint, lui qui est l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs, lui qui nous rend capable d’aimer comme le Christ, lui qui est la joie même de Dieu.
Ces différents onctions d’huile marquent les étapes de notre vie chrétienne et signifient justement l’amour immense de Dieu, et la joie que nous avons à recevoir de lui. Nous avons parfois tendance à mener notre vie de baptisé, de prêtre, de diacre, d’évêque, par nos propres forces, à mener nos projets, nos services par nos propres forces. Aujourd’hui, il nous est rappelé que rien n’est possible sans l’Esprit Saint. Il nous faut, en premier lieu, nous laisser bouleverser, atteindre, transformer, traverser par l’amour de Dieu, sa tendresse et sa miséricorde. Nous rendre disponible et accueillant à l’initiative de Dieu pour, comme le disait Benoît XVI, sentir que l’on est aimé de Dieu, sentir la joie d’être chrétien. Il nous faut entrer dans l’initiative de Dieu, car l’initiative véritable vient de Dieu et c’est seulement en nous y insérant que nous pouvons porter du fruit. Le Pape Benoît XVI, en choisissant de se retirer, a voulu faire ce qu’il comprenait de la volonté de Dieu. Le nouveau successeur de Pierre, le Pape François, a dit oui au choix de Dieu manifesté par le vote de ses frères cardinaux, et semble t-il, il ne l’avait pas prévu. Nous avons, nous aussi, à nous situer de cette manière, ou à essayer de nous situer de cette manière. Il ne s’agit pas de réaliser nos projets, mais ceux de Dieu qui, nous le croyons, nous devance toujours et peut nous conduire là où nous n’avions pas pensé aller. C’est lui le maître de la moisson.
Nous accueillons maintenant un nouveau successeur de Pierre, le Pape François, qui déjà, nous bouleverse par sa simplicité et la clarté de ses propos. Je me permets de relever certaines de ses paroles. Il nous invite à marcher avec le Seigneur. « Notre vie est une marche. Et quand nous nous arrêtons, cela ne va plus…Quand on ne marche pas on s’arrête. Je voudrais, qu’après ces jours de grâce, nous ayons le courage de marcher en présence du Seigneur, avec la croix du Seigneur, d’édifier l’Eglise sur le Sang du Seigneur qui est versé sur la croix, de confesser l’unique gloire, le Christ crucifié et ainsi l’Église ira de l’avant. » (Pape François, homélie du 14 mars 2013)
J’ai été frappé, dans ses premiers propos, de l’insistance sur la centralité du Christ, et du Christ crucifié. Bien sûr, nous sommes tous gênés par la croix. « Même Pierre qui a confessé Jésus Christ lui dit : tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Je te suis, mais ne parlons pas de croix. Je te suis avec d’autres possibilités, sans la croix. Quand nous marchons sans la croix, quand nous édifions sans la croix, quand nous confessons un Christ sans croix, nous ne sommes pas disciples du Seigneur. Nous sommes mondains. Nous sommes des évêques, des prêtres, des cardinaux, des papes, (je me permets d’ajouter des baptisés), mais pas des disciples du Seigneur. » (Homélie du 14 mars 2013)
Il me semble qu’il y a là quelque chose d’essentiel qu’il ne faut pas oublier. Nous avons à annoncer et à témoigner de l’amour infini de Dieu, mais le point culminant de l’amour, c’est la croix du Seigneur. Il a aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout. Cet amour extrême, c’est la croix. C’est de cela dont nous sommes les témoins et c’est comme cela que nous avons à aimer nous aussi. La véritable fécondité n’est pas dans le succès apparent, mais dans l’amour qui va jusqu’au don de la vie. « N’oublions pas que le vrai pouvoir est le service et que le Pape aussi pour exercer le pouvoir doit entrer toujours plus dans ce service qui a son sommet lumineux sur la croix. » (Pape François, homélie du 19 mars 2013) Laissons-nous chacun d’entre nous attirer par l’amour du Seigneur, humble, qui donne sa vie, par le Seigneur crucifié. Il y a là quelque chose d’essentiel à ne jamais oublier. « Nous annonçons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens » (1 Cor 1, 23) Le Salut passe par la croix. C’est d’un cœur transpercé que jaillissent la vie nouvelle et le don de l’Esprit Saint. Comme dit St Jean de la Croix, « on dirait que beaucoup voudraient être déjà parvenus au terme sans prendre le chemin et le moyen qui y conduit. » Il parle de la croix du Christ. Nous en avons peur, c’est normal, car pour nous, elle est associée essentiellement à la souffrance, alors que Jésus l’associe à l’amour. Il ne s’agit pas de plaire, d’avoir raison, de séduire, mais d’aimer comme notre maître en livrant notre vie. C’est le seul antidote à l’orgueil, au jugement prématuré, à la manipulation, à la suspicion, aux idéologies, au raidissement et au découragement. C’est la source de la joie.
Avec tous ces évènements ecclésiaux, j’ai pris conscience que parfois, nous pouvions nous tromper de combat. Comment l’exprimer ? Un danger nous guette dans un monde occidental qui n’est plus chrétien. Celui de vouloir défendre l’identité chrétienne. Sans s’en apercevoir, on peut confondre défense de l’identité chrétienne et mission. Nous n’avons rien à défendre. Nous avons à être missionnaire. Et être missionnaire, c’est aimer sans peur, c’est tout faire pour comprendre, écouter. Bien sûr, n’ayons pas peur de témoigner de notre attachement au Christ. Il nous faut porter Jésus au monde. Mais notre attachement au Christ ne peut nous conduire qu’à aimer gratuitement. Nous n’avons pas à défendre notre identité, nous avons à la vivre. Nous n’avons pas à défendre notre identité comme on défendrait une citadelle. Nous avons seulement à la vivre. La seule chose que nous avons à faire, c’est à vivre notre vie chrétienne joyeusement, simplement, sans complexe, en nous entraînant les uns les autres à l’exigence évangélique. Nous avons à aimer le monde comme Dieu l’aime, et manifester, pour reprendre l’expression du Pape François, « la tendresse qui n’est pas la vertu du faible, mais au contraire, dénote une force d’âme et une capacité d’attention, de compassion, de vraie ouverture à l’autre, d’amour. Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, de la tendresse ! » (Homélie, 19 mars 2013)
Avec toute l’Église, nous voulons mettre en œuvre l’appel à la nouvelle évangélisation, qui, en réalité, est la mise en œuvre du Concile Vatican II avec encore plus de force et d’authenticité. Bien sûr, c’est ce que notre diocèse veut mettre en œuvre. Là encore, nous pouvons être tentés par l’impatience, la tentation de chercher tout de suite le succès, le nombre. Ce n’est pas la méthode de Dieu. La méthode de Dieu, c’est l’incarnation, la passion, la mort, la résurrection de son Fils. C’est un nouvel élan de conversion, de sainteté, de joie que nous devons engendrer, d’abord par notre adhésion renouvelée au don de la foi. C’est cela qui nous est proposé au cœur de l’année de la foi.
Dans quelques instants, les prêtres vont renouveler les engagements pris au moment de leur ordination. Je voudrais en mon nom et celui de tout le diocèse, vous remercier tous. Nous avons tous nos qualités, nos défauts, nos tempéraments, nos histoires, nos souffrances et nos joies. Mais tous, nous avons voulu donner notre vie et nous voulons encore essayer de donner notre vie pour le Christ et pour nos frères et sœurs. Merci en particulier à ceux qui célèbrent cette année leur jubilé de 25, 50, 60 et 70 ans d’ordination.
Cette année, nous célébrons aussi les 25 ans du Synode diocésain de 1988. Ce synode a profondément marqué la vie du diocèse. Depuis quelques mois, je prends plus encore la mesure du travail remarquable qui a été réalisé, dont un certain nombre d’entre vous ont été acteurs. Il nous faut sans doute encore nous réapproprier, comme cela a déjà été fait en 2008, la dynamique de ce synode, qui au fond a été une mise en œuvre de Lumen gentium et de Gaudium et spes. Il a déjà donné des réponses à des questions qui sont les nôtres aujourd’hui. Nous n’avancerons qu’en nous appuyant sur le travail déjà accompli. Nous serons amenés à en reparler dans les mois à venir. D’ailleurs, six des prêtres qui fêtent aujourd’hui leur jubilé de 25 ans de sacerdoce sont des ordonnés de l’année du synode.
Au cœur de notre ministère, il y a la charité pastorale, c’est-à-dire, qu’en nous appuyant sur le don de l’ordination, nous avons à manifester, à imiter le Christ dans son don de soi et son service. Pas seulement par ce que nous faisons, mais par le don de nous-mêmes qui manifeste l’amour du Christ pour son troupeau. Cela doit déterminer notre façon de penser, d’agir, notre mode de relation aux gens. Il ne s’agit pas seulement d’être sympathique, de bien parler, ou de bien animer. Il s’agit de connaître, de souffrir, d’être dans la joie, avec ceux qui nous sont confiés, en particulier les plus pauvres et les plus souffrants. Pour reprendre les termes du Concile, « les joies, les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout, et de tous ceux qui souffrent sont aussi les joies, les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ. Et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leurs cœurs. » (GS 1) Demandons au Seigneur aujourd’hui, dans la prière, d’avancer toujours plus sur ce chemin.
Je voudrais aussi remercier tous les diacres et leurs épouses. Diacres dont la vocation est de manifester au milieu de nous la figure du Christ serviteur. Remercier aussi tous ceux qui permettent à nos communautés de vivre et d’annoncer l’Evangile, tous ceux qui animent les services diocésains, les paroisses. Sans vous, la mission ne serait pas possible. C’est ensemble que nous avons à annoncer l’Evangile. Le Pape François, lors de sa messe d’ouverture de son pontificat, a invité à l’image de Saint Joseph à garder le Christ dans notre vie, à être les gardiens les uns des autres, à être les gardiens de la création elle-même. Il a aussi invité les chrétiens à garder le Christ dans leur vie, pour garder les autres, pour garder la création elle-même. Garder dans le sens de prendre soin de tous. Cette invitation a été aussi adressée aux non-chrétiens. Tous ensembles, « nous avons à grandir dans le souci de chaque personne, avec amour, spécialement les enfants, les personnes âgées, celles qui sont plus fragiles et qui souvent sont dans la périphérie de notre cœur. » Cette invitation rejoint la démarche « Diaconia » que nous sommes invités à mettre en œuvre de manière encore plus radicale en cette semaine sainte.
Au cœur de cette messe chrismale, je ne résiste pas à relayer l’invitation du Pape. Nous avons à grandir dans le souci les uns des autres, en particulier des plus fragiles, à être les gardiens des dons de Dieu que nous sommes les uns pour les autres, à garder aussi notre propre cœur. « Rappelons-nous que la haine, l’envie, l’orgueil, souillent la vie. Garder veut dire alors veiller sur nos sentiments, sur notre cœur… Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, et même pas non plus de la tendresse. » Ainsi, nous permettrons à tous de sentir l’amour de Dieu et nous goûterons la joie d’être chrétien.

Mgr Yves Le Saux
Evêque du Mans


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