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Homélie pour l’ordination diaconale de Didier Hanoteaux

HOMELIE LORS DE L’ORDINATION DE DIDIER HANOTAUX

Téloché, le 22 septembre 2013
Nous sommes heureux de nous retrouver pour célébrer ensemble l’eucharistie de ce dimanche au cours de laquelle Didier Hanotaux va être ordonné diacre. Nous t’entourons tous, Didier, de notre prière aujourd’hui ainsi qu’Anne-Cécile, ton épouse.
En premier lieu, je m’arrêterai sur l’évangile de ce dimanche. La parabole que nous venons d’entendre a quelque chose de déroutant. L’homme riche que Jésus met en scène fait l’éloge d’un gérant malhonnête. Il admire l’habilité d’un gestionnaire véreux. Il se sert de la complicité des débiteurs de son employeur pour s’assurer un avenir confortable, c’est-à-dire pour continuer à jouir des biens de la terre sans trop faire d’effort. Il ne veut pas travailler la terre, c’est trop fatigant. Il ne veut pas non plus mendier, c’est trop honteux. Alors, habilement, il se sert des amis avec l’argent pour s’assurer une vie confortable. Au fond, l’objectif de sa vie, c’est d’avoir une vie sympathique (pépère), et pour cela il développe une réelle habileté, même s’il faut, pour cela, être malhonnête.
Jésus veut nous faire comprendre que les fils de ce monde développent une habileté incroyable pour avoir une vie confortable, pour continuer à jouir des biens de la terre sans trop dépenser d’effort, et cela pour des biens qui passent. Est-ce que les fils de la lumière, nous-mêmes, déploient-ils autant d’énergie, d’habileté pour les vrais biens, ceux qui durent pour l’éternité, ceux qui comblent vraiment ?
Mettons-nous autant d’énergie et d’astuce pour suivre le Christ, pour vivre la charité, que nous mettons à nos réussites immédiates, à sauvegarder notre argent, notre réputation ? Le gérant de la parabole sait clairement ce qu’il veut, même si son objectif est, en réalité, bien pauvre : jouir de ses biens. Et il en prend les moyens avec habileté. Nous-mêmes, pour les biens qui en valent la peine, sommes-nous déterminés et disposés à tout mettre en œuvre ?
Une première question nous est directement posée dans cet évangile. Que cherchons-nous vraiment, que voulons-nous vraiment ? Je pense à la question que Jésus pose aux deux premiers disciples dans l’évangile de Saint Jean. (Jn 1, 35-42) Alors qu’ils le suivent au bord du lac, Jésus se retourne vers eux et leur demande : « Que cherchez-vous ? » D’une certaine façon, cette question nous est aussi posée. « Que cherchez-vous ? » La réponse que nous faisons a une incidence sur toute notre vie. Si nous disons, ce que je cherche c’est avoir une belle maison, ou une belle voiture, ou être une vedette de la télévision, ou gagner le concours miss France, voilà c’est votre vie. Mais, peut-être qu’il y a plus profond, plus essentiel. Peut-être qu’il y a un autre bien, un bien véritable qui comble le cœur de l’homme.
Mais, si c’est la charité que nous cherchons, si c’est la communion avec Dieu, alors sommes-nous disposés à mettre en œuvre toute notre habileté pour l’acquérir ? Parfois, il y a en nous quelque chose de contradictoire. Nous voulons bien suivre Jésus, être son disciple, car nous pressentons qu’en lui il y a les paroles de la vie éternelle, la vie en plénitude. Et d’autre part, nous avons peur des conséquences que cela entraine, et nous ne nous déterminons pas à prendre les moyens que cette suite du Christ suppose. Nous restons entre deux eaux.
Dans son commentaire de cette parabole, Jésus nous invite, en réalité, à choisir entre le bien véritable et le bien passager. Et il résume ce choix par l’affirmation : « aucun domestique ne peut servir deux maîtres. Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’Argent. » (Lc 16, 13)
Que nous le voulions ou non, nous devons choisir. Nous ne pouvons nous mettre au service de l’argent. Si nous nous mettons à son service, nous en faisons un dieu, et ce dieu nous trompe. Pour éclairer cela, je vous cite les propos de Saint Paul dans la lettre à Timothée (une manière d’éclairer l’Ecriture par l’Ecriture.) « De même que nous n’avons rien apporté dans ce monde, nous ne pouvons rien emporter. Si nous avons de quoi manger et nous habiller, sachons nous en contenter. Ceux qui veulent s’enrichir tombent dans le piège de la tentation. Ils se laissent prendre par une foule de désirs absurdes et dangereux, qui précipitent les gens dans la ruine et la perdition. Car la racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligés à eux-mêmes des tourments sans nombre. » (1 Tim 6, 7-10)
Une question nous est ainsi posée. Où sont nos priorités réelles ? Quelle est le véritable maître de nos vies ? Qui voulons-nous suivre ? « Là où est ton trésor, là est ton cœur. » (Mt 6, 21)
Cela ne veut pas dire que l’Eglise ou les chrétiens auraient un mépris de l’argent. Mais c’est Dieu et nos frères que nous voulons servir. Et l’argent ne peut être lui aussi notre maître. Nos biens, quel qu’ils soient, ne peuvent être nos maîtres. Mais ils nous sont confiés pour que nous les partagions et que nous nous en servions pour le service de nos frères et sœurs.
Dans quelques instants, Didier, je vais t’imposer les mains. Tu vas être ordonné diacre. Le diaconat constitue le premier degré du sacrement de l’ordre qui marque ontologiquement celui qui le reçoit. Ce n’est pas une institution. On ne fait pas le diacre. On est diacre. Le diacre est configuré au Christ serviteur. Il est la présence sacramentelle du Christ serviteur au milieu de nous. Pour comprendre le diaconat, il ne faut pas partir de ce que fait le diacre. Il peut faire des choses, très diverses selon les charismes personnels, les besoins de la mission, les étapes de la vie. Il faut partir de ce qu’il est : présence sacramentelle du Christ serviteur. Autrement dit, ce n’est pas quelqu’un qui serait plus serviable que les autres ou plus généreux, ou plus disponible. Quand on se situe uniquement dans le faire, on se place dans des questions d’organisation du religieux. L’Eglise n’est pas une organisation du système du religieux. Elle est Mystère d’Amour, voulue par Dieu pour le Salut du monde. Sa raison d’être est de permettre à l’homme de goûter l’amour de Dieu révélé dans le Christ.
Le diacre n’est ni un super laïc, ni un sous prêtre. C’est un diacre. Il n’est pas là pour remédier au manque de prêtre. Il y aurait dans le diocèse 200 prêtres de plus qu’il faudrait des diacres pour que toute la dimension du Mystère du Christ et de l’Eglise soit manifestée.
Le diacre manifeste au milieu de nous et du monde la figure du Christ serviteur. Il sert la communauté par la diaconie de la liturgie, la diaconie de la Parole, la diaconie de la charité.
Didier, à la lumière de l’évangile de ce jour, en répondant à l’appel du Christ et du don qui t’est fait aujourd’hui, aide-nous à chercher les vrais biens et à ne pas nous emprisonner dans des servitudes qui nous conduisent à notre perte, à ne pas faire des dieux, des biens qui ne sont que passagers. Aide nous à vivre de l’essentiel. Personnellement, j’ai été marqué par deux dimensions vécues dans la démarche « Diaconia » : la fraternité et la puissance de la parole des plus pauvres. Je t’invite, par ton ministère diaconal, à aider tes frères et sœurs à grandir sans cesse dans la vie fraternelle concrète, à ne pas être des « catho mondains » ou des idéologues intransigeants, mais des frères et sœurs qui grandissent dans la bienveillance réciproque, dans la miséricorde réciproque. Comme dit saint Paul, « que notre amour soit sans hypocrisie, que nous soyons unis les uns aux autres par l’affection fraternelle. Que nous rivalisions de respect les uns pour les autres. » (Ro 12, 9-10) Je t’invite à nous aider à donner place au plus pauvre et au plus fragile au cœur de nos communautés, à nous aider à entendre la parole des plus pauvres.
Enfin, je ne peux que t’inviter à la joie, à la confiance et à la simplicité du cœur, avec ton épouse Anne-Cécile.
Chers frères et sœurs, que l’ordination de notre frère aujourd’hui soit aussi pour nous une invitation à répondre à l’appel de Dieu, à nous interroger sur ce qui est le moteur de nos propres vies. Nous ne pouvons pas choisir deux maîtres. Il faut choisir.

Mgr Yves Le Saux
Evêque du Mans


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