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Interview retour sur le Synode avec Mgr Le Saux

Mgr Y. Le Saux revient du Synode sur la nouvelle évangélisation et la transmission de la foi. Église en Sarthe, sur la base de l’interview réalisée par Colette Mahé pour RCF LE MANS, présente ses premières réactions.

RCF : De retour du Synode sur la nouvelle évangélisation et la transmission de la foi, quelles sont vos impressions générales ?
Mgr Le Saux  : J’ai conscience d’avoir participé à un événement exceptionnel et vécu une expérience forte et belle de collégialité. Nous étions plus de 300 participants dont 262 évêques des cinq continents, de l’évêque des Comores à celui de Novossibirsk. Le Pape était présent pratiquement tous les jours et écoutait très simplement. Dans les questions de fond il y a eu un consensus naturel, bien que les intervenants soient très divers et de préoccupations différentes : entre ceux qui vivent une première évangélisation, d’autres qui vivent la persécution, et nous en Occident, pays de vieille chrétienté qui avons d’autres problèmes. Devant une telle diversité, il est difficile de rédiger des propositions tenant compte des expériences et réalités diverses. Mais il y a eu une réelle fraternité, c’était magnifique.
Pouvez-vous préciser le terme ‘nouvelle évangélisation’ ?
Il faut bien situer ce concept dans la continuité du Concile Vatican II. Les textes du Concile sont le socle sur lequel se fonde l’idée de nouvelle évangélisation. La démarche du synode prend sa source dans le Concile et dans les textes des Papes Paul VI et Jean-Paul II.
La nouveauté pourquoi ? Parce que le monde change, changement culturel, avec des questions nouvelles, comme celle de la mondialisation. Comment redire la nouveauté éternelle de Dieu ? Comment entrer dans l’amour de Dieu pour l’humanité aujourd’hui ? Ce n’est pas un jugement de valeur sur ce qui a été fait. Ce n’est pas le message qui change, le contenu reste l’Évangile, avec toute son exigence. Mais comment avoir une nouvelle audace, une nouvelle fraîcheur, des nouveaux moyens dans ce monde en pleine mutation. Comme le dit le message final, il faut recueillir les chances qui sont devant nous.
Au début du Synode chacun des participants s’est exprimé pendant cinq minutes. Puis il y eut des débats libres. Ce qui ressort c’est l’espérance. Un point revient dans les diverses interventions : la nécessite du renouvellement intérieur des chrétiens eux-mêmes. La foi chrétienne n’est pas une adhésion à une doctrine, à des idées, mais la rencontre avec la personne du Christ, rencontre sans cesse renouvelée. .Beaucoup de baptisés n’y ont pas goûtée. Quels espaces proposons-nous pour la susciter et la mettre en œuvre ?
Quel sont les sujets qui sont revenus le plus souvent ?
Plusieurs sujets ont été repris : tout d’abord la question des sacrements de l’initiation chrétienne. Le Pape a évoqué dans sa dernière homélie la juste compréhension de la nature des sacrements de l’initiation chrétienne et de leur unité – baptême, confirmation, eucharistie. Ces sacrements ne sont pas d’abord une action de l’homme, mais le don de Dieu. Comment l’unité des trois sacrements est-elle proposée et vécue ?
Comment proposons-nous un chemin de type catéchuménal à ceux qui sont déjà baptisés, mais qui ne vivent pas de leur baptême, ou n’y croient plus ? Ă quel moment proposer le sacrement de confirmation qui devrait être reçu par tout chrétien pour que se déploie en lui la vie de l’Esprit Saint ? Lié à ce chemin catéchuménal, il y a le kérygme, première annonce de la foi : Jésus Christ, sauveur du monde, mort et ressuscité nous révèle l’Amour de Dieu. Cette première annonce est fondamentale et doit être intégrée pour une entrée dans la vie ecclésiale, pour une catéchèse. Faire une catéchèse sans vie communautaire : il manque quelque chose. Faire une catéchèse sans une première rencontre avec le Christ devient un concept.
Vient ensuite la question de ceux qui ne connaissent pas Dieu et qui vivent sans idée de Dieu, même dans notre propre pays. Dans un monde très sécularisé où on a privatisé la foi, les questions fondamentales subsistent sur l’amour, le sens de la vie, le bonheur, la souffrance qui traversent toujours le cœur de l’homme qui ne change pas. Comment la nouvelle évangélisation peut-elle réveiller la nostalgie de la transcendance ? Nous avons souvent évoqué le dialogue avec les cultures et comment la beauté peut être chemin vers la transcendance, vers Dieu. Comment accueillir ces chemins ?
Vous avez aussi évoqué la place de la famille ?
En effet, les évêques ont réfléchi aux acteurs de la nouvelles évangélisation : la question de la famille est revenue, non pas à travers les difficultés d’aujourd’hui mais comme premier acteur de la transmission de la foi. Le rôle des parents est irremplaçable. Le mystère de la famille, la beauté du mariage chrétien devient prophétique et témoignage.
Parmi les autres acteurs ont été aussi cités tous les baptisés et les évêques. L’évêque est le premier évangélisateur de son diocèse comme successeur des apôtres. Ont aussi été évoqués les jeunes, comme acteurs et non seulement comme bénéficiaires, et les paroisses, à condition qu’elles soient pleines de charité porteuse d’une dynamique missionnaire. La nouvelle évangélisation passe par la conversion des croyants et la reconnaissance de nos fautes. Le Pape Benoît XVI parle de purification. Il faut être capable de s’interroger sur nos pratiques pastorales. On a parlé de conversion pastorale.
La nouvelle évangélisation entraîne donc une conversion personnelle et collective. Cela nécessite-t-il de nouveaux moyens ?
Cela suscite une réflexion sur l’imagination missionnaire. Il faut être disposé à accueillir de nouveaux champs missionnaires ou à en créer. J’ai déjà parlé de la culture, de la beauté, comme de nouveaux champs s’ouvrant à nous. Il y a aussi le phénomène migratoire qui est très important. Nous avons un devoir de solidarité, d’accueil. L’Église doit le regarder non comme un problème mais comme quelque chose de providentiel pour l’annonce de la Bonne Nouvelle.
La sécularisation est aussi un appel à proposer quelque chose face à un vide intérieur. C’est un appel pour nous à créer des lieux d’intériorité. Le monde de la communication n’est pas seulement un univers de techniques, c’est un nouveau monde relationnel qui s’ouvre devant nous. L’Église se doit d’y être présente. N’ayons pas peur de côtoyer le pire et le meilleur. Il faut y aller.
Ce synode, on l’a bien compris, est avant tout une invitation à être missionnaire là où l’on est. L’approche kérygmatique à laquelle nous sommes invités, chacun d’entre nous individuellement, passe par un rapport de personnes à personnes. Ces liens d’amitié doivent nous permettre de dire l’espérance qui est en nous, d’annoncer la personne du Christ et le Salut. Nous devons avoir une vie authentique de proximité pour être le levain dans la pâte sans que cela soit contradictoire avec l’annonce.
Que pensez-vous du message final des père synodaux et des 58 propositions transmises au Saint Père ?
L’essentiel est le message final. J’invite chaque chrétien à lire en entier ce texte tonique et magnifique.
Ensuite il y a les 58 propositions remises à Benoît XVI qui sont la synthèse des 500 à 600 propositions issues des débats. Elles sont de différents ordres, théologiques, pastorales, ou concernent les acteurs de la nouvelle évangélisation.
Le texte final et les propositions sont deux choses différentes. Les propositions ne sont pas un texte officiel, il y aura une exhortation apostolique du Pape à partir de celles-ci. Déjà le Pape dans son homélie, lors de la messe de clôture, a dégagé trois pistes : la première porte sur les sacrements de l’initiation chrétienne, la deuxième concerne l’annonce de l’Évangile aux hommes qui ne connaissent pas Dieu et la troisième s’adresse aux baptisés qui ne vivent plus les exigences du baptême ou qui se sont éloignés de l’Église.
Je le redis, il faut lire le message final, en tirer des éléments pour mettre en œuvre et éclairer nos manières de vivre et envisager la mission. Le socle doctrinal de cette mission c’est le Concile Vatican II, le Pape l’a redit. L’esprit du Synode est dans les textes du Concile que j’invite à lire ou relire et dans les textes de Paul VI, Jean-Paul II. Ils sont la base de la dynamique missionnaire.


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