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"Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous ». Homélie de Mgr Le Saux du jour de Noël, le 25 décembre.

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HOMÉLIE JOUR DE NOËL

25 décembre 2011


En ce matin de Noël, nous sommes invités à la joie et à l’émerveillement. « Éclatez de joie, ruines de Jérusalem, car le Seigneur a consolé son peuple » nous dit la lecture d’Isaïe (Is 52, 9) Que la joie et la consolation de Noël atteigne nos cœurs.
Nous venons d’entendre la proclamation du magnifique prologue de saint Jean. Lors de la messe de la nuit, nous avons entendu le récit de la Nativité, avec Marie, Joseph, les bergers, les anges dans le ciel. Aujourd’hui, le mystère de Noël nous est présenté d’une autre manière. Qui est cet enfant qui vient de naître ? « Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le verbe était Dieu…Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » (Jn 1)
Permettez-moi quelques réflexions à partir du texte de saint Jean.
Dieu parle. « Dieu invisible, dans l’immensité de sa charité, s’adresse aux hommes comme à des amis et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion » nous dit le Concile Vatican II (Dei verbum, n°2) L’auteur de l’épître aux Hébreux nous dit que « souvent, par le passé, Dieu a parlé à nos pères par les prophètes sous des formes fragmentaires et variées ; mais, dans ces jours où nous sommes, il nous a parlé par ce fils » (Hb 1, 1)
La Parole de Dieu est devenue quelqu’un. La Parole éternelle qui s’exprime dans la création et se communique dans l’histoire du Salut est devenue dans le Christ un homme né d’une femme. La Parole ne s’exprime plus ici d’abord à travers un discours, fait de concepts et de règles. Ici, nous sommes mis face à la personne même de Jésus. Son histoire unique et singulière est la Parole définitive que Dieu dit à l’humanité. Dieu veut nous parler. Il a quelque chose à nous dire, il nous invite à entrer en dialogue avec lui. Et ce qu’il dit, c’est Jésus. En nous approchant de l’enfant Jésus, en essayant de comprendre le récit de la naissance du Christ, en regardant l’enfant et sa mère, laissons Dieu nous parler. Le temps de Noël est une invitation à entrer en conversation avec Dieu. Cela suppose un certain silence, une écoute.
«  Le Verbe s’est chair, il a habité parmi nous. » Je ne suis pas sûr que nous ayons pris la mesure de ce qui se passe dans le mystère de l’Incarnation. Je ne suis pas sûr que nous nous rendions compte de ce que signifie « il s’est fait pauvre de riche qu’il était  » (2 Cor 8, 9), lui qui est « Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, engendré non pas créé, consubstantiel au Père, celui par qui tout a été fait. » Le créateur a choisi de se faire créature, un avec nous, semblable à nous, d’être dépendant des autres, d’avoir besoin de nourriture, de vêtements à porter, d’avoir besoin de repos, d’être fatigué comme nous. Il est un avec nous en toutes choses, par amour pour nous. Dieu qui est sans limite entre dans la limite humaine. Il assume toute la limite humaine. Dieu immensément grand s’est fait tout petit. Nous avons tous des limites physiques, psychiques, intellectuelles, historiques. Nous avons, en réalité, beaucoup de mal à les accepter et à les gérer. Dieu qui est sans limite entre dans les limites humaines pour nous rejoindre, comme pour nous réconcilier avec nos propres limites. La grandeur de Dieu est de s’être petit. La puissance de Dieu est sa fragilité. Elle se manifeste dans la fragilité de l’enfant, plus tard dans la fragilité du condamné sur la croix, et aussi dans la fragilité de l’eucharistie quand il se livre entre nos mains.
Dieu s’est fait petit pour nous. Dieu ne vient pas avec force extérieure, avec violence, mais il vient dans l’impuissance et son amour qui constitue sa force. Il se livre entre nos mains. Il nous demande notre amour. Il nous invite nous aussi à devenir petits, à descendre de nos trônes élevés et à apprendre à être des enfants.
Dieu s’est fait petit. Pour pouvoir le rencontrer, cela exige que nous soyons petits. C’est ce qu’a compris de manière admirable Thérèse de l’Enfant Jésus. Toute sa vocation est construite sur l’invitation de Jésus à se faire petit. « Que celui qui est petit vienne à moi  » (Pr 9,4) C’est pour cela que Jésus exulte de joie quand il constate que Dieu ne se révèle pas aux sages et aux savants, mais aux tout-petits. (Mt 11, 25-30) Ce sont les hommes cultivés et puissants qui possèdent les connaissances importantes. Ils les transmettent aux gens simples, aux petits. Dieu se révèle aux petits. Nous avons à écouter les petits, à nos laisser enseigner par les petits au milieu de nous. Mais que signifie être petit ? Quelle est cette petitesse qui permet à l’homme d’entrer dans la relation avec Dieu ? Une des béatitudes dit « heureux les cœurs purs car ils verront Dieu. » (Mt 5, 8) C’est la pureté du cœur qui permet de reconnaître le visage de Dieu. C’est avoir un cœur d’enfant sans la présomption de celui qui s’enferme en lui-même, pensant n’avoir besoin de personne, pas même de Dieu. Être petit ne veut pas dire être sans consistance, ou simpliste, inintelligent, sans personnalité. Cela signifie être à sa juste place, être dans le réel, être dans la vérité par rapport à soi-même et aux autres. « L’humilité, c’est la vérité » disait le Curé d’Ars. Il nous faut donc renoncer à nos artifices pour nous présenter devant Dieu comme nous sommes, à la manière de Zachée qui est invité à descendre de son arbre pour accueillir Jésus dans sa maison.
« Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » signifie aussi qu’il s’est approché de nous. Il s’est fait proche de nous. Il se rend accessible. On posera à Jésus la question : qui est mon prochain ? Jésus répondra par la célèbre parabole du bon samaritain qui ne s’écarte pas de l’homme blessé sur le chemin, mais s’approche de lui. (Lc 10, 29-37) Mon prochain est celui dont je décide de m’approcher. En Jésus, Dieu s’est approché de nous. Sommes-nous disposés à ce qu’il prenne soin de nous ? Sommes-nous disposés nous-mêmes à nous approcher de nos frères, en particulier de ceux qui souffrent ?
« Le Verbe s’est fait chair » signifie que Dieu assume toute la réalité humaine, le temps, l’espace, la limite, le corps, la souffrance. Le Concile Vatican II a une formule magnifique : le Fils de Dieu « a travaillé avec des mains d’homme, il a réfléchi avec une intelligence d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme.  » (GS, n°22) En contemplant l’humanité du Christ, nous avons accès à Dieu. Mais plus surprenant encore, Dieu devient imitable. Nous avons un modèle pour apprendre à vivre, pour apprendre à aimer comme Dieu aime.
Le Prologue de St Jean nous dit aussi : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit à le connaître. » (Jn 1, 18) C’est vrai. Dieu, personne ne l’a jamais vu. Et l’Ancien Testament nous dit qu’on ne peut pas voir Dieu sans mourir. Et plus tard, dans la première épître de St Jean, il nous est dit qu’au ciel nous verrons Dieu tel qu’il est, et alors nous lui ressemblerons. (1 Jn 3, 2) Cependant, lors du dernier repas de Jésus avec ses disciples, l’apôtre Philippe demandera à Jésus : « Montre-nous le Père et cela nous suffit. » Jésus lui répondra : « Qui m’a vu a vu le Père. » (Jn 14, 8-9) Dieu invisible s’est rendu visible à nos yeux. Quand nous voyons Jésus, nous voyons Dieu. Quand nous voyons Jésus enfant dépendant de Marie et de Joseph, quand nous voyons Jésus prêcher, guérir les malades, nous voyons Dieu. Quand nous voyons Jésus pleurer, souffrir l’angoisse, Jésus agonisant et mourant sur la croix, nous voyons Dieu. Quand nous voyons Jésus aimer, nous voyons comment Dieu aime. En ce matin de Noël, je vous invite à écouter Dieu qui parle, à vous laisser atteindre par Dieu qui s’approche de vous, à regarder Dieu qui se rend visible à vos yeux. Et sans doute, laissons-nous libérer de nos fausses images de Dieu.
Nous vivons une période difficile, particulièrement dans le monde occidental. On parle de crise économique. Pour beaucoup, l’avenir est incertain. Nous oublions qu’une large part de l’humanité vit dans des situations de précarité depuis toujours. Mais l’Europe s’en était protégée. En réalité, nous sommes face à une profonde transformation de nos sociétés qui provoque angoisse et inquiétude. Avec la tentation de nous replier sur nous-mêmes, ou de ne défendre que nos intérêts personnels et immédiats. Il y a aussi la tentation de la violence. En réalité, nous sommes conduits à nous interroger sur quelles valeurs nous voulons construire l’avenir. Nous pouvons aussi accueillir ces temps plus difficiles comme un appel à la conversion.
Que la fête de Noël où nous fêtons la naissance de Jésus qui est né dans une famille modeste, dans des conditions précaires, que notre contemplation du mystère de l’Incarnation où Dieu se révèle dans la fragilité humaine, soit source d’espérance et une invitation à revenir aux choses essentielles. Une lumière a jailli dans les ténèbres. Que la lumière de Noël transforme nos cœurs, qu’elle soit pour nous source de paix.
Ce que l’enfant Jésus attend de nous, c’est que nous croyons en lui, que nous nous laissions éclairer par lui, et que nous vivions avec lui. Qu’ainsi nous lui ressemblions de plus en plus.
Je vous invite à mettre votre confiance en l’enfant qui vient de naître.

Mgr Yves Le Saux
Evêque du Mans


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