Le jeudi saint en image


 

L’Église célèbre ce jour là, la messe « en mémoire de la Cène du Seigneur », dernier repas que Jésus a pris avec ses disciples. Puis les fidèles s’unissent à la prière du Christ ce soir-là, en veillant auprès du Saint-Sacrement (le pain et le vin consacrés au cours de la messe).

HOMÉLIE DE MGR LE SAUX POUR LA CÉLÉBRATION DE LA CENE

Jeudi Saint, 28 mars 2013


« Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. » (Jn 13, 1) Avec ces quelques mots, nous est résumé tout ce qui se déroule dans la passion du Christ et dans l’eucharistie dont nous célébrons l’institution ce soir. En instituant l’eucharistie, Jésus anticipe et intègre le sacrifice de la croix et la victoire de la résurrection. En même temps, il se révèle comme le véritable agneau immolé qui nous est annoncé dans le récit de l’Exode. L’institution de l’eucharistie montre que la mort de Jésus, violente et absurde, est un acte d’amour suprême pour l’humanité et la libération définitive du mal.
L’évangile de Saint Jean ne rapporte pas le récit de l’institution qui était déjà connu au moment où il écrit son évangile. Il rapporte le lavement des pieds qui est comme une catéchèse, une explication de ce qui se passe dans l’eucharistie et dans la passion.
« Jésus se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis, il verse de l’eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples, à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. » (Jn 13, 4-5) Ce rôle revenait au serviteur, et même à l’esclave. Jésus prend la place du serviteur. L’humilité de Dieu qui s’abaisse pour nous servir nous est manifestée, comme l’exprime admirablement l’hymne des Philippiens. « Il ne revendique pas le droit d’être traité à l’égal de Dieu, mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir et à mourir sur la croix. » (Ph 2, 6-8) C’est une leçon d’humilité qui nous est donnée par Dieu lui-même. La croix est l’extrême humilité, l’eucharistie est l’extrême humilité de Dieu. Il lave aussi les pieds de Juda, celui qui a déjà décidé de le trahir. Ce geste de Jésus résume le mystère de la rédemption.
Jésus prend la dernière place pour nous rejoindre tous, pour être plus petit que les plus petits, pour que nous n’ayons pas peur de l’amour. D’une certaine manière, à chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, c’est Jésus qui se met à genoux devant chacun d’entre nous.
« Il arrive devant Simon Pierre. Et Pierre lui dit : Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi. » (Jn 13, 6-7) Pierre ne comprend pas ce qui se passe. Il refuse l’abaissement de Jésus. Il le regarde comme une humiliation. En réalité, il refuse, ou plus exactement, il ne comprend pas que le Salut passe par la croix, que le Messie soit le serviteur souffrant, rejeté des hommes, insulté. Il est face à la difficulté de la croix. Je voudrais reprendre ici les propos du Pape François : « Pierre qui a confessé le Christ lui dit : tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Je te suis, mais ne parlons pas de croix. Cela n’a rien à voir. Je te suis avec d’autres possibilités, sans la croix. Quand nous marchons sans la croix, quand nous édifions sans la croix, quand nous confessons le Christ sans la croix, nous ne sommes pas disciples du Seigneur, nous sommes mondains. » (Homélie du 14 mars 2013) Cela est vrai de l’eucharistie. Quand nous oublions qu’elle est aussi sacrifice du Christ, nous oublions sa dimension essentielle.
Pour Pierre, il s’agit de se laisser faire. Il s’agit pour nous de nous laisser rejoindre dans notre pauvreté et misère, dans nos péchés, de nous laisser aimer non seulement à cause de nos qualités, de nos réussites, mais aussi à travers nos fragilités. Cet amour premier, humble et gratuit, nous guérit et nous purifie. « Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs. Ce ne sont pas les biens portants qui ont besoin du médecin, mais les malades » dit Jésus. (Mc 2, 17) Il nous faut comprendre qu’il est venu pour les pécheurs. Pierre ne comprendra cela qu’après son reniement et ses larmes. Il est nécessaire de se reconnaître parmi les pauvres et les pécheurs pour gouter la joie de la miséricorde. « Si je ne te lave pas tu n’auras pas de part avec moi. » C’est parce que nous nous laissons aimer que nous devenons purs. A l’humilité de Dieu doit répondre l’humilité de nos cœurs. Etre humble, c’est se laisser aimer au-delà de nos péchés.
« Vous m’appelez Maître et Seigneur et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » (Jn 13, 13-15) Nous sommes invités à être des serviteurs comme le Seigneur, à nous laver les pieds les uns les autres, à nous mettre à genoux devant nos frères, à nous laisser rejoindre par l’amour de nos frères. Participer à l’eucharistie suppose vouloir me mettre au service de mes frères, jusqu’au pardon. « Dans la communion eucharistique sont contenus le fait d’être aimé, et celui d’aimer les autres à son tour. Une eucharistie qui ne se traduit pas en pratique concrète de l’amour est en elle-même tronquée. » (Benoît XVI, Dieu est Amour, n°14)
Nous servir les uns les autres. Cela rejoint bien sûr la démarche « Diaconia » qui traverse l’Eglise de France. C’est aussi l’invitation du nouveau successeur de Pierre. « Etre les gardiens de la création, les gardiens les uns des autres. Le fait de garder les gens, d’avoir soin de tous, de chaque personne, avec amour, spécialement des enfants, des personnes âgées, de celles qui sont les plus fragiles et qui souvent sont dans la périphérie de notre cœur. » (Pape François, homélie du 19 mars 2013) Que l’eucharistie, à l’image de Jésus serviteur, nous conduise à avoir soin les uns des autres. « Nous ne devons pas avoir peur de la bonté et même pas de la tendresse. » (Pape François, homélie du 19 mars 2013) Nous ne devons pas avoir peur de celle de Dieu à notre égard, ni de celle que nous avons les uns à l’égard des autres.
Je vous rappelle que, dans la Tradition de l’Eglise, l’eucharistie est appelée le Sacrement de l’Amour.

Mgr Yves Le Saux
Evêque du Mans


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