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Noël, « Dieu est proche de nous, si proche qu’il se fait enfant »:Homélie de Mgr Le Saux pour le jour de Noël

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Comme chaque année, nous venons d’entendre la lecture du prologue de Saint Jean. « Au commencement était le Verbe (la parole de Dieu) et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu… et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » (Jn 1)
Nous ne sommes plus, comme durant la nuit de Noël, dans l’intimité de l’étable de Bethléem, où l’on voyait l’enfant et sa mère, avec les bergers et leurs brebis. Ici, Jean veut nous dire, nous dévoiler, qui est cet enfant qui vient de naître, nous dire ce qui se passe dans l’incarnation.
Dieu nous parle.
Au commencement était la Parole de Dieu. « Dieu invisible, dans l’immensité de sa charité, s’adresse aux hommes comme à des mais et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir dans cette communion » nous dit le Concile Vatican II (DV 2). L’auteur de l’épître aux Hébreux, que nous venons d’entendre, nous dit : « Souvent dans le passé, Dieu a parlé à nos pères par les prophètes sous des formes fragmentaires et voilées, mais dans les derniers temps, dans les jours où nous sommes, il nous a parlé par ce Fils. » (Hb 1, 1-2)
La Parole de Dieu est devenue quelqu’un. La Parole ne s’exprime plus d’abord à travers un discours fait de concepts et de règles. Nous sommes face à la personne même de Jésus. Son histoire unique et singulière est la Parole définitive que Dieu dit à l’humanité. Ce que dit Dieu, c’est Jésus.
En ce jour de Noël, laissez Dieu vous parler. Ecoutez ce qu’il vous dit. Je pense à cette expérience que fit le Bienheureux Père Chevrier. Alors qu’il médite devant la crèche, la nuit de Noël 1856 : « Je me disais : le Fils de Dieu est descendu sur la terre pour sauver les hommes et convertir les pécheurs. Et cependant que voyons-nous ? Que de pécheurs il y a dans le monde. Alors je me suis décidé à suivre Notre Seigneur Jésus Christ de plus près, pour me rendre plus capable de travailler efficacement au salut des âmes. Et c’est en méditant la nuit de Noël sur la pauvreté de Notre Seigneur et son abaissement parmi les hommes, que j’ai résolu de tout quitter et de vivre le plus pauvrement possible. »
En méditant sur la crèche, laissons aussi Dieu nous parler, pour nous entendre dire « veux-tu me suivre de plus près ? »
Dieu est lumière.
« La vie était la lumière des hommes et la lumière luit dans les ténèbres. Il était la lumière qui éclaire tout homme venant dans le monde. » (Jn 1, 4)
Depuis des semaines, nos rues, nos magasins sont décorés de lumière, bien sûr essentiellement à des fins commerciales. Mais ces illuminations splendides évoquent une autre lumière, invisible aux yeux, mais non au cœur. Cette nuit, nous avons lu le passage d’Isaie : « Sur ceux qui habitent le pays de l’ombre, une lumière a resplendi » (Is 9,1) Le récit de la Nativité nous rapporte aussi que les bergers sont enveloppés de lumière. Jésus est la lumière du monde. Lui-même l’affirme. « Je suis la lumière du monde. Qui marche à ma suite ne demeure pas dans les ténèbres. » (Jn 8, 12) La lumière signifie d’abord la connaissance de la vérité. Vérité, en opposition à l’obscurité du mensonge et de l’ignorance. Nous approcher du Christ, c’est ne pas avoir peur de la vérité et renoncer au mensonge. Mais la lumière donne aussi la chaleur et elle signifie aussi l’amour. Là où il y a l’amour, apparaît une lumière dans le monde. Là où il y a de la haine, le monde est dans l’obscurité.
Dans l’étable de Bethléem, est apparue la grande lumière que le monde attend. Cette lumière est l’amour même de Dieu, et cette lumière est vérité.
En nous approchant de la crèche, laissons-nous éclairer. N’ayons pas peur de la vérité, de la vérité sur l’homme, sur nous-mêmes. Laissons-nous aimer. L’homme vit de la vérité et du fait d’être aimé, d’être aimé par la vérité. Il a besoin de Dieu, du Dieu qui devient proche pour comprendre le sens de sa vie. Il a besoin de l’amour de Dieu. Laissons-nous aimer par la vérité. Que les ténèbres de la haine, de l’amertume, de la jalousie, de la colère, soient écartées de nos cœurs. Laissons-nous envelopper de cette lumière pour que nos cœurs en soient guéris.
Dieu a habité parmi nous.
« Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. » (Jn 1, 14) A partir de Noël, Dieu est vraiment « Dieu avec nous », Emmanuel. Il n’est plus le Dieu lointain, qui à travers la création, au moyen de la conscience, peut être entrevu de loin. Il est entré dans le monde, il s’est fait proche.
Dieu n’est pas loin de nous, inconnu, énigmatique, voire dangereux. Dieu est proche de nous, si proche qu’il se fait enfant. Nous pouvons le voir, prendre soin de lui, lui parler. Et cette proximité de Dieu n’est pas violente. C’est une proximité déconcertante. Il ne s’impose pas, il n’entre pas par la force pour imposer sa présence. Mais il vient comme un enfant. Il demande à être accueilli. Il se présente à nous en ayant besoin d’attention. Il attend que nous lui ouvrions notre cœur et que nous prenions soin de lui. Il fait appel à notre cœur et à notre libre choix. D’une certaine manière, il vient parmi nous en nous disant : « y a-t-il une place pour moi, pour que je puisse habiter chez toi ? » Je pense aux propos de Jésus à Zachée dans l’évangile de Luc, quand Jésus lui dit : « aujourd’hui, il me faut demeurer chez toi. » (Lc 19, 9)
Nous sommes invités à laisser Dieu habiter chez nous. Le prologue dit aussi que « les siens ne l’ont pas accueilli. » (Jn 1, 11) C’est comme un avertissement à entendre. Parfois, nous sommes tentés de préférer notre désespoir plein de dédain à la bonté de Dieu qui voudrait toucher notre cœur. Cette phrase : « les siens ne l’ont pas reçu » touche quelque chose de profond en nous, la tentation que notre orgueil ferme la porte à Dieu, et aux autres par la même occasion.
Voir Dieu
« Dieu personne ne l’a jamais vu. Le Fils unique qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit à le connaître. » (Jn 1, 18) C’est vrai. Personne n’a jamais vu Dieu. Et pourtant, quand l’apôtre Philippe demandera à Jésus : « Montre-nous le Père et cela nous suffit », Jésus lui répondra : « Qui m’a vu a vu le Père. » (Jn 14, 8-9)
Dieu invisible s’est rendu visible à nos yeux. Quand nous regardons Jésus dans l’humilité de la crèche, quand nous voyons Jésus au milieu des publicains et des pécheurs, quand nous voyons Jésus souffrir sur la croix, nous voyons le Père, nous voyons Dieu. Nous apprenons à connaître le Père.
Je vous invite à regarder Jésus, en ce jour, Jésus enfant, et ainsi à mieux comprendre qui est Dieu. Nous avons vu sa gloire, dit aussi l’évangile, la gloire de Dieu, sa beauté, dans cet enfant fragile. Et vous le savez, pour l’Ecriture, le but de la vie est de voir Dieu. Et un jour, nous le verrons tel qu’il est. Et en le voyant, nous lui ressemblerons. En regardant Jésus, et Jésus dans la crèche, nous sommes aussi invités à lui ressembler. Si vous n’accueillez pas le royaume comme des enfants, vous n’y entrerez pas.
Au crépuscule de notre vie sur terre, au moment de notre mort, nous serons jugés en fonction de notre ressemblance ou non à l’enfant de la crèche.
Laissons-nous simplifier le cœur.
Mgr Yves Le Saux
Evêque du Mans


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