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Noël, « Dieu se fait homme »:Homélie de la nuit de Noël de Mgr Le Saux

HOMELIE DE LA NUIT DE NOËL

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Que dire en cette nuit de Noël ? Nous célébrons la naissance de Jésus. Nous célébrons le mystère de l’Incarnation. Dieu s’est fait homme, comme l’expriment magnifiquement les diverses préfaces de Noël. « Dans le mystère de la Nativité, celui qui par nature est invisible se rend visible à nos yeux. Engendré avant le temps, il entre dans le cours du temps. » « Lorsque ton fils prend la condition de l’homme, la nature humaine en reçoit une incomparable noblesse. Il devient tellement l’un de nous que nous devenons éternels. » Voilà ce que nous célébrons en cette nuit de Noël.

Le récit de la Nativité que nous venons d’entendre nous rapporte la naissance de Jésus. J’en relève quelques aspects.
Ce texte situe l’évènement dans le temps sous le règne de l’empereur Auguste, alors que Quirinius était gouverneur de Syrie. Il le situe dans l’espace, à Bethléem. La naissance de Jésus n’est pas un mythe ou une belle histoire intemporelle. Elle est un évènement historique situé à un moment précis de l’histoire, dans un lieu précis.
L’empereur Auguste ordonne de recenser toute la terre. Cette remarque du texte nous conduit à une réflexion qui dit aussi quelque chose de l’Incarnation. Si l’on pouvait compter tous les hommes, ceux qui sont venus avant nous, ceux qui viendront après nous, un d’entre eux est Dieu lui-même. Il s’est fait l’un d’entre nous, Emmanuel, Dieu avec nous.

Marie dépose l’enfant dans une mangeoire. Elle l’emmaillote et le couche dans une mangeoire. La mangeoire est le lieu où les animaux trouvent leur nourriture. Aujourd’hui, est couché celui qui s’est désigné lui-même comme le vrai pain descendu du ciel, comme la vraie nourriture dont l’homme a besoin. Il est la nourriture qui donne à l’homme la vraie vie, la vie éternelle.
Les bergers sont les premiers à recevoir la nouvelle de la naissance. L’ange du Seigneur s’approche d’eux : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple. » Cette joie est celle qui transfigure Jean-Baptiste quand il reconnaît Jésus. « La voix de l’époux le comble de joie. Telle est ma joie, elle est profonde. » (Jn 3, 29) C’est la joie qui traverse le cœur de Zachée quand Jésus lui propose de venir chez lui. Il l’accueille tout joyeux. C’est la joie du ciel quand un pécheur se convertit. « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre vingt dix neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. » (Lc 15, 7) C’est la joie promise à ses disciples par Jésus lui-même : « votre cœur se réjouira et cette joie, nul ne vous la ravira. » (Jn 16, 22)
La troupe céleste loue Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. » (Lc 2, 14) La paix est promise aux hommes que Dieu aime. Quels sont les hommes que Dieu aime ? Y aurait-il des hommes que Dieu n’aime pas ? Non. Dieu aime tous les hommes, sans distinction entre les justes et les pécheurs. Il n’y a aucune limite à cet amour, aucune exception. Personne n’est exclu de cet amour. Mais, il ne suffit pas d’être aimé. Il nous faut accueillir l’amour de Dieu, nous laisser aimer. Etre assez humble pour se laisser aimer. Et cet amour radical de Dieu transforme nos vies. Dieu peut tout sauf se substituer à notre liberté.
En cette nuit, nous célébrons l’Incarnation, le fait que Dieu s’est fait homme. Pourquoi Dieu s’est-il fait homme ? Il y a au moins trois raisons que je vous invite à méditer.
Dieu s’est fait homme pour que nous connaissions l’amour de Dieu. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Jésus nous révèle l’amour de Dieu. Tant de gens ont peur de Dieu, ont comme une méfiance à son égard. Si nous voulons savoir qui est Dieu, comment il aime, regardons Jésus. « Qui me voit, voit le Père » dit Jésus lui-même. (Jn 14, 9) Tout l’amour de Dieu repose en lui. La grandeur de Dieu, c’est de se faire petit. La puissance de Dieu, c’est d’être vulnérable. Approchons-nous de la crèche en nous interrogeant sur qui est Dieu.
Aujourd’hui, en particulier en Europe, notre monde vit comme si Dieu n’existait pas. Pendant un certain temps, on peut assurément oublier Dieu et le mettre de côté, s’occuper d’autre chose. Mais Dieu ne disparait jamais. La recherche de Dieu est profondément inscrite dans chaque âme humaine et ne peut disparaître. Dans la crèche, comme sur la croix, Dieu nous révèle qui il est et comment il aime.
Dieu s’est fait homme pour être notre modèle. En Jésus, Dieu devient imitable. « Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. » (GS n°22) Nous pouvons donc apprendre à aimer comme Dieu aime, à l’imitation de Jésus. Etre chrétien, c’est se mettre à l’école de Jésus.
Dieu s’est fait homme pour nous rendre participant de la nature divine, dit le catéchisme. En lui la nature humaine a été assumée par le fait même. Cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égal. Le mystère de l’homme, ce qu’est l’homme, la grandeur de sa vocation s’éclaire dans le mystère du Verbe incarné. En se faisant homme, Dieu manifeste pleinement l’homme à lui-même. Il nous découvre notre grandeur, notre vocation ultime qui est de participer à la vie divine. « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ? » dit le Psaume 8. Si Dieu s’est fait l’un d’entre nous, c’est que nous avons une dignité incroyable. Elle se doit d’être respectée, pour tous et à chaque étape d’une vie humaine, de son commencement à sa fin, quelque soit sa fragilité.
En cette nuit de Noël, ma pensée va aussi vers tous ceux qui, dans la période de crise économique, sont confrontés à la précarité et la pauvreté. Tous ceux qui éprouvent la solitude, tous ceux qui ont dû quitter leur pays. A la lumière de la naissance de Jésus, dans la pauvreté et la précarité lui aussi, que nous soyons plus généreux dans le partage, plus attentif les uns aux autres.
Dans la première lecture, Jésus reçoit le titre de Prince de la Paix. Dans la mémoire de beaucoup, Noël est lié à l’idée de la Paix. Tant de peuples sont en guerre. Tant de gens sont confrontés à la violence. Dans nos familles même parfois, ou entre nous. Demandons au Prince de la Paix de convertir nos cœurs. Jésus est Prince de la Paix au sens qu’en lui le pardon est accordé. Dans les Béatitudes, il dira : « Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu. » (Mt 5, 9) Soyons des artisans de paix.
Que nous soit accordé ce soir d’entrer réellement dans la grâce de Noël.

_Mgr Yves Le Saux
Evêque du Mans


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