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Pourquoi le pape est-il l’évêque de Rome ?

Le pape est le successeur de Pierre, « prince des apôtres », premier chef de la communauté chrétienne de Rome.


Par Mgr Jacques Perrier

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Photo : Alessia GIULIANI/CPP/CIRIC

Parmi les titres du pape, « Evêque de Rome » est le premier. Même quand Rome était en ruines aux temps barbares, même quand le pape a résidé en dehors de Rome, même quand il a été exilé, il n’a jamais été question de dissocier la fonction « pape » et la fonction « épiscopale ».

C’est en Galilée et non à Jérusalem que Jésus, après sa résurrection, avait donné aux apôtres la mission d’annoncer l’Evangile à toutes les nations. Le livre des Actes des Apôtres nous montrent l’Evangile se propager jusqu’à Rome qui devient le centre de gravité de l’Eglise. Que serait d’ailleurs devenue l’Eglise dans une Jérusalem dévastée par les Romains en 70, comme Jésus l’avait annoncé ?

L’histoire de la papauté, depuis bientôt deux millénaires, connut bien des martyres, comme celui de Pierre, mais aussi bien des exils : Clet, Clément, Corneille, Lucius au temps des persécutions romaines ; Libère au temps de Constantin ; Silvère au temps des Barbares.

Pendant des siècles, avant la rupture de 1054, Constantinople fut une ville infiniment plus brillante que Rome. Constantinople, pourtant fière de son rang, ne revendiqua jamais la primauté. Quelle que soit la manière d’envisager et d’exercer la primauté, celle-ci est attachée au siège de Rome.

Pendant près de soixante-dix ans, à une époque où la France exerçait une forte pression sur la papauté, les successeurs de Pierre résidèrent en Avignon (1309-1377). Sainte Catherine de Sienne s’adressa hardiment au pape Grégoire XI pour qu’il revienne à Rome. Elle y réussit finalement. Mais, même en ces temps troublés, il ne fut jamais question de dire que l’évêque d’Avignon était le pape. Inversement, les « papes d’Avignon » n’ont jamais pris le titre d’évêques d’Avignon.

Napoléon Ier déporta Pie VI à Valence : le pape y mourut. Il recommença avec Pie VII qu’il déporta à Gênes, puis à Fontainebleau. Quand Rome fut menacée par les Piémontais, Pie IX se réfugia dans le sud de l’Italie, à Gaëte. Mais il revint le plus vite possible, cette fois avec l’aide des Français.

Après l’annexion de Rome au royaume d’Italie, le pape se considéra comme le « prisonnier » du Vatican. Il protesta mais il resta. Comme Pie XII, bien qu’il craignît à un moment d’être enlevé par les Nazis.

Pendant le conclave, chargé d’élire un nouveau pape, les Romains se dirigent deux fois par jour vers la place Saint Pierre pour voir si la fumée ne serait pas blanche.

Le pape a autorité sur les évêques mais il est d’abord un évêque. Or, un évêque est toujours en relation avec un diocèse même si, dans certains cas, il s’agit de diocèses où il ne reste plus de chrétiens.

Le concile Vatican I, avec la reconnaissance de l’infaillibilité (voir l’article), risqua de séparer le pape des évêques. En réalité, il n’y a pas un quatrième degré dans le sacrement de l’ordre, en dehors des diacres, des prêtres et des évêques. La relation des évêques au pape est exprimée par la formule cum Petro et sub Petro « en communion (cum) avec Pierre et sous (sub) l’autorité de Pierre. Si le pape cessait d’être l’évêque de Rome, cet équilibre serait rompu.

Chaque évêque est toujours en relation avec un diocèse précis. S’ils sont au service du Saint-Siège ou s’ils sont évêques auxiliaires, ce diocèse n’a souvent plus qu’une existence historique, les chrétiens ayant disparu. C’est une fiction mais qui a, au moins, l’avantage de montrer qu’un évêque est toujours rattaché à un territoire et à un peuple précis.

Un pape qui ne serait plus évêque de Rome ressemblerait à un Secrétaire général des Nations Unies.

La cathédrale du pape est la basilique Saint Jean-de-Latran. Pour la vie du diocèse, il est secondé par le cardinal « vicaire ».

Jusqu’au retour d’Avignon, les papes ont résidé près de la basilique Saint Jean-de-Latran. Quatre conciles œcuméniques portent d’ailleurs le nom du Latran. Le palais étant délabré, le pape Grégoire XI s’est réfugié au Vatican, près de la tombe de Saint-Pierre. Mais la cathédrale du diocèse de Rome est toujours Saint Jean-de-Latran.

Alors que le pape ne sortait pas du Vatican, Pie XII alla sur les lieux touchés par le bombardement du 19 juillet 1943. Comme la reine d’Angleterre à Londres pendant le Blitz.

En même temps qu’il annonçait un concile œcuménique, le pape Jean XXIII lança un synode pour l’Eglise de Rome.
Jean Paul II, au cours de son long pontificat, eut l’occasion de visiter, dimanche après dimanche, toutes les paroisses de Rome.
Quelques jours après son élection, le pape Benoît XVI s’y est rendu à Saint Jean-de-Latran comme évêque de Rome. Dans son homélie, il déclara : « Je veux chercher de tout mon cœur à être votre évêque. » Une semaine plus tard, il réunissait les prêtres et les diacres et il insistait sur la nécessité de former, à Rome, une vraie Eglise locale.

Pour le quotidien du diocèse, le pape est secondé par un cardinal « vicaire ». La résidence du cardinal et les services du diocèse sont installés à côté de la basilique Saint Jean-de-Latran. C’est là que le pape célèbre la Messe du Jeudi Saint, au cours de laquelle les prêtres du diocèse renouvellent leurs engagements.

Les cardinaux, où qu’ils soient dans le monde, sont rattachés au diocèse de Rome en étant titulaires d’une église.

Dans le gouvernement de l’Eglise universelle, le pape est assisté de conseillers. Pendant des siècles, ce furent seulement des prêtres du diocèse de Rome. A partir du Moyen-Age les cardinaux formèrent un groupe déterminé, qui fut appelé plus tard le « Sacré Collège ». Des archevêques gouvernant des diocèses plus ou moins éloignés de Rome en firent partie, sans quitter leur diocèse. Mais, pour bien marquer que c’est l’Eglise de Rome qui a la mission, selon la belle formule d’Ignace d’Antioche, de « présider à la charité » entre toutes les Eglises, les cardinaux deviennent tous titulaires d’une église dans le diocèse de Rome.
« Pape » et « évêque de Rome » : deux expressions qui convergent en une seule personne. C’est pourquoi le pape Benoît XVI, dans l’homélie déjà citée, disait : « En tant que catholiques, d’une certaine façon, nous sommes tous romains. »

Source : http://www.aleteia.org


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