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Theorie du genre : un enjeu d’actualité

Jeudi 28 novembre, M. Jean MATOS, chargé de mission auprès de l’archevêché de Rennes sur les questions de bioéthiques, a donné une conférence sur « la théorie du gender : quels enjeux éducatifs ? ».
Sans prétendre épuiser un sujet aussi vaste, cet article de M. Jean MATOS se propose d’apporter quelques éléments permettant à chacun de réfléchir et de dialoguer sur cette théorie qui imprègne fortement la culture contemporaine.

Relayée par les médias, elle traverse des débats aussi divers que la place de la femme dans la société – notamment lors de la Conférence de l’ONU qui s’est déroulée en 1995 à Pékin – le contrôle de la population ou le changement climatique [1].

Dans un premier temps nous essayerons de situer les origines de cette théorie, ensuite nous verrons en quoi consiste-t-elle plus précisément. Enfin, nous aborderons le regard porté par l’Église à son sujet.

Origines

La théorie du gender trouve son origine aux États-Unis dans les années 60-70. Les gender studies s’inscrivaient alors dans certains courants féministes qui luttaient contre les discriminations dont les femmes étaient – et sont encore parfois – victimes. En ce sens, il s’agissait d’atteindre l’égalité des chances en termes, par exemple, d’accès au marché de travail ou à l’exercice de responsabilités politiques.
Notons que cette recherche d’égalité des chances se faisait dans un cadre où la différence constitutive entre l’homme et la femme était acceptée. Schématiquement, il s’agissait pour la femme d’avoir les mêmes droits que l’homme tout en étant différente de lui.
Progressivement et sous l’effet de multiples influences, le curseur s’est déplacé au sein des gender studies au sujet de cette différence.

Ce qu’est la théorie du gender

La thèse centrale de cette théorie consiste à souligner la distinction entre le sexe et le genre. Si le sexe (mâle ou femelle) a une base biologique inscrite dans notre nature, le genre (masculin ou féminin) dépend du « vécu culturel et sociologique de chacun », pour reprendre l’expression de Judith Butler, l’une des principales théoriciennes du gender de l’actualité.
Selon elle, le genre peut ne pas correspondre au sexe de la personne : si on naît female (de sexe féminin), cela n’implique pas une destinée sociale de femme. Celle-ci résulte d’une acquisition progressive, selon la célèbre expression de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient. »

Dans cette perspective, la distinction homme-femme ne relève donc pas essentiellement de la nature, mais plutôt de la culture et, plus précisément, des rôles et stéréotypes que la société - machiste et patriarcale - aurait assigné aux hommes et aux femmes, réduisant celles-ci à une situation de subordination à l’égard des hommes.

Dans un tel contexte, « le but définitif de la révolution féministe doit être non simplement d’en finir avec le privilège masculin, mais encore avec la distinction même des sexes [2] » puisque celle-ci est culturellement conditionnée par la domination masculine. Sur ce point, la théorie du gender rejoint le marxisme car « la première oppression d’une classe par l’autre [3] » est celle que les hommes exercent sur les femmes.

Puisque tout est culturel et construit, certains auteurs de la théorie du gender prônent explicitement la déconstruction de l’éducation, de la famille et, plus fondamentalement, du dessein de Dieu.
De l’éducation, car elle véhiculerait des stéréotypes enfermant les garçons et les filles dans des rôles prédéterminés De la famille, car elle serait le lieu par excellence de l’oppression de la femme, « réduite » à son rôle d’épouse et de mère. Du dessein de Dieu enfin, car le récit biblique de la création de l’homme et de la femme (Gn 1-2) serait lui-même le « produit d’une culture et d’une histoire patriarcale centrée sur l’homme. [4] »

La théorie du gender pose ainsi la question fondamentale du rapport entre nature et culture, entre identité et orientation sexuelle. Selon ses tenants, la nature humaine ne s’imposerait de manière absolue, « chaque personne pourrait ou devrait se déterminer selon son bon vouloir. [5] » L’identité sexuelle devrait ainsi s’effacer devant l’orientation, évolutive et librement choisie. Le but de la gender theory est donc de « libérer » l’individu de tout cadre normatif donné par la nature, la société, la tradition et la religion [6].

Ces quelques éléments appelleraient de nombreux développements.
Notons simplement à quel point cette quête de « liberté » risque de déconnecter la personne de son identité sexuelle, ancrée dans son corps, c’est-à-dire dans le réel. Peut-on accéder à la vraie liberté sans accepter les limites de notre corps, de notre nature sexuée ? Pouvant changer indéfiniment d’orientation sexuelle – comme le proposent certains auteurs - ne sommes-nous pas les jouets de nos désirs et pulsions ?
Notons également la recherche d’autosuffisance prônée par la théorie du gender alors que l’altérité sexuelle se vit précisément dans la relation, le don de soi à l’autre. Cette autosuffisance qui s’exprime par le « libre » choix d’orientations sexuelles évolutives ne risque-t-elle pas d’isoler la personne dans l’angoisse, étant « coupée » de son corps et des autres ?

Quel est le regard de l’Église ?

Le regard de l’Église sur la théorie du gender est éclairé tout d’abord par les Saintes Écritures. Il est très significatif que dès la première page de la Bible, l’image de Dieu se reflète dans la condition sexuée de l’être humain. En effet, Dieu créa l’homme à son image, en tant que mâle et femelle (Gn 1, 27) [7]. C’est dans la différence sexuelle que l’être humain porte en lui l’image de Dieu. La différence est donc inscrite dans sa nature et Dieu vit que « cela était très bon » (Gn 1, 31).
En même temps, cette différence se vit dans une parfaite égalité, voulue par Dieu dès la Création, en termes de dignité entre l’homme et la femme, l’un n’étant pas supérieur à l’autre.

Différence, égalité : voici l’une des questions clef soulevées par la théorie du gender. Ses auteurs voient la différence comme source d’inégalité et d’oppression à l’égard de la femme, vu les rôles stéréotypés attribués par la société.
Tout l’enjeu consiste donc à faire des différences, non pas des sources d’inégalité, mais des « lieux d’humanisation et réalisation [8] » de la personne humaine. En un mot, « nous avons à penser une différence qui ne soit pas inégalité. [9] »

Alors que la théorie du gender cherche à gommer la différence pour éviter toute suprématie de l’un ou l’autre sexe, l’Église propose une « collaboration active entre l’homme et la femme, précisément dans la reconnaissance de leur différence elle-même. Différents depuis le début de la création et demeurant tels jusque dans l’éternité, l’homme et la femme (...) ne saisissent donc plus leur différence comme un motif de discorde qu’il faut dépasser par la négation ou par le nivelage, mais comme une possibilité de collaboration qu’il faut cultiver par le respect réciproque de leur différence. [10] »

Conclusion

Ces quelques lignes n’avaient d’autre but que d’apporter quelques éléments de réflexion ainsi que des sources permettant à chacun d’aller plus loin. Nous l’avons vu, la théorie du gender soulève des questions de fond exigeant un discernement attentif, d’autant plus qu’elle recouvre une diversité considérable de thèses et de revendications. Certaines sont recevables, d’autres en revanche suscitent de graves questions éthiques. L’enjeu n’est autre que celui de la construction de la personnalité, notamment chez les jeunes. Une personnalité à construire dans l’intégration harmonieuse de leur identité sexuelle. Une identité, d’homme ou de femme, à accueillir dans la joie et la gratitude.

  1. Cf. Rapports de l’UNFPA 2008 et 2009 téléchargeables sur http://www.unfpa.org/public/home/si...
  2. Shulamith Firestone, citée par Xavier Lacroix, De chair et de parole, Fonder la famille, Bayard, 2007, p. 141.
  3. Friedrich Engels, cité par Xavier Lacroix, De chair et de parole, Fonder la famille, Bayard, 2007, p. 141.
  4. Elisabeth Schüssler Fiorenza, citée par O. Revoredo, « Genre : dangers et portée de cette idéologie », Conseil Pontifical pour la famille, Lexique des termes ambigus et controversés sur la famille, la vie et les questions éthiques, Téqui, 2005, p.573.
  5. Congrégation pour la doctrine de la foi, Lettre sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le monde, 2004.
  6. Secrétariat général de l’Enseignement catholique, L’éducation affective, relationnelle et sexuelle dans les établissements catholiques d’enseignement, 2010, p.6.
  7. zakar ve nekeva en hébreu, les termes « homme » (ish) et « femme » (isha) n’apparaissant qu’au chapitre 2 de la Genèse.
  8. Jacques Arènes, La problématique du genre, Documents Épiscopat, n° 12/2006.
  9. Sylviane Agacinski, Politique des sexes, Seuil, 2001.
  10. Congrégation pour la doctrine de la foi, Lettre sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le monde, 2004.

Pour aller plus loin

  • Jacques Arènes, La problématique du genre, Documents Épiscopat, n° 12/2006. Téléchargeable sur www.eglise.catholique.fr/getFile.ph...
  • Congrégation pour la doctrine de la foi, Lettre sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le monde, 2004. Téléchargeable sur www.vatican.va/roman_curia/congrega...
  • Jean-Paul II, Homme et femme Il les créa, Catéchèses de 1979 à 1984, Cerf, 2004.
  • Jutta Burggraf, « Genre », Conseil Pontifical pour la famille, Lexique des termes ambigus et controversés sur la famille, la vie et les questions éthiques, Téqui, 2005, pp.575-583.
  • Xavier Lacroix, De chair et de parole, Fonder la famille, Bayard, 2007, pp. 135-170.
  • Xavier Lacroix, La confusion des genres, Bayard, 2005.
  • Secrétariat général de l’Enseignement catholique, L’éducation affective, relationnelle et sexuelle dans les établissements catholiques d’enseignement, 2010, pp.6-7. Téléchargeable sur www.enseignementcatholique.fr/ec/im...
  • François de Muizon, Homme et femme, l’altérité fondatrice, Cerf, 2008.
  • Mgr Pierre d’Ornellas, entretien accordé à La Croix, 31 aout 2011. Téléchargeable sur http://www.la-croix.com/Actualite/S...
  • Judith Butler, Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion, La Découverte, 2005.
  • Judith Butler, Défaire le genre, Ed. Amsterdam, 2006.

Notes

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