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Voeux 2018 de Mgr Yves Le Saux au Diocèse

Mardi 9 janvier 2018, à la Maison Saint-Julien, Mgr Yves Le Saux a présenté ses voeux au diocèse et ses projets pour cette nouvelle année.

A tous, ce soir, je souhaite une bonne année, une sainte année 2018. Je remercie tous et chacun, vous tous qui, d’une manière ou d’une autre, servez les missions et soutenez notre diocèse. Je tiens à dire à tous mon estime et ma reconnaissance.


Cela fait neuf ans que je suis votre évêque. Je tiens à dire que j’ai beaucoup reçu et appris du diocèse au cours de ces années. Je ne sais pas si un évêque construit son diocèse mais, en tous cas, un diocèse façonne son évêque. J’ai essayé, en toute droiture, de me donner à la mission que l’Eglise m’a demandée, de me donner le mieux possible avec mes qualités et mes défauts, mes limites. Chaque jour j’essaie de comprendre comme vous ce que Dieu veut. Je vous remercie et aussi vous demande pardon de mes maladresses, mes oublis, mes manques de courage ou d’empressement à la charité. Je me permets de vous citer le pape Jean XXIII - dans lequel je me reconnais - des propos qui me font du bien : « Le sentiment de mon insuffisance me tient toujours bonne compagnie : il me rend habituelle la confiance en Dieu et, puisque je vis dans l’exercice constant de l’obéissance, cette confiance en Dieu me donne du courage et chasse toute crainte. »


1) Le synode


L’année 2018 qui commence et l’année 2019 seront essentiellement marquées par le synode que je vais ouvrir le 28 janvier prochain, jour de la Saint Julien. Avec les années j’ai pris la mesure de la qualité humaine et missionnaire des baptisés de la Sarthe, en particulier de la générosité, de la fidélité des prêtres, aussi des diacres, des fruits qu’ont porté les communautés religieuses. Je vois aussi que, parfois, la vie pastorale est rude - les chrétiens sont moins nombreux qu’il y a trente ans - mais surtout que notre société a radicalement changé, la manière de vivre et surtout les références ne sont plus les mêmes qu’hier. On ne peut plus fonctionner exactement comme il y a trente ou quarante ans. Le pape François ne cesse de nous inviter, à la suite de ses prédécesseurs, à une conversion personnelle et une conversion pastorale, à nous mettre dans une attitude de « sortie missionnaire », à ouvrir les portes pour laisser Jésus sortir.


Donc, voyant les fruits du synode de 1988, et, aussi, sensible à la réflexion synodale qui traverse l’Eglise, après avoir prié et réfléchi, demandé conseil, j’ai décidé d’ouvrir ce synode. Un synode non pas pour revoir tous les aspects de la vie du diocèse mais sur une question précise : « Quelles communautés paroissiales pour aujourd’hui ? »Cette question n’exclut pas la place des mouvements et des autres formes de vie missionnaire. Il nous faudra réfléchir à la place des divers charismes dans la vie de nos communautés. Je pense à la JOC qui a fêté ses 90 ans cette année. Je pense aux divers mouvements pour les familles, les équipes Notre Dame, les nouvelles communautés, aux mouvements de jeunes (JOC, Scouts, MEJ…).


Un synode est une célébration, une marche ensemble. Nous mettre ensemble à l’écoute de l’Esprit Saint, à l’écoute de ce que Dieu dit à notre Eglise diocésaine. C’est Dieu qui a l’initiative première, c’est lui qui agit le premier, il nous devance. Nous avons à entrer dans l’initiative de Dieu.


Un synode, c’est se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint, cela suppose, en premier lieu, de prier effectivement. « Combien plus le Père du Ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui lui demandent. » Il me parait essentiel que toutes les communautés du diocèse, tous les chrétiens, prient avec détermination l’Esprit Saint Nous ferons des propositions aux communautés religieuses, aux personnes âgées dans les maisons de retraite, aux familles, aux enfants.
Prier l’Esprit Saint suppose être disposé à se laisser déplacer, déranger, surprendre par lui. Ecouter l’Esprit Saint passe par l’écoute les uns des autres, pas seulement de ceux qui pensent comme nous. Il ne s’agit pas non plus de vouloir convaincre les autres que nous avons raison, encore moins de manipuler. Il s’agit de dire simplement ce que nous pensons, sans pression, et d’écouter avec humilité, bienveillance et patience. Ecouter les plus pauvres, écouter les migrants, écouter les jeunes, écouter les catéchumènes et les néophytes…


Que le Seigneur nous éclaire sur les moyens à mettre en œuvre pour que nos communautés soient plus fraternelles, joyeuses, rayonnantes, traversées d’un élan missionnaire.
L’évêque n’a pas de solution miracle ni un programme pré-établi. Mais j’ai la simplicité de croire que, si nous prions l’Esprit Saint, si nous nous écoutons les uns les autres et que nous tendons à grandir dans la charité et l’humilité, le Seigneur nous éclairera.


La mise en œuvre du synode est la priorité absolue. Les autres activités ou propositions sont secondes. J’ai besoin de tous. J’ai besoin de vous. Je ne peux que vous inviter tous à participer aux équipes synodales, à créer des équipes synodales. Cinq rencontres, entre le début du Carême et la fin de temps pascal. Je vous attends tous le 28 janvier à 15H à la Cathédrale.


L’année prochaine j’aurai besoin de votre participation aux trois assemblées synodales.


2) Vivre en chrétien autrement


Avons-nous pris la mesure du bouleversement qui fait que dans la société les traces du christianisme se sont sensiblement réduites ? « On est passé d’un christianisme sociologique à un christianisme de choix » (Cardinal Ratzinger). Il y avait autrefois une certaine transmission culturelle des convictions chrétiennes qui faisait partie du socle commun de la culture occidentale. Mais aujourd’hui, on n’est plus chrétien simplement parce que l’on naît dans une culture chrétienne mais parce que l’on a choisi de l’être. Cela a des conséquences importantes même s’il reste comme des marques extrêmement profondes de nos racines chrétiennes, les questions fondamentales demeurent toujours.


On ne peut plus gérer une paroisse en termes de couverture de territoire, comme si nous étions en chrétienté mais à partir de communautés qui doivent rayonner. Le territoire devient un territoire missionnaire. Il ne s’agit plus de couvrir le territoire, mais de susciter des communautés rayonnantes et attirantes.


Les chrétiens ne peuvent plus s’appuyer sur les lois de société pour vivre en chrétiens, mais sur leur attachement au Christ. Nous avons à vivre au milieu du monde, au milieu des autres mais selon des lois extraordinaires « Il est raisonnable d’être paradoxal » (Jean-Louis Morin lors du colloque Essentiel’Mans) faisant référence à la lettre à Diognète.


Dans les débats de société, l’expression claire et forte de nos convictions ne résout rien. Il ne s’agit pas de ne rien dire. L’essentiel n’est pas l’étendard mais la manière dont se comportent les chrétiens, la cohérence entre les discours et leurs choix et manières de vivre : « Ce qui va changer la société, ce ne sont pas les déclarations des évêques mais la manière dont les chrétiens vivent de l’Evangile dans leurs choix et en témoignent » (Cardinal André Vingt-Trois).


Aujourd’hui, on ne peut plus être chrétien sans un choix, une adhésion personnelle. Mais il y a un risque, celui de développer une église de « purs », ceux qui sont vraiment convaincus alors que le Seigneur est venu pour tous les pêcheurs, les malades. J’ai en mémoire les obsèques de Johnny Hallyday, cette foule qui, sans doute marquée par des ambiguïtés, a entendu proclamer la parole de Dieu… Ce sont eux tous les vrais sujets de la mission.


Ce sont en partie les questions qui ont traversé le colloque Essentiel’Mans. Notre défi est de travailler à l’émergence d’un nouvel art de vivre.


Il nous faut être attentif aux attentes de nos contemporains, identifier les défis, les failles de notre société qui sont en réalité les lieux d’attente, là où Dieu nous attend. Bien sûr, j’ai en mémoire les diverses interventions du Père Frédéric Louzeau. Je vous invite à reprendre ces interventions. Il a accepté de nous aider à réfléchir lors des sessions synodales.
Il repère quatre défis :
- La place de la raison et de l’intelligence
- La question de la famille
- La mondialisation et le rapport aux nouvelles technologies
- L’écologie, l’écologie intégrale


« Dieu nous attend et nous parle dans le chaos » (Sœur Sophie de Jésus au colloque Essentiel’Mans)


3) Les questions de société


Dans les mois qui viennent, va être ouvert la révision des lois bioéthiques -PMA- (procréation médicalement assistée), -GPA- (gestation pour autrui). Le président de la République a lui-même affirmé « Ils conviendra de donner le temps à un vrai débat philosophique avant de légiférer ». Il propose de le faire « hors médiatisation » – à voir. L’Eglise aura à participer à ce débat. Le danger est de traiter ces questions dont les enjeux humains sont considérables comme si il n’existait pas d’enjeu. Il ne s’agit pas seulement d’un débat d’opinion. L’enfant est-il un objet qui doit satisfaire un désir ou un besoin ? Ou une personne qui a ses propres droits ? Un enfant peut-il vivre sans avoir de références parentales même symboliques sans connaître ses racines ? Sans savoir d’où il vient ? Nous devons inviter nos contemporains à s’interroger sur la finalité de la vie ? Sur son sens ? Sur ce qu’ils cherchent et pourquoi ils le cherchent ?
Il me semble que nous devons avoir des relations avec les élus, les autorités civiles pour aider à réfléchir. Cela passe d’abord par la cohérence de nos propres vies. « La question n’est pas de savoir si la loi autorisera ou non la PMA, la GPA, mais de savoir s’il y a des chrétiens suffisamment motivés pour ne pas y avoir recours. » (Cardinal André Vingt-Trois).
Notre société est aussi traversée par les questions des phénomènes migratoires d’une grande ampleur et cela dans le monder entier. Je veux remercier ici le service de la pastorale des migrants qui fait un beau travail et aussi le secours catholique. Je remercie tous les chrétiens du diocèse qui s’investissent dans les paroisses, l’association Sarthe-Orient et qui permettent ainsi l’accueil des familles d’Irak, de Syrie…


L’Eglise est consciente et lucide de la complexité de ces questions. Elle sait qu’une large part de la solution se trouve dans la « conversion » des autorités locales des pays d’origine de nos frères et sœurs migrants et réfugiés. Le phénomène de la migration est d’une grande ampleur. Le Pape nous invite à y voir « un signe des temps », à nous interroger sur ce que Dieu nous dit à travers cela. Permettez-moi de citer l’Ecriture : « L’émigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un compatriote et tu l’aimeras comme toi-même car vous-mêmes avez été émigrés au pays d’Egypte » (Lévitique 19,34) et aussi le Pape François « tout émigré qui frappe à notre porte est une occasion de rencontrer Jésus-Christ qui s’identifie à l’étranger de toutes les époques accueilli ou rejeté ». Nous ne pouvons pas ne pas entendre cet appel.


4) Encore quelques points concernant la vie du diocèse.


Les jeunes bien sûr restent une priorité. Je remercie le service de la pastorale des jeunes pour les initiatives nombreuses proposées ces dernières années. Vous savez que le prochain synode des évêques à Rome sera sur « la jeunesse, la foi et le discernement vocationnel ».


Je pense aussi à l’enseignement catholique, plus de 20000 jeunes accueillis. S’ajoutent à cela leurs familles. Pour beaucoup d’entre elles, c’est le seul lieu de contact avec l’Eglise. Les défis sont énormes, les problèmes complexes mais nous avons là un territoire missionnaire qu’il nous faut investir de plus en plus. Je tiens à remercier toute l équipe de l’enseignement catholique autour de Dominique Girault.


Ma préoccupation majeure, une certaine souffrance, ce sont les vocations spécifiques à la vie consacrée masculine et féminine, l’accueil de vocations de prêtres diocésains. Bien sûr, c’est une joie d’avoir ordonné Vincent Rabergeau, d’envisager l’ordination d’Amaury de la Motte Rouge, d’accueillir Antoine, Gaël mais ce n’est pas suffisant. Cela doit être au cœur de la prière de tous. Nous devons porter cette question ensemble et dans une prière plus déterminée. Nous avons un projet de pèlerinage pour prier ensemble pour les vocations. Je vous confie aussi la réflexion en cours pour une réforme importante du séminaire de Nantes. J’invite aussi chacun de vous à visiter la Maison Charles de Foucauld (propédeutique à St Pern, diocèse de Rennes).


Enfin le projet d’un lieu d’accueil de jour pour les personnes, les familles qui se retrouvent à la rue, est en cours d’étude et dans la même réflexion une idée d’aller plus loin dans la proposition en direction des plus démunis. J’espère pouvoir vous en dire plus dans un an.


Je vais conclure. Il y aurait bien d’autres choses à dire, vous signaler deux dates : l’inauguration du grand orgue de la cathédrale le 3 juin prochain et aussi le colloque sur l’écologie à Notre-Dame du Chêne les 13, 14 et 15 avril.


Encore merci à tous. Merci à toute l’équipe de l’économat avec Monsieur Nicolas Thomas. Merci à la radio RCF avec son nouveau directeur Monsieur Guillaume Desanges. Bonne nouvelle année 2018. Prions les uns pour les autres.


Yves Le Saux
Evêque du Mans


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