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Vœux aux élus et aux autorités : samedi 27 janvier 2018


Merci d’avoir répondu à cette invitation en ce début d’année 2018. L’Eglise catholique de la Sarthe est honorée de votre présence. Je vous adresse mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année. Je tiens à dire, au nom de tous les catholiques de la Sarthe, notre reconnaissance et notre estime à vous, les élus, à vous, les représentants des autorités, civiles, judiciaires, militaires, aussi aux représentants du monde de la culture et du monde universitaire. Merci pour le service que vous assurez auprès de vos concitoyens. Vous le savez, les catholiques sont des citoyens comme les autres, nous participons et voulons participer avec vous au service du bien commun, à la culture et à la pensée.


Je salue aussi les représentants des autres confessions chrétiennes qui nous font la joie de leur présence et de leur amitié. Je salue les représentants de la communauté juive qui auraient aimé être là mais pour qui ce n’est pas possible parce que c’est Chabbat. Je reste profondément marqué par notre voyage de mémoire commun, à Auschwitz. Il est difficile d’en parler car, je crois, nous avons vécu ensemble un moment d’une profondeur extrême. Je salue les représentants de la communauté musulmane. Je vous dis notre amitié véritable. Combien nous voulons avec vous travailler au bien et au respect de tous.


Vous le savez, nous avons fait le choix, il y a quelques années, de présenter les vœux du diocèse au moment où nous célébrons la Saint Julien, premier évêque du Mans. Les chrétiens sont présents dans la Sarthe depuis le 4ème siècle. La fête de la saint Julien est aussi le moment où nous ravivons notre lien avec le diocèse de Paderborn. Eternelle fraternité. C’est avec joie que nous accueillons, comme chaque année, Mgr Hans Joseph Becker, archevêque de Paderborn, Mgr Meier, évêque auxiliaire, le père Alphons Hart, vicaire général, ainsi que le père Ulrich Liehr. Nous avons fêté cette année les cinquante ans de jumelage entre la ville du Mans et celle de Paderborn, jumelage qui, il faut le reconnaître, tire sa consistance du pacte d’éternelle fraternité qui remonte au 9ème siècle. Je remercie Monsieur le Maire de nous y avoir associé.


De l’année qui vient de s’écouler je voudrais retenir quelques évènements qui ont particulièrement marqué la vie du diocèse.


Depuis un an nous expérimentons la vie dans notre nouvelle maison diocésaine, la maison Saint Julien. Après une année nous nous réjouissons de cette réalisation qui nous permet de mieux travailler ensemble, de manière heureuse et, j’espère, féconde. Les chrétiens du diocèse aiment venir en ce lieu et aussi les divers groupes que nous accueillons.


L’année a été aussi marquée par la troisième édition du colloque Essentiel Mans. Je remercie encore la municipalité et le conseil départemental pour leur soutien. Le premier colloque, il y a 4 ans, avait pour thème « les nouveaux défis de l’évangélisation ». Il y a 2 ans, « le dialogue entre l’Eglise et la communauté juive ». Cette année, « croire, un nouvel art de vivre ». Bien sûr, le choix de ce thème est important. Nous vivons dans une société anxiogène, une société qui produit des exclusions terribles, une société traversée par la violence et par un sentiment de vide. Beaucoup aspirent à autre chose, à plus grand, plus beau, beaucoup sont en recherche de sens. Il devient urgent de développer un dialogue sur la façon dont nous voulons construire l’avenir. Beaucoup aspirent à un nouvel art de vivre. Croire peut participer à l’émergence d’un nouvel art de vivre. Les diverses interventions ont été de grande qualité (Michel Serre, François Collosimo, le Cardinal Turckson, Jean-Luc Marion…) Je reste très marqué par l’intervention finale de Mgr Lebrun, archevêque de Rouen. Il a livré un témoignage exceptionnel sur la façon dont il a vécu l’assassinat du père Jacques Hamel. La réponse à la haine, à la violence aveugle, est le pardon, le dialogue et l’amitié.
J’ai été aussi particulièrement touché par le voyage de mémoire que nous avons fait avec nos amis de la communauté juive à Auschwitz (Je l’ai déjà évoqué). Voyage réalisé alors que nous étions en pleine campagne électorale des élections présidentielles, avec ses débats, il faut le reconnaître, parfois violents, au moins de manière verbale et médiatique.
Je tiens aussi à vous partager la joie du diocèse d’accueillir chaque année un nombre important de catéchumènes adultes. Plus de cinquante d’entre eux seront baptisés à Pâques. Aussi des adultes qui demandent la confirmation, ils seront nombreux à la Pentecôte. Un certain nombre d’entre eux redécouvrent le Christ et l’Eglise.


L’année qui s’ouvre devant nous sera essentielle par le synode que je vais ouvrir le 28 janvier, demain. Un synode, c’est l’évêque qui réunit les prêtres et les baptisés de son diocèse pour les consulter et réfléchir avec eux sur des questions importantes de la vie du diocèse. Pour chercher ensemble ce que Dieu attend de nous. En 1988 Mgr Gilson avait déjà convoqué un synode sur l’ensemble de la vie du diocèse. Il a porté de nombreux fruits. Le synode qui s’ouvre demain et se déroulera jusqu’à la Pentecôte 2019 veut traiter une seule question : « quelle communauté paroissiale pour aujourd’hui ? » Notre société a radicalement changé, les manières de vivre ne sont plus les mêmes, les références et les questions de nos contemporains ont changé. Nous ne pouvons plus fonctionner comme il y a trente ou quarante ans. Il ne s’agit pas de couvrir tout le territoire ni de répondre à toutes les demandes, nous ne sommes pas le service public du religieux. Nous devons faire vivre des communautés de chrétiens rayonnantes. La mise en œuvre du synode est la priorité absolue pour les deux ans qui viennent.
L’un des objectifs de ce synode est de mieux identifier les défis, les failles de nos sociétés qui sont en réalité des lieux d’attentes que nos communautés chrétiennes doivent rejoindre.
- Je pense à la place qu’il faut redonner à la raison, à l’intelligence, dans un monde qui vit sous le mode affectif et émotionnel et qui a de plus en plus de mal à faire appel à la raison, à réfléchir.
- Je pense à la question de la famille, en grande souffrance. Comment réapprendre à aimer ?
- Je pense à l’impact de la mondialisation et aux rapports aux nouvelles technologies. Quelle incidence sur les relations humaines ?
- Bien sûr le défi des questions autour de l’écologie. Du rapport de l’homme à la nature, l’écologie intégrale.


Les questions de société :
L’Eglise se préoccupe des questions de société, et particulièrement dans les mois qui viennent avec la révision des lois sur la fin de vie, sur la PMA (procréation médicalement assistée), la GPA (gestation pour autrui). Le président de la République a lui-même affirmé « il conviendra de donner le temps d’un vrai débat philosophique avant de légiférer. » L’Eglise va participer à ce débat. Le danger est de traiter ces questions dont les enjeux humains sont considérables comme s’il n’existait pas d’enjeux. Il ne s’agit pas seulement d’un débat d’opinion. L’enfant est-il un objet qui doit satisfaire un désir ou un besoin ou une personne qui a des droits ? Un enfant peut-il vivre sans avoir de références parentales, même symboliques, sans connaître ses racines ? Sans savoir d’où il vient ? Nous souhaitons inviter nos contemporains à s’interroger sur la finalité de la vie. Sur son sens. Sur ce qu’ils cherchent et pourquoi ils le cherchent.
Nous voulons aussi travailler à la juste conception de la laïcité. Vous le savez, la laïcité est en réalité le respect de la liberté religieuse. Le droit de croire ou de ne pas croire, le respect de la liberté de conscience. Mais la recherche religieuse, l’aspiration à la transcendance, le questionnement sur la mort et sur le sens de la vie sont constitutifs de la personne humaine. « Il serait mortel de comprimer les aspirations religieuses de l’âme humaine. » Jaurès, cité par Monsieur Macron. Je partage avec beaucoup l’idée que l’état est laïc et que la société ne l’est pas.
La société est aussi traversée par la question des phénomènes migratoires d’une grande ampleur et cela dans le monde entier. L’Eglise est consciente et lucide de la complexité de ces questions. Elle sait qu’une large part de la solution se trouve dans la « conversion » des autorités locales des pays d’origine des migrants. Mais nous recevons le phénomène comme un « signe des temps » et donc aussi comme une chance. En tous cas nous ne pouvons pas ne pas tenter d’être fidèles à l’Ecriture qui est au cœur de nos vies : « L’émigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un compatriote et tu l’aimeras comme toi-même car vous même avez été émigrés au pays d’Egypte. (Lévitique 19, 34).


Pour conclure je vous partage encore trois préoccupations :
Les jeunes, bien sûr, restent une priorité. Et nous avons une équipe de la pastorale des jeunes dynamique. Le prochain synode des évêques à Rome sera sur « la jeunesse, la foi et le discernement vocationnel. » Les jeunes ont besoin d’idéal, de raisons de donner leur vie.
Je pense aussi au réseau des écoles de l’enseignement catholique - 20 000 jeunes accueillis - s’ajoute à cela le contact avec leurs familles. L’enseignement catholique est confronté à des défis financiers importants, à des possibilités d’accueillir de plus en plus réduites alors que le nombre de demandes de scolarité est de plus en plus important. Nous nous préoccupons de la présence de petites écoles dans le rural, ou de l’accès aux enfants en difficulté.
Vous savez aussi que le nombre de personnes en situation précaire augmente. Les migrants qui se retrouvent dans la rue dans la journée, les jeunes désocialisés… Nous avons le projet d’un lieu d’accueil et quelques idées pour aller plus loin dans la proposition en direction des plus démunis. J’espère pouvoir vous en dire plus dans un an.
Je pense aussi au monde agricole, en grande souffrance. Nous avons initié, il y a plus d’un an, des rencontres autour de la situation du monde agricole, des réunions ont eu lieu dans plusieurs paroisses, nous allons continuer. Pour pouvoir donner un écho aux préoccupations des agriculteurs.
J’aurais pu aborder d’autres points mais il faut choisir.


Encore merci à tous, je redis toute ma reconnaissance à vous, les élus, et à vous, les autorités civiles, militaires. Merci du soutien bienveillant que vous apportez à l’Eglise catholique en Sarthe.
Merci, Monsieur le Maire, en particulier pour la mise en valeur de la cathédrale. Merci, Monsieur le Préfet qui, avec les forces de l’ordre, assurez la sécurité à chaque évènement public.


Une lettre du IIème siècle dit à propos des chrétiens qu’ « ils passent leur vie sur la terre mais qu’ils sont citoyens du ciel ». Nous regardons le monde à la lumière de la mort et de la résurrection du Christ, c’est-à-dire avec un regard d’Espérance. Nous croyons que l’amour est plus fort que la haine, le bien plus fort que le mal, la vie plus forte que la mort. Cette lettre se conclue par : « le poste que Dieu leur a fixé est si beau qu’il ne leur est pas permis de le déserter. »


Bonne année à tous !


Yves Le Saux
Evêque du Mans


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