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Voeux de Mgr Le Saux au diocèse en VIDEO

Voeux du père Paul-Antoine Drouin

VŒUX de MGR YVES LE SAUX AU DIOCESE 2019

En ce début d’année, je souhaite à tous une bonne année 2019. Je tiens aussi à vous remercier tous pour les diverses missions au service du diocèse et des personnes qui vous sont confiées. Je tiens à vous dire encore ma reconnaissance et mon estime.

La vie de l’Eglise cette année a été rudement marquée par la lumière faite sur les abus sexuels perpétués par des prêtres. C’est toute la communauté ecclésiale qui en est profondément blessée. Je vous invite encore à lire ou relire la lettre du Pape François adressée au peuple de Dieu. Nous sommes déterminés à tout mettre en œuvre pour donner place à la souffrance et la douleur des victimes. Nous n’avons pas encore pris la mesure de leur douleur. Nous sommes déterminés à tout mettre en œuvre pour que toute la lumière soit faite sur ces crimes. Je me réjouis à ce propos de la mise en place d’une commission d’enquête indépendante. Il ne s’agit pas seulement des abus sexuels mais de toute forme d’abus de pouvoir. C’est une tâche qui souille l’Eglise comme elle gangrène la société. La lumière faite sur les manquements, les erreurs, les fautes réelles dont nous avons à nous corriger, met aussi en évidence le fait que l’on espère quelque chose de l’Eglise. Nous devons, il me semble recevoir tout cela même si c’est dans la douleur, comme une invitation du Seigneur lui-même à vivre une profonde conversion ecclésiale. Je pense que notre synode diocésain participe de la réponse à donner à ce que vit l’Eglise aujourd’hui.
Vous le savez, la vérité exige aussi de ne pas suspecter tous les prêtres d’être porteurs de toutes les perversités possibles. La large majorité des prêtres vivent droitement dans un don sans retour d’eux-mêmes. Je tiens à remercier tous les prêtres du diocèse et leur dire mon estime et aussi mon admiration, conscient de la souffrance que tout cela engendre dans leurs cœurs.

Notre pays est traversé de troubles sociaux graves : la crise dite des gilets jaunes. Ils sont révélateurs d’une profonde détresse et souffrance avec un sentiment de justice et d’abandon. Il faut entendre cette détresse. La Bible parle du « cri des pauvres ». Notre mode de vie occidental a produit un monde à deux vitesses, une distance entre ceux qui n’arrivent plus à vivre dignement et ceux qui sont de plus en plus riches. Un fossé se creuse entre les riches et les pauvres, entre une société de technocrates qui concentre le pouvoir et ceux qui deviennent invisibles. Ce phénomène n’est pas seulement français mais traverse le monde occidental. C’est notre modèle de société qui est interrogé.
Nous avons engendré une culture de l’individualisme et même une idolâtrie de la satisfaction des désirs immédiats où beaucoup sont laissés sur le bord de la route. Le désir individuel l’emporte sur la recherche du bien commun, l’émotion sur la recherche de la vérité. Aussi beaucoup de personnes sont laissées sur le bord du chemin. Les plus vulnérables et les plus fragiles sont exclus. Le Pape François parle de culture du déchet, les déchets n’étant pas seulement des ordures ménagères mais des hommes et des femmes. Il parle aussi de mondialisation de l’indifférence. S’ajoute à cela le vide de sens, l’absence de proposition transcendante. Cela ne peut que conduire à la colère et à la tentation de la violence. On en devient incapable d’écouter l’autre et donc de se parler, d’entrer dans un véritable dialogue. Le dialogue suppose le choix de la bienveillance, la recherche de la vérité, la capacité à reconnaître quand c’est moi qui me trompe, la recherche du bien commun.
Notre marche synodale n’est pas étrangère à tout cela car elle a pour objet de nous laisser éclairer par l’Esprit-Saint sur les lieux où il nous attend, où nous devons contribuer à répondre aux défis de notre monde. J’ai en mémoire les failles et les défis identifiés par le Père Frédéric Louzeau qui accompagne notre démarche synodale « entendre le cri de la Terre et la souffrance des pauvres », « l’abandon de la raison et la nécessité de redonner place à l’intelligence », « la mondialisation et l’impact des réseaux sociaux ».
Avant Noël, j’ai invité les chrétiens du diocèse à favoriser le dialogue entre et avec nos concitoyens en se servant des équipes synodales, des équipes Quo Vadis, des mouvements, en s’appuyant sur les questions proposées par le conseil permanent des évêques de France. Je me permets de renouveler cet appel afin que nous contribuions pour notre part à développer des lieux de dialogue au service du bien commun. Nous réfléchissons comment contribuer au dialogue national. Nous devons entendre la détresse de ceux qui souffrent, chercher ensemble la meilleure manière de servir le bien commun, écarter la tentation de la violence quelle qu’elle soit, d’abord verbale. Je pense en particulier aux réseaux sociaux, même les chrétiens ont parfois de type de comportement, cela est inacceptable.

Cette crise « des gilets jaunes » ne doit pas nous faire oublier d’autres sujets.
Je pense à la situation des migrants. Je tiens ici à remercier la pastorale des migrants, en particulier l’heureuse initiative d’accueil de nuit dans les locaux de la fraternité franciscaine, pour les mamans et enfants. Je remercie aussi les nombreux bénévoles de nos paroisses. Je remercie également tout le travail réalisé par le secours catholique.
Il y a aussi les questions relatives à la révision des lois bioéthiques avec les enjeux majeurs pour l’avenir de nos sociétés et notre juste compréhension de ce qu’est la personne humaine. Au passage, je vous conseille la lecture du document signé par tous les évêques de France : La dignité de la procréation.

L’évènement majeur de notre vie diocésaine est bien sûr le synode sur « quelles communautés paroissiales pour aujourd’hui ? ». Le 28 janvier dernier, jour de la Saint-Julien, j’ouvrais le synode. Plus de 490 équipes synodales se sont réunies, elles ont rassemblées plus de 3200 chrétiens du diocèse. Ils ont goûté la joie de partager leur foi, ils ont répondu aux diverses questions posées. Les réflexions de ces équipes ont servi de base pour l’organisation des assemblées synodales.
Déjà deux assemblées ont eu lieu. 297 personnes ont été appelées à y participer pour que nous nous mettions ensemble à l’écoute de l’Esprit-Saint. Mettre en œuvre la synodalité pour porter ensemble, baptisés, ministres ordonnés, la vie de l’Eglise et sa mission. C’est mettre en œuvre le sacerdoce commun des baptisés et le sacerdoce ministériel dont l’un est ordonné à l’autre. Vous le savez, ce ne sont pas les baptisés qui sont au service de la mission du curé mais le curé qui est au service de la mission des paroissiens (à condition qu’ils soient missionnaires). Cela fonctionne aussi et en premier lieu pour l’évêque. Il s’agit de mettre en œuvre le sens de la foi qui traverse le peuple de Dieu. Une expression chère au Pape François : le peuple de Dieu qui a reçu un l’onction est doté d’un « flair », ce que l’on appelle le « sensus fidei » qui n’est pas des opinions ou des convictions mais le sens de la foi des baptisés quand il aime Dieu et veut vivre à la suite du Christ.
Nous avons fait le choix pour les assemblées synodales de mettre en œuvre la pédagogie utilisée par le Pape François dans ses divers écrits. Nous avons commencé par nous émerveiller de ce qui est beau, identifier les joies que vivent déjà nos communautés pour mieux prendre conscience que Dieu agit déjà, qu’il nous précède (première assemblée synodale).
Lors de la seconde assemblées, nous avons essayé de nous laisser éclairer sur nos difficultés, nos pauvretés, nos maladies, nos conversions nécessaires pour nous laisser rejoindre par la miséricorde de Dieu et guérir ce qui nous freine dans notre audace missionnaire.
La troisième assemblée a pour objet de proposer des priorités missionnaires, des orientations prioritaires pour nos communautés paroissiales. Je rappelle que tout doit être orienté pour trouver le chemin de la sortie missionnaire, car la seule raison d’être de l’Eglise, c’est l’annonce de la mort et de la résurrection du Christ et de permettre à l’humanité de connaître l’infini amour et miséricorde de Dieu.
Le lundi de Pentecôte sera un point d’étape majeur de notre synode. Un rassemblement non pas de clôture car je n’ai pas envie de fermer le synode mais d’envoi missionnaire afin que ce processus de conversion missionnaire se propage auprès de tous les fidèles. Vous êtes bien sûr tous attendus le lundi 10 juin, jour où l’Eglise dans la lumière de la Pentecôte célèbre Marie, Mère de l’Eglise. Nous confions notre diocèse de manière particulière à la Vierge Marie.
J’espère d’ailleurs que ce processus : identification des joies et émerveillement, éclairage sur nos maladies et conversion nécessaire, choix renouvelés d’objectifs missionnaires, sera mis en œuvre dans toutes nos communautés, sur tout le territoire au-delà des participants aux assemblées synodales. J’ai pensé que nous pouvons aussi l’appliquer à chacune de nos propres vies.

Permettez-moi d’évoquer encore deux sujets.
L’Eglise a vécu un synode des évêques sur les jeunes. Les évêques et les jeunes qui ont participé à ce synode à Rome autour du Pape François ont vécu un moment fort. Le danger, c’est que l’on ne donne pas de place aux fruits de ce travail. Je pense qu’il nous faudra prendre les moyens de les recueillir. Au passage, je veux aussi remercier tous ceux qui s’investissent pour l’élan qui traverse la pastorale des jeunes. Il me semble que nous avons une étape à franchir. Prions que l’Esprit-Saint nous accorde de trouver les chemins pour avoir des surfaces de contact avec ces milliers de jeunes éloignés de nos structures ecclésiales. Demandons à Dieu des charismes nouveaux pour rejoindre ces jeunes, que nous soyons attentifs à voir et donner place aux personnes porteuses de ces charismes.
Je suis frappé de l’insistance récurrente du Pape François sur le lien vital et nécessaire à établir entre les jeunes et les personnes âgées. Les personnes âgées qui ont pour mission de transmettre la mémoire et j’espère la sagesse tout en laissant place au génie et j’espère la générosité des jeunes. Les jeunes ont un absolu besoin de cette relation aux plus âgés. N’ayons pas peur de laisser place aux jeunes, de leur donner de vraies responsabilités, pas seulement d’organiser des activités pour eux et donner place aussi aux plus âgés sans faire de « jeunisme ». Les jeunes doivent prendre des risques. Les vieux doivent vivre leur vieillesse comme une richesse.
Dans nos sociétés, il y a de plus en plus de personnes vivant dans des situations précaires, des personnes exclues, aussi fragiles, déséquilibrées, seules. Déjà beaucoup de choses sont vécues et réalisées (pastorale de la santé, migrants, Secours catholique sans compter tous les engagements personnels) mais il nous faut dans l’avenir aller plus loin dans notre proximité avec les plus pauvres, les plus fragiles : « les pauvres sont nos maîtres » disait Saint Vincent de Paul. Nous devons constituer partout où cela est possible des îlots de miséricorde dans un monde d’indifférence, îlots de miséricorde au sens des œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle que nous avons longuement médité l’année de la miséricorde (parfois nous oublions vite).
Il y a quelques semaines, ont été béatifiés dix-neuf martyres d’Algérie religieuses, prêtres, moines, évêques, laïcs, martyrs chrétiens au milieu de centaine d’autres non-chrétiens morts massacrés à cause de la folie des hommes (comme dit le livre de l’Apocalypse : « foule immense de ceux qui ont traversé la grande épreuve »). Chrétiens dans une église pauvre et petite en pays musulman qui ont porté du fruit par leur courage dans les épreuves, leur persévérance, leur fidélité auprès de leur peuple, leur humilité. Ils sont devenus signe de fraternité pour l’ensemble d’un pays et aussi pour le monde entier. Je me suis dit qu’à travers eux Dieu nous parle en France et dans la Sarthe.
Je pense aussi à la canonisation du Pape Jean XXIII et du Pape Paul VI. Je dois admettre que j’ai une affection particulière pour eux.
Jean XXIII disait : « Plus j’acquiers de la maturité avec les années et l’expérience, plus je reconnais que la voie la plus sûre pour ma sanctification personnelle et pour la réussite de mon service reste l’effort vigilant pour ramener – principes, orientations, situation, affaires au maximum de simplicité et de calme en veillant à toujours émonder ma vigne de ce qui n’est que feuillage inutile et vrilles superflues et aller droit à ce qui est vérité, justice et charité, surtout charité. »
Paul VI affirme « les chrétiens viennent dans le monde à partir de l’avenir. » Nous ne venons pas dans le monde à partir du passé. Nous portons l’Espérance du monde. Pendant la première assemblée du synode lors de la remontée des forums, une personne a demandé en quoi nos paroisses étaient eschatologiques (c’est-à-dire présence de la vie éternelle dans ce monde), j’ai trouvé la question pertinente. La réponse dépend de notre charité. Souvenez-vous de la lettre à Diognète à propos des chrétiens dans le monde. Ils vivent dans le monde mais ils sont citoyens du ciel, le poste que Dieu leur a fixé est si beau qu’il ne leur est pas permis de le déserter.
Je fête cette année 10 ans d’épiscopat au milieu de vous. Je ne sais quoi vous dire sinon vous remercier de votre miséricorde à mon égard, malgré ou à cause de mes limites. Je vous demande pardon pour toutes mes fautes, manque d’humilité, de courage, de charité surtout. Je tiens aussi à vous dire ma joie de servir la mission avec vous. Priez pour la conversion de votre évêque.
Vous savez, il ne suffit pas de renouveler les méthodes pastorales, ni de mieux organiser et mieux coordonner les forces de l’Eglise, ni expliquer avec plus d’acuité les fondements bibliques et théologiques de la foi, il faut susciter un nouvel élan de sainteté. Voilà ce que je veux servir.
Je vous cite encore le Pape François :
« N’ai pas peur de viser plus haut, ce te laisser aimer et libérer par Dieu. N’ai pas peur de te laisser guider par l’Esprit-Saint. La sainteté ne te rend pas moins humain car c’est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce. Au fond comme le disait Léon Bloy, dans la vie, il n’y a qu’une tristesse, c’est la tristesse de ne pas être saint ».
En ce début d’année, je voudrais m’appliquer à moi-même ces propos du Pape et je vous propose de vous les appliquer à vous-mêmes. Voilà mon souhait pour la nouvelle année.
Bonne année à tous.

Yves Le Saux
Evêque du Mans


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